Cet essai d’environ 140 pages (pièces du dossier comprises) reprend la plaidoirie de Richard Malka lors du procès de Raphaël Enthoven devant la 17ᵉ chambre du tribunal judiciaire de Paris, à propos d’un tweet visant LFI et la question de l’antisémitisme.
Je lis Richard Malka depuis longtemps, et j’admire ses plaidoiries lorsqu’il défend, avec une force rare, des principes universels comme la liberté d’expression ou le droit au blasphème (Le Droit d’emmerder Dieu, Traité sur l’intolérance). Dans ces textes-là, il s’attaque à des systèmes de pensée plutôt qu’à des camps politiques, et laisse au lecteur l’espace nécessaire pour penser par lui-même.
Ici, j’ai eu le sentiment d’un déplacement. L’avocat ne se contente plus d’exposer un principe : il désigne, accuse et affronte frontalement LFI et Jean-Luc Mélenchon. C’est à cet endroit précis que naît mon inconfort. Je reconnais pleinement l’intelligence, la lucidité et la cohérence de son raisonnement, mais je n’y retrouve pas le Malka arbitre des principes que j’attendais seulement le Malka engagé, acteur d’un combat politique assumé.
Si je suis partagée à la lecture de ce livre, ce n’est pas par indécision, mais par exigence. J’attendais de Malka qu’il élève le débat au-dessus des camps. Or ici, il choisit clairement le sien. Cela n’invalide pas son propos, mais en réduit, à mes yeux, la portée universelle par rapport à ses textes les plus forts.
Il en résulte un sentiment mêlé : une admiration intacte pour l’intelligence de l’auteur, et une réserve face à un texte où l’essayiste l’emporte sur le plaideur. Je ne rejette ni l’auteur ni le livre ; je refuse simplement de renoncer à ma liberté de lectrice, ce qui est, au fond, et peut-être malgré lui, profondément malkaïen.
Une nuit. Le Panthéon pour enceinte d’un dialogue entre Richard Malka, incroyant bien décidé à rire encore de Dieu, en guerre contre le « respect » nouvellement dû aux religions, et Voltaire, le plus irrévérencieux philosophe des Lumières, défenseur de Calas et du Chevalier de la Barre. Sont-ils d’accord sur tout ? Pas tout à fait. Disciple de Robert Badinter et Georges Kiejman, l’avocat évoque les attentats, les morts, son histoire familiale, sa répulsion envers le prosélytisme et les enfermements communautaires. Surtout, il pose à Voltaire la question qui l’a mené au Panthéon. Par quoi remplacer Dieu ?
L'Auteur
Richard Malka est né en 1968. Il est avocat au barreau de Paris et scénariste de bandes dessinées.
Richard Malka est un spécialiste du droit de la presse formé au sein de « l'écurie » de l'avocat Georges Kiejman.
Avocat à 23 ans il est actuellement indépendant.
Il est avocat du journal Charlie Hebdo depuis 1992 et très proche des membres de sa rédaction, des groupes radiophoniques NRJ et Beur FM, de la maison d'édition l'Association, des éditions du cherche midi et de nombreux journalistes (dont Philippe Cohen).
Il est également un des avocats de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream dans les affaires de diffamation reprochées au journaliste Denis Robert.
Proche du milieu depuis longtemps (via Charlie Hebdo ou l'Association) il franchit le pas en scénarisant dessiné par Paul Gillon l'Ordre de Cicéron. Une série remarquée se déroulant dans le milieu des avocats.
Ainsi lancé Malka a lancé une autre série, Section financière, avec Andrea Mutti.
En 2006, il est co-auteur d'un sulfureux succès de librairie, La face karchée de Sarkozy, avec le journaliste Philippe Cohen et le dessinateur Riss.
En 2011, il a repris le scénario des Pieds Nickelés avec Ptiluc et Luz, et a publié une saga de science-fiction avec Juan Giménez.
En 2016, avec Saïd Mahrane (co scénariste) et Riss (dessinateur), il publie "La Face crashée de Marine Le Pen".
La gratuité, c'est le vol, 2015 La fin du droit d'auteur ? Syndicat National de l'Edition, 2015
Eloge d l'irrévérence, Grasset, 27/03/2019
Le droit d'emmerder dieu, Grasset, 22/09/2021
Traité sur l'intolérance, Grasset, 04/01/2023
Après Dieu, Stock 08/01/2025
...Ainsi que des albums de bandes dessinées
Mon avis
C'est indiscutable, Richard Malka est un auteur engagé ! Engagé pour la liberté d'expression, pour la tolérance, pour la laïcité et bien plus encore. Comme il est certain qu'il est encore très profondément marqué par le sort de ses amis du Charlie Hebdo. Une plaie qui restera ouverte à jamais certainement. Et pour son "plaidoyer", il en appelle à Voltaire...
