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dimanche 16 août 2026

GRETA ET MARGUERITE

        

 

 

   source : J C LATTES

    Greta et Marguerite    

Laurence Peyrin


     Auteur :    Kalindi Ramphul

Editions : JC LATTES

Genre : Littérature française, roman

Date de parution :  30 avril 2025

360 pages

ISBN : 978-2-709-67573-4

Prix : 20 € 90 




Quatrième de Couverture


Quand Greta rencontre Romuald lors d’un vol Bombay-Paris, l’hôtesse de l’air aviophobe et l’ophtalmo perpétuellement catastrophé chavirent. Seul bémol, Romuald est marié à Marguerite, architecte bretonne au brushing impeccable, et père de Sally, joyeuse enfant qui trouve tout le monde « moche ».

Romuald quitte tout pour Greta, mais, à peine leur idylle consommée, une tragédie les frappe… Et une découverte sidérante qui va réunir Greta et Marguerite dans une odyssée échevelée au coeur de la forêt finlandaise !





Je remercie mon Babeliotami Berbertgaillard pour cette découverte.

Une fois encore, je suis sortie de ma zone de confort. Les romans à l’eau de rose, ce n’est pas ma tasse de thé...

Sauf que, contrairement à ce que j’imaginais au début de ma lecture, il ne s’agit pas d’un roman à l’eau de rose ! C’est un vrai roman littéraire, rempli de sentiments, certes, mais surtout de ressentis humains, racontés à travers plusieurs points de vue.

On y croise l’amour, je ne peux pas le nier, car il est beaucoup question de cela. Mais de l’amour sous toutes ses formes : celui qui fait du bien, celui qui fait mal, celui qui démolit et celui qui reconstruit. L’amour maternel, l’amour de l’autre et l’amour de soi...

"Ça n'amuse personne de voir une quarantenaire célibataire au bord du gouffre. Ça casse l'ambiance, ça fiche le cafard. Le monde veut assister à la renaissance d'une femme qui boit des green smoothies à la salle de sport, pour être en forme, mais juste pour elle, pas pour un homme. Seulement, pour moi, la réalité fut tout autre. Ce n'est pas tant le vide laissé par Romuald qui me plongea dans un état dépressif à long terme, ni même de l'imaginer avec une femme de vingt ans ma cadette, c'était surtout de devoir affronter, en lieu et place d'un canapé inoccupé, le mensonge d'une décennie de relation unilatérale."

Il s’agit de femmes également.

Greta : La maîtresse ! Jeune femme de 25 ans qui me ferait presque penser à Peter Pan, tant elle semble être restée une enfant, mais qui va grandir tout au long du roman. Une personnalité haute en couleur, qui donne envie de la connaître. Elle m’a également fait penser au personnage de la série *HPI*, Morgane Alvaro. On pourrait imaginer qu’elle n’est pas très cultivée, mais malgré son vocabulaire fleuri, elle n’en a pas moins un lexique érudit.

Marguerite : L’épouse. Tout l’inverse de Greta. Marguerite est sobre, distinguée, guindée, cultivée, instruite. Elle a la classe de la bourgeoise parisienne, blonde aux cheveux lissés en chignon strict, quand Greta est brune et bouclée.

Puis il y a Sally, la gamine du couple, solaire et étonnamment mature pour son âge. La mère, la belle-mère, et j’en passe...

'Tout est dangereux pour une femme, tu sais.
Quand on va se séparer tout à l'heure, je vais faire un tas de choses dangereuses : prendre le métro en mini-jupe car on aura largement trop bu pour conduire, marcher dix minutes jusqu'à mon appart, passer devant des groupes d'hommes qui n'auront que moi à dévisager à cette heure-ci de la nuit. Même boire un verre avec toi, là, sans te connaître, c'est dangereux. Notre existence même est un risque perpétuel."

Greta et Marguerite n’est pas un simple récit de femmes non plus. C’est un questionnement permanent. Des interrogations sur l’amour, évidemment, mais aussi sur soi ! Se construire avec ou sans amour, selon son histoire familiale aussi. Puis le deuil, la trahison, la culpabilité...

