Comme mes Babelioamis Aquilon62, Tarendol66, Yaël81 et Mareteint, je vais vous parler de ce roman de quelques pages qui remue les tripes…
C’est le troisième roman de Rachid BENZINE que je lis, et je n’en démords pas : il possède ce talent rare de transmettre l’essentiel en peu de mots, de vous remuer le sang, de vous laisser dans un état de silence vibrant.
Le journaliste Julien Desmanges se rend à Gaza. Au cours d’une « balade » au milieu des ruines, il rencontre Nabil Al Jaber, un libraire. Ce dernier accepte que le journaliste prenne son portrait à une seule condition : qu’il écoute son histoire. Julien va alors découvrir un homme que la vie n’a pas épargné.
À la lecture, on ressent une impression étrange, comme si le temps devenait une matière fragile : chaque seconde semble à la fois précieuse et suspendue. Tout peut s’effondrer à tout moment, au propre comme au figuré, même lorsqu’un semblant de quotidien persiste, porté par un acharnement à vivre.
Le grand talent de Rachid BENZINE est de donner une force inouïe aux mots. Il les choisit avec minutie et les place là où ils seront les plus percutants, les plus justes. Ce n’est pas un hasard si le personnage principal est libraire et s’il défend le pouvoir des livres. Dans ce roman, la lecture devient à la fois un acte de survie et une forme de résistance.
L’auteur veut également montrer que les religions peuvent coexister harmonieusement : Nabil est né d’un père chrétien et d’une mère musulmane, et il porte en lui cette double appartenance comme une richesse.
« Les poètes, m’a dit un jour Abu Khalil, capturent ce que nous ressentons mais que nous ne pouvons pas dire. »
C’est exactement cela ! Rachid BENZINE est l’un de ces poètes. Son écriture dépouillée, sobre, mais traversée de lyrisme et d’humanité, offre une réflexion lumineuse sur la transmission, la lecture et la résilience. Ce roman est un hommage à la force des mots.
« Je vous demande de vous mettre à notre place. Un instant. Rien qu’un instant. Votre enfant vient vous raconter l’humiliation, la persécution, le bannissement. C’est votre fils, votre fille, il a douze ans, elle en a huit ou quatorze. C’est la chair de votre chair, ce que vous avez de plus précieux au monde. C’est l’être que vous devez protéger, défendre, soutenir, aider à grandir. Et il vient vous avouer cela. Vous y êtes ? Vous la devinez, votre stupéfaction ? votre culpabilité ? votre douleur ? votre colère ? Ça vous envahit, pas vrai ? ça vous submerge, ça vous dépasse, ça vous anéantit. Et ça, ce n’est que le début. Que les toutes premières minutes. »
L'Auteur :
Philippe Besson, né le 29 janvier 1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente), est un écrivain, dramaturge et scénariste français, anciennement directeur des ressources humaines en entreprise. Il a été également critique littéraire et animateur de télévision.
Il se fait connaître en tant qu'écrivain avec le roman En l'absence des hommes en 2001, qui reçoit plusieurs prix. En 2023, il totalise 23 romans, dont plusieurs ont été adaptés pour le cinéma ou le théâtre, et il a participé à l'écriture du scénario de plusieurs films pour la télévision.
La Trahison de Thomas Spencer, Julliard, 8 janvier 2009
Retour parmi les hommes, Julliard, 2011
Une bonne raison de se tuer, Julliard, 2012
De là, on voit la mer, Julliard, 2013
La Maison atlantique, Julliard, 2014
Un tango en bord de mer, Julliard, 2014
Vivre vite, Julliard, 2015
Les Passants de Lisbonne, Julliard, 2016
Arrête avec tes mensonges, Julliard, 2017
Un personnage de roman, Julliard, 2017
Dîner à Montréal, Julliard, 2019
Le Dernier Enfant, Julliard, 2021
Paris-Briançon, Julliard, 2022
Ceci n'est pas un fait divers, Paris, Julliard, 2023
Un soir d'été, Julliard, 2024
Vous parlez de mon Fils, Julliard, 2025
Mon avis :
Une fois n'est pas coutume, Philippe Besson nous fait un récit bouleversant en explorant les conséquence dévastatrices du harcèlement scolaire et du deuil parental, deux sujets très sensibles et durs à la fois.
Hugo est un adolescent de 14 ans tout ce qu'il y a de plus normal... Sauf que... deux gamins de son âge vont lui trouver une faille et de là, ils n'auront de cesse de le harceler de la pire manière qui soit en tout impunité.