Durant une nuit au Panthéon, l'auteur pose de grandes questions existentielles sur notre société et sur notre monde. C'est auprès des plus grands personnages français locataires de ce lieu qu'il cherche les réponses et plus précisément auprès de Voltaire à qui il vous une profonde admiration et à qui il s'adresse tout le long de son œuvre.
Dieu est au centre de ses réflexions. L'auteur met en garde contre les dérives de l'obscurantisme et du fanatisme religieux, tout en appelant à une laïcité respectueuse des croyances de chacun. Il souligne l'importance de la liberté de conscience, tout en insistant sur la nécessité de séparer le religieux du politique.
Quel autre personnage que Voltaire pouvait-il évoquer ? Voltaire, le déiste, qui considérait l'Eglise catholique comme intolérante et d'abus de pouvoir "Ecrasez l'infâme !". Ce même homme qui signe le Traité sur l'intolérance, et plaide pour la coexistence pacifique des religions, qui a défendu la liberté de culte en s'opposant aux persécutions religieuses tout en soulignant la nécessité de respecter les croyances des autres pour garantir une société juste et harmonieuse. N'a t-il pas lui-même défendu ardemment, il y a 250 ans, la liberté d'expression ?
C'est dans la Laïcité que Richard Malka trouve des réponses et ses idées ne manquent pas d'intérêt bien au contraire. Traiter le mal à la racine, faire complètement disparaître l'obscurantisme, le prendre à son fondement pour ne lui laisser aucune chance : "avoir en horreur le prosélytisme qui corrompt la véritable foi, qui salit et créé le malheur de tous."
J'aurai envie d'y croire, mais cette défense de la laïcité n'est-elle pas elle-même poussée à l'extrême au risque de ne pas prendre en compte toute la complexité des enjeux religieux ?
https://pasionlivres.blogspot.com
Citations
"La croyance transforme un mythe en réalité par l'effet de la foi. À partir de là, tout est possible. Certains croyants feront l'effort de douter et de discuter de leur foi. D'autres, nombreux, vraiment nombreux, n'auront pas cette force et pourront aussi bien tenir pour absolument vraies les histoires les plus invraisemblables que pour faux ce qui est scientifiquement établi. Commence alors la déconnexion avec le réel qui les conduira à s'en remettre non pas aux lois des hommes, faites pour la réalité, mais à des commandements fixés par ceux qui partagent leurs hallucinations."
"Invariablement, les athées sont plus nombreux à être opposés à la peine de mort et favorables à l'égalité entre hommes et femmes. Il faut dire que, sur ce dernier point, les textes religieux appelant à la lapidation des femmes adultères ou déviantes sont pléthoriques, la déviance ayant une définition assez extensive. Cette base biblique constitue autant de justifications, conscientes ou pas, des violences conjugales. Ainsi, les religions vouent les femmes adultères à être tuées, brûlées, torturées, empoisonnées. De même peuvent-elles être légitimement battues si elles se montrent indisciplinées selon le verset 34 de la sourate des femmes. L'obligation de se couvrir, afin de ne pas susciter le désir d'hommes relégués au rang de bonobos, ne participe pas davantage à une vision égalitaire des sexes."
"La violence faite aux femmes par la religion est plus systématique qu'aucune autre et pourtant ce n'est pas celle qui est le plus souvent dénoncée, loin de là. Prenons le droit à l'avortement. L'archevêque de Recife, au Brésil, a trouvé le moyen, en 2009, d'excommunier une petite fille de neuf ans violée, tombée enceinte et ayant avorté, de même que sa mère et le personnel médical impliqué... mais pas le violeur. C'est aussi au nom de la religion que des Etats américains reviennent sur ce droit à l'avortement."
Après Le droit d’emmerder Dieu, éloge du droit au blasphème, Richard Malka revient sur l’origine profonde d’une guerre millénaire au sein de l’Islam : la controverse brûlante sur la nature du Coran. Plus qu’une plaidoirie, ces pages mûries pendant des années questionnent ce qu’il est advenu de l’Islam entre le VIIème et le XIème siècle, déchiré entre raison et soumission. Les radicaux ont gagné, effectuant un tri dans le Coran et les paroles du Prophète, oppressant leurs ennemis – au premier rang desquels les musulmans modérés, les musiciens, artistes, philosophes, libres penseurs, les femmes et minorités sexuelles. Plonger avec passion dans cette cassure au sein d’une religion n’est pas être « islamophobe », c’est regarder l’histoire en face. Traité sur l’intolérance est une méditation puissante, un appel aux islamologues du savoir et de la nuance – pour qu’enfin chacun sache, comprenne, échange, s’exprime.
L'Auteur :
Richard Malka est né en 1968. Il est avocat au barreau de Paris et scénariste de bandes dessinées.
Richard Malka est un spécialiste du droit de la presse formé au sein de « l'écurie » de l'avocat Georges Kiejman.