"(...) Greta et Marguerite se sont détestées. Greta et Marguerite se sont tolérées. Greta et Marguerite se sont aimées à leur manière. Greta et Marguerite ont vécu, en accéléré, des mondes dans le monde. (...)"

L’autrice aborde également l’amour maternel à travers Sally. Entre la maîtresse qui devient belle-mère, la mère qui ressent à la fois de la jalousie dans les relations mère-fille et belle-mère-fille, et de la culpabilité de ne pas passer assez de temps avec son enfant, de ne pas faire suffisamment d’activités avec elle... en oubliant que le métier de mère peut être frustrant et usant.

Il est aussi question de cet amour maternel dans l’abandon, dans le ressentiment de ne pas être la mère que l’on aurait voulu être. Chacun a son histoire...

Je me suis attachée à Greta et à son côté naturel et spontané qui lui colle à la peau, à sa fraîcheur. Mais au fil des pages, je me suis également attachée à Marguerite, pour qui j’ai ressenti beaucoup de compassion, et je me suis réjouie de la voir évoluer en dépit de tout.

En revanche, je n’ai pas réussi à trouver cette même compassion pour Romuald. J’ai compris sa détresse, mais je n’ai pas éprouvé davantage d’empathie envers lui.

"(...) Ce qu'il reste après l'amour, c'est de l'espoir ou du cynisme, un début ou une fin, c'est notre supplice ou notre salut, notre incapacité à agir sur le destin."

Kalindi Ramphul signe un roman addictif, porté par une plume fluide et pleine de fraîcheur, tout en abordant des sujets plus ou moins graves, sans jamais s’enliser dans la mélancolie.





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lundi 10 août 2026

UNE TOUTE PETITE MINUTE

       

   

   source : www.calmann-levy

    Une toute petite minute    

Laurence Peyrin


     Auteur :    Laurence Peyrin

Editions : Calmann Levy / Pocket

Genre : Littérature française, roman

Date de parution :  21 avril 202a

432 pages

ISBN : 978-2-702-16620-8 (Calmann Levy)

Prix : 20 € 90 (9€ Pocket)







Quatrième de Couverture


Il a suffi d’une toute petite minute, et la vie de Madeline a basculé.

C’était une nuit de 1995, elle avait 17 ans et fêtait la nouvelle année. Que s’est-il passé dans cette salle de bains où elle s’était enfermée avec sa meilleure amie ? Vingt ans après, Madeline sort de prison. Personne n’a jamais su la vérité sur le drame de cette fameuse nuit. Elle a effectué sa peine jusqu’au dernier jour.

Comment reprendre le cours de cette vie interrompue ?
Parler à des gens qui ne savent pas de quoi on est coupable ?
Renouer avec une petite soeur qu’on n’a pas vue devenir adulte ?
Vivre et y trouver un sens ?

Mad va chercher le bon chemin, pas après pas, dans les dunes des Hamptons, dans les jardins des belles maisons qui l’embauchent, dans les précieux gestes d’entraide. Et grâce à sa mère, au-delà de ses mystères, grâce aussi à Ezra, le cuisinier qui ressemble à un pirate, peut-être Madeline acceptera-t-elle un jour  qu’on puisse l’aimer quand même…



Je ne vais pas mentir, ce roman ne m'a pas portée. J'ai trouvé le style plutôt plat et cette lecture m'a semblé longue. Mais il a le mérite de faire gamberger, et c'est ce qui m'a retenue, car "Une toute petite minute" est un roman qui pose beaucoup de questions essentielles auxquelles, pour ma part, je n'ai pas trouvé toutes les réponses.

Madeline a commis un meurtre, celui de sa meilleure amie, en 1995. Elle sort de prison après une très longue incarcération. Vingt ans plus tard, elle retrouve sa liberté. Elle va constater à quel point le monde a continué sans elle, car tout a changé. Les habitudes, les technologies, les rapports entre les gens... Elle va devoir réapprendre et s'adapter à cette nouvelle vie qui, quelque part, ne l'a pas attendue, et retrouver aussi sa famille.

Madeline a pris une vie. Et ce n'est pas seulement la vie de la victime qui a été détruite. Il y a toutes celles de son entourage, sa famille, celle de la victime, toutes ces existences bouleversées pour toujours. Elle le sait. Et c'est justement ce qui m'a plu chez elle : elle ne demande pas qu'on lui pardonne. Elle ne cherche pas à minimiser ce qu'elle a fait. Elle veut payer. Elle veut vivre avec...

"Malgré le bourdonnement habituel qui flottait sur le parloir, Mad s'était perdue dans ses pensées : combien de personnes avait-elle assassinées, d'un seul geste ?
Combien de destins contraires ?"

Pourtant, le roman semble parfois chercher des circonstances atténuantes à ce crime, des excuses, quelque chose qui permettrait de rendre son geste moins difficile à regarder.

Viennent alors les questions qui m'ont fait gamberger : qu'est-ce qui distingue vraiment un crime prémédité d'un crime commis dans un instant de bascule ? À quel moment une personne franchit-elle cette limite dont elle ne pourra jamais revenir ? Une minute peut suffire à faire basculer une existence. Une toute petite minute, justement.

"C'était donc ainsi, normalement, s'était dit Mad. Normalement, la criminelle haïssait sa victime jusqu'au bout - et même après. Normalement, la criminelle ne regrettait rien, comme Amy. Normalement, la criminelle se foutait du pardon. Comme Amy."

On découvre la vie des femmes en prison, les différentes catégories de détenues suivant la gravité de leur(s) crime(s), les rapports entre elles, les places qu'elles occupent. Il y a celles qui assument, celles qui regrettent, celles qui sont dans le déni. Et puis la prison n'est pas seulement un endroit où l'on enferme quelqu'un. Elle peut aussi être, dans certains cas, un endroit où l'on essaie de préparer le retour dehors. Elle propose des activités, de l'apprentissage, de l'accompagnement, pour gérer le stress ou se reconstruire.

L'auteure fait souvent référence à d'autres détenues célèbres pour leurs crimes. Est-ce pour montrer que Madeline n'est pas la seule femme à avoir franchi cette limite ? Ou peut-être pour rendre son crime moins lourd à porter ?

"C'est en passant par des moments comme celui-ci que Mad avait acquis la conviction qu'elle n'était pas une psychopathe incapable de gérer sa violence."

Pour ma part, je n'ai pas eu envie d'excuser Madeline, ni d'y voir une jolie histoire de rédemption. Mais justement ! Il n'appartient pas au lecteur de juger, d'excuser ou quoi que ce soit d'autre. Il peut plutôt se poser les questions suivantes : Et si ?

Et si c'était mon enfant qu'on avait tué ? Et si c'était mon enfant qui avait tué ?

Peut-on vraiment passer à autre chose après avoir pris une vie ? Peut-on construire quelque chose, aimer, rire, faire des projets ? Peut-on vivre sa vie tout en sachant qu'une autre personne n'a plus la possibilité de vivre la sienne ?

Autant de questions restées sans réponses.

Alors Madeline sort de prison, mais cela ne signifie pas forcément être libre. Il reste cet acte qu'elle a commis et qu'elle portera tout au long de sa vie, quelles que soient les circonstances qui l'y ont poussée.


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dimanche 31 mai 2026

DANS LES LUMIERES D'ATHENES

   


        


     Dans les lumières d'Athènes     

Georges NIKAKIS


     Auteur :    Georges NIKAKIS

Editions : Maison POP www.editions-maisonpop.com

Création couverture : Camille Gautron

Genre : Voyages, roman

Date de parution : 20 mai 2026

242 pages

ISBN :  978-2-488201-95-7

Prix : 19€95




Quatrième de Couverture : 


Sophie, professeure de philosophie et parisienne d’origine grecque, reçoit un étrange coup de fil. Elle apprend l’existence d’un secret familial enfoui depuis des générations qu’elle pourra découvrir uniquement en se rendant sur place : à Athènes..




Tout commence par une rupture brutale. Sophie s'enfuit, laissant Christophe désemparé face à ses propres failles : son manque d'autonomie et sa méconnaissance des lieux qui les unissent. Mais le lendemain, le destin bascule : des inconnus lui transmettent des messages mystérieux, l’invitant à l'émancipation et au voyage... L'espoir renaît.

Bien plus qu’une simple romance, ce roman de Georges Nakakis est une véritable invitation au voyage. L'auteur nous guide à travers Athènes et ses environs, nous initiant à sa riche mythologie, tout en nous faisant vibrer au rythme de l'âme grecque, celle de la générosité, de l'hospitalité et de l'amitié sincère.

La force du récit réside dans son pouvoir immersif. À travers les yeux de Christophe, le lecteur est totalement embarqué dans un périple qui éveille tous les sens. Les descriptions sont si vivantes que le passé, le présent et le mythe s'entremêlent pour offrir un spectacle total. Une lecture qui fait voyager l'esprit autant que le cœur.

Georges Nikakis nous offre, avec ce roman, une très belle façon de découvrir la Grèce et ses habitants.





Extrait :
_ Chers amis, vous n'ignorez pas que la rivalité entre Poséidon et Athéna pour devenir le gardien de la cité d'Athènes était sans équivalent. Mais alors, comment ont-ils été départagés ? Je vis vous le dire : lors d'une fête à Athènes, les dieux ont organisé un concours pour désigner celui qui serait le protecteur de la ville. Poséidon, dieu des mers, a frappé, avec la fougue qu'on connaît, un rocher de son trident, et de cette faille a jailli une source d'eau salée. Athéna, avec cette grâce qui la caractérisait, a créé l'olivier, symbole de paix qui est devenu plus tard son emblème. Toutes les femmes athéniennes ont voté pour Athéna et tous les hommes pour Poséidon. Comme les femmes étaient plus nombreuses, Athéna est devenue la protectrice d'Athènes.
Oui, chers amis, Lysistrata, si elle nous voyait aujourd'hui, se moquerait de notre piètre avancée civilisatrice ! Où en étais-je ?...
Ah, oui ! Donc, Poséidon, aussi colérique que méchant, pour se venger, a inondé la campagne environnante dans sa fureur, jusqu'é ce que Zeus, ce pervers qui ne pouvait s'empêcher de pincer les fesses des femmes, trouve un arrangement : autour de 440 avant Jésus-Christ, il a demandé à Périclès, le roi et stratège d'Athènes, de bâtir ce temple, au cap Sounion, en l'honneur de ce furieux de Poséidon.

Je me permet de rebondir sur "Lysistrata", comédie d'Aristophane dans laquelle les Athéniennes, souhaitant que leurs maris mettent fin à la guerre, lancent une grève du sexe.
C'est intéressant de savoir que les femmes n'avaient pas le droit de vote d'une part. D'autre part, dans la Grèce antique classique, les femmes ne jouaient généralement pas sur scène.

À l’époque d’Aristophane, à Athènes au Ve siècle av. J.-C., le théâtre était, un événement public et religieux, organisé par des citoyens masculins, joué presque exclusivement par des hommes.
Les rôles féminins, même ceux de personnages centraux comme Lysistrata, étaient interprétés par des acteurs masculins portant masques et costumes. C’est ce qui rend cette œuvre fascinante puisque Lysistrata met en scène des femmes extrêmement puissantes politiquement et symboliquement… alors que les vraies femmes athéniennes avaient peu de droits publics. 
Dans la pièce, les femmes organisent une grève sexuelle, prennent le contrôle de l’Acropole,
imposent la paix aux hommes en guerre. Pour une société athénienne classique, c’était presque une inversion carnavalesque du monde.

Ce qui est intéressant chez Aristophane, c'est que, d'après beaucoup d’historiens et de spécialistes du théâtre, Aristophane donne souvent à ses personnages féminins, de l’intelligence, du pragmatisme et une lucidité politique supérieure aux hommes. Mais cela ne signifie pas forcément qu’il défendait l’égalité moderne. La comédie grecque fonctionne beaucoup par renversement :

les femmes dominent les hommes,
les esclaves donnent des leçons,
les vieillards deviennent ridicules,
le monde est inversé pour faire rire… et réfléchir.

C’est peut-être aussi pour cela que la pièce continue à parler aujourd’hui : elle montre une société où ceux qu’on croit secondaires deviennent soudain les seuls capables d’empêcher la destruction collective.



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mardi 12 mai 2026

TRES BREVE THEORIE DE L'ENFER

  


        


     Très brève théorie de l'Enfer  
  

Jérôme FERRARI


     Auteur :    Jérôme FERRARI

Editions : Acte Sud

Photo de couverture : Karl Ndieli Shakur

Genre : Littérature française, roman, récits

Date de parution : 4 mars 2026

160 pages

ISBN :  978-2-330-21638-2

Prix : 16€90



Quatrième de Couverture : 


Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des “Contes de l’indigène et du voyageur”.

📖


Il m’était bien difficile de résister à l’avis de lecture de notre ami Xavier « Aquilon62 » sur Babelio, que je vous conseille vivement de lire tant il est complet, extrêmement bien rédigé, et riche en références à l’Enfer de Dante.

J’ai eu du mal, au départ, à me plonger dans ce roman, avant de comprendre que la forme même de l’écriture participe au malaise, à l’épuisement intérieur et à la vision du monde que développe l’auteur. Une fois cet aspect essentiel du roman identifié, j’ai pu trouver mes marques et en saisir toute l’essence littéraire.

Un homme quitte sa Corse natale à la recherche d’un idéal, ou peut-être simplement d’une manière d’échapper à lui-même. Pourtant, ni le mariage ni la naissance d’un enfant ne suffisent à l’apaiser ou à le rendre heureux. Son chemin croisera celui de Kaveesha, une employée sri-lankaise qui, elle aussi, a traversé une partie du monde entre sacrifices et quête de rédemption.

L’enfer du narrateur n’a rien de surnaturel ; bien au contraire, et comme le souligne Xavier dans sa chronique, il est profondément humain. Il se compose de solitude, d’échecs, de lassitude et d’illusions perdues.

L’écriture de Jérôme Ferrari reflète ce chaos intérieur à travers une alternance entre une langue soutenue, cultivée, et des passages plus crus, plus familiers, parfois à la limite de la vulgarité. Ce contraste oppose sans cesse la pensée intellectuelle à la brutalité du réel.
Ce sentiment naît notamment de ces longues phrases étirées, presque sans respiration, traversées de pensées successives, provoquant à la fois une sensation d’étouffement et une immersion mentale dans l’esprit du narrateur, dans son intimité la plus profonde. L’écriture devient alors plus introspective, vulnérable, presque confessionnelle.

La plupart des professeurs algériens détachés auprès du lycée français pour un salaire vingts fois inférieur à celui des expatriés étaient des femmes d'une cinquantaine d'années, incroyablement chaleureuses et souriantes, dont il était difficile de croire qu'elles venaient de passer une décennie à craindre une mort atroce — une décennie entière à guetter le fracas des bombes, à porter des amis en terre et à se réveiller dans le même cauchemar où les rayons du soleil levant illuminent sur les trottoirs de Blida un alignement de têtes coupées. (p 80)


Le roman est également une réflexion sur l’échec des idéaux, les rêves abandonnés et les existences à la dérive, laissant entendre que l’enfer n’a rien d’exceptionnel : il est banal, quotidien, progressif même, s’installant lentement dans les êtres.

Le personnage de Kaveesha apporte une autre dimension au récit, plus humaine encore. À travers elle émergent les sacrifices, les trahisons, mais aussi une forme de résilience silencieuse. Elle endure beaucoup tout en cherchant malgré tout à donner le meilleur d’elle-même.

Mais elle a passé sa vie entourée d'enfants qu'elle n'a pas portés et qu'elle devait, l'un après l'autre, abandonner eux aussi. Elle se souvient de leurs visages et de leurs prénoms. Sa mémoire est comme un monde pétrifié dans lequel tous les enfants sont devenus des fantômes dont le temps n'altère pas l'apparence et qui, eux, ne grandiront jamais. (100)


C’est un roman presque philosophique, sans pour autant chercher à apporter des réponses. Un roman où l’enfer semble résider dans le poids d’exister, de penser, et de ne jamais parvenir totalement à rejoindre les autres.

Je n'ai pas été profondément touchée par le narrateur et son histoire, lui préférant des figures plus humaines et vulnérables comme Nardjess 'sa femme), Afsaneh (sa fille) ou surtout Kaveesha qui apportent quelque chose de plus immédiatement humain et vulnérable. Pourtant, malgré cette distance émotionnelle, l’écriture de Jérôme Ferrari demeure éblouissante et enrichissante à bien des égards.

Car, comme Wilfred Thesiger, je n'ai moi-même jamais vu dans le monde autre chose qu'un terrain d'expérimentations morales dont la plus décisive consistait précisément à tenter de devenir quelqu'un d'autre, bien que ce fût à l'évidence impossible, quels que soient les efforts consentis pour y parvenir. (p 77)

 

Tout en haut, inaccessible dans sa splendeur, se trouve celui des émirs et des princesses ; tout en bas, dans les tréfonds d'un enfer invisible, inaccessible lui aussi — mais dans son abjection —, celui des ouvriers du bâtiment dont la sueur et le sang sont comme l'engrais nourricier où la ville insatiable puise l'énergie nécessaire à sa croissance frénétique... (p 34)


Ils ignoraient bien sûr, comme la plupart des Européens du Nord, que le soleil du golfe d'Arabie n'est pas l'astre amical des printemps fertiles mais une étoile meurtrière, accablante, si dangereusement proche qu'elle fait bouillir le sang dans les veines, s'évaporer l'écume suspendue comme une brume à la surface des flots et tomber en poussières les bourgeons calcinés. Et même quand elle semble avoir cédé la place à l'obscurité, son incandescence continue d'embraser les profondeurs de la nuit. (p 101)


Mais tu sais, Kaveesha, nos enfants ne nous aiment pas comme nous les aimons. Nous devons bien accepter l'ordre des choses mais c'est une leçon bien douloureuse à recevoir. (p 104)


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mardi 21 avril 2026

VILLA BLANCA, LES RACINES DU MAL

            


    Villa Blanca, les racines du Mal    

   Auteur :    Ellen Guillemain

Editions :  French édition

Genre : Roman

Date de parution : 21  février 2025

150 pages

ISBN :  979-8-30-765391-3

Prix : 15 




Quatrième de couverture : 

Eté 1976, la canicule s'abat sur la France. Sébastien, dix-sept ans s'ennuie ferme dans la villa cossue d'Arcachon qu'il partage avec Inès sa mère, qu'il déteste et qui n'en n'a que pour Bébé son caniche nain. Tout s'illumine lorsqu'il rencontre Manuel, un jeune et beau marginal qui le fascine. Cette rencontre doit-elle tout au hasard ? Qui est vraiment Manuel ? Pourquoi cet été là va virer au cauchemar et se terminer dans un bain de sang ? Et si la Villa Blanca était maudite et que les racines du mal se trouvaient en Espagne en 1936 ?


Voilà un moment que j’attendais un nouveau roman d’Ellen Guillemain.
Après Un crime amoureux en 2012, puis Esprit de famille en 2014, et de nombreux écrits sur d’autres supports, l’autrice nous livre enfin son dernier roman : Villa Blanca, les racines du mal.

Un père de famille retourne dans le sud de son enfance, accompagné de ses enfants et petits-enfants. Il n’y avait plus remis les pieds depuis des décennies. Mais à mesure qu’il se rapproche de la villa où il passait ses vacances avec sa mère, les souvenirs refont surface, plus vifs que jamais…

Alors attention.
Si vous vous attendez à une construction classique : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, résolution, situation finale... passez votre chemin. Ce serait mal connaître Ellen Guillemain.

Car l’autrice aime nous perdre.
Nous entraîner dans des chemins tortueux, où chaque détour révèle une nouvelle facette du récit. Ici, les histoires s’entrelacent, se superposent, nous entraînant dans différents passés, notamment au cœur de la guerre civile espagnole.

Depuis le mois de mars, on étouffait, on s'asséchait sur une bonne partie de l'Europe. Quelque chose se tramait dans le ciel, là-haut. Des forces telluriques et aériennes s'alliaient en ordre de guerre afin de répandre la sécheresse et la désolation. Les patronymes exotiques de ces guerriers invisibles n'avaient pourtant rien d'effrayant : l'anticyclone des Açores et celui du Groenland