A travers son récit, ses parents tentent de comprendre les tenants et les aboutissants de ce drame, et de donner un sens à l'incompréhensible. Par le récit du père, qui alterne entre le présent, jour de la marche blanche et du deuil, et le passé où on peut comprendre l'incompréhensible, les raisons du geste de Hugo.
Etape par étape, l'histoire fait son chemin, et explore tout les aspects de l'histoire. Les causes et effets du harcèlement, les phases par lesquelles passent les parents de Hugo, les doutes, la colère, l'incompréhension, le sentiment d'injustice et d'impuissance...
L'auteur dénonce par son récit, les mécanisme du harcèlement, l'isolement que ressent la victime, le sentiment d'anéantissement, les réactions des différentes institutions comme le collège ou encore les autorités. Puis arrive le questionnement des parents sur leur responsabilité, la portée de leurs actes et paroles sur leur fils et sur la situation. Le sentiment d'impuissance à protéger leur enfant. Et vient le moment du deuil où colère et incompréhension se mêlent, ou la colère et le ressentiment prennent le dessus et la recherche d'un sens à ce drame. Comment peut-on survivre à son enfant, au vide qu'il laisse...
Dans une écriture sobre et d'une grande sensibilité, Philippe Besson aborde un sujet d'actualité sans tomber dans les clichés ni verser dans le mélodrame. C'est abordé avec intelligence et retenu, avec beaucoup de réflexion et d'humanité.
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Citations :
Personne ne pourra, en aucun cas, empêcher une mère de vouloir défendre son enfant. Personne. Même si elle le fait maladroitement, même si elle cogne au hasard et rate son coup, comme prise dans les filets d'une immense toile d'araignée. Elle n'a pas d'autre choix que de partir à l'assaut, de foncer, fût-ce tête baissée. On dira ce qu'on voudra, mais moi je crois que c'est la chose la plus naturelle au monde, ça vient du ventre, des tripes, ça ne se contrôle pas, ça ne demande aucune permission, ça ne se réfléchit pas. C'est une nécessité qui ne se discute pas, ne se soupèse pas, qui s'impose. C'est la preuve, involontaire mais éclatante, de l'amour pour son enfant.
Esteban sera là, tout à l'heure, il n'a pas eu besoin de me prévenir, il sera au milieu des autres, il avancera au rythme de la foule, quand elle s'immobilisera il croisera les bras, se mordra l'intérieur des joues, c'est un sensible, même s'il refuserait ce qualificatif, et quand je me retournerai je l'apercevrai, il hochera la tête dans ma direction avec un pauvre sourire, je lui rendrai le même sourire, on aura les larmes aux yeux, on baissera la tête au même moment pour ne pas pleurer, ça s'appelle l'amitié, ça n'a pas besoin de mots, de déclarations.
« Autour d'un phénomène dramatique - les prises d'otages récurrentes au large de la Somalie -, Yasmina Khadra, au sommet de son art, construit un roman éblouissant, qui mêle suspense, récit d'aventures et histoire d'amour enfiévrée.Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu'au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l'aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d'affaires versé dans l'humanitaire, lui propose de l'emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d'une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. Dans leur geôle improvisée, se trouve déjà Bruno, un otage français que tout le monde semble avoir oublié, et qui tente péniblement de concilier sa passion pour le continent africain avec l'angoisse de sa captivité. Une détention à l'issue incertaine, des conditions de vie innommables, une promiscuité dangereuse avec des mercenaires sans pitié, c'est le début d'une descente aux enfers dont personne ne sortira indemne. Mais parce que le drame est propice aux revirements de situation, c'est aussi pour Kurt le début d'une grande histoire d'amour.En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme, qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale aux multiples contradictions - tour à tour effrayante, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse -, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d'un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s'ouvrir à la réalité d'un monde jusqu'alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d'un continent livré aux pires calamités. »
Mon Avis : Une histoire bouleversante qui nous montre un autre visage de l'Afrique, si je devais en dire plus, je serai forcément obligée de révéler un peu du livre et je préfère que vous le découvriez par vous même. Mais je peux dire que ce livre met un sacré coups de batte aux préjugés et réapprend le respect et la tolérance qui sont fort oubliés dans notre civilisation actuelle et dite moderne ! Yasmina Khadra a un talent exceptionnel pour donner un oeil différent et plus objectif à l'histoire avec un grand "H" et j'ai déjà deux de ses romans qui attendent d'être lus dan ma bibliothèque...