Avocat à 23 ans il est actuellement indépendant. Il est avocat du journal Charlie Hebdo depuis 1992 et très proche des membres de sa rédaction, des groupes radiophoniques NRJ et Beur FM, de la maison d'édition l'Association, des éditions du cherche midi et de nombreux journalistes (dont Philippe Cohen).
Il est également un des avocats de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream dans les affaires de diffamation reprochées au journaliste Denis Robert.
Proche du milieu depuis longtemps (via Charlie Hebdo ou l'Association) il franchit le pas en scénarisant dessiné par Paul Gillon l'Ordre de Cicéron. Une série remarquée se déroulant dans le milieu des avocats.
Ainsi lancé Malka a lancé une autre série, Section financière, avec Andrea Mutti.
En 2006, il est co-auteur d'un sulfureux succès de librairie, La face karchée de Sarkozy, avec le journaliste Philippe Cohen et le dessinateur Riss.
En 2011, il a repris le scénario des Pieds Nickelés avec Ptiluc et Luz, et a publié une saga de science-fiction avec Juan Giménez.
En 2016, avec Saïd Mahrane (co scénariste) et Riss (dessinateur), il publie "La Face crashée de Marine Le Pen".
La gratuité, c'est le vol, 2015 La fin du droit d'auteur ? Syndicat National de l'Edition, 2015
Eloge d l'irrévérence, Grasset, 27/03/2019
Le droit d'emmerder dieu, Grasset, 22/09/2021
Traité sur l'intolérance, Grasset, 04/01/2023
...Ainsi que des albums de bandes dessinées
Mon avis :
Retrouver l'écriture de Richard Malka était à la auteur de mes attentes et même au-delà.
Il s'agit de plaidoirie prononcée le 17 octobre 2022 au nom de Charlie Hebdo devant la cour d'assises spéciale de Paris, en appel du procès des attentats de janvier 2015.
L'essai est court, certes, mais il n'est pas besoin de plus de pages à Richard Malka pour nous parler de l'islam des lumières et l'islam des ténèbres afin de nous expliquer par quel cheminement des hommes en sont arrivés à ces actes criminels et odieux au nom de leur dieu.
Donc forcément, dans le cas des attentas contre Charlie Hebdo, il est question du Coran, texte sacré portant la parole de Allah transmise au prophète Mahomet. Dans le respect le plus total pour les religions, Richard Malka démontre l'absurdité de crimes au nom d'un prophète, au nom d'une religion telle qu'elle soit d'ailleurs. Le Coran, lu par les mutazilites ou par des littéralistes ne sera pas ressenti de la même façon, ne donnera pas les mêmes effets. Autant elle fera l'objet de réflexions, de pensées pour les uns, autant elle fera l'objet de plus d'obscurantisme pour les autres. (Ces revendications m'obsèdent depuis maintenant presque huit ans. Tous les jours. C'est le mobile du crime et il est explicite : le respect du Coran et la vengeance du Prophète. L'action de ces terroristes est motivée par l'islam - ils le disent - et plus précisément, par une vision de l'islam (page 13)).
Extraits :
"Il y a dans le Coran des centaines de promesses de châtiments pour les mécréants et ceux qui ne suivent pas les préceptes d'Allah, mais ce sont des promesses de châtiments eschatologiques. C'est Dieu qui châtie, c'est au ciel que la sanction intervient. Dieu ne délègue pas aux hommes : "il est le maître de la vengeance", nous dit la sourate 3 verset 4, il en a le monopole." page 33
"On ne peut pas interpréter le verset de l'épée comme le font les terroristes, sauf à dénaturer le texte et à en choisir une traduction et une interprétation guerrière. Mais c'est alors un choix humain et non divin." page 38-39
"Pour être complet, il faut aussi parler des hadiths, c'est-à-dire des paroles ou des actes attribués au Prophète et rapportés par des chaînes de transmetteurs sur plusieurs siècles. Les hadiths complètent le Coran, ce texte étant beaucoup plus court que la Bible. Il fallait bien, par ailleurs, tenter d'en éclairer les contradictions. Certains de ces hadiths légitiment effectivement la violence et sont largement invoqués par les fanatiques." page 41
"L'arme fatale de ce mouvement, depuis des siècles, c'est l'accusation de blasphème.
La liberté d'expression est la clé de tout, du passé et de l'avenir de l'islam, du débat sur la nature du Coran, du pouvoir au sein de l'islam, et par un incroyable chemin du destin, cette question s'est cristallisée autour de Salman Rushdie d'abord, de Charlie Hebdo ensuite.
Mais le plus fou dans cette histoire, c'est que la répression du blasphème, au nom duquel tant de meurtres sont perpétrés, est, en grande partie, une invention des hommes. Les islamistes trahissent le Coran. Les Kouachi n'ont pas vengé le Prophète." pages 58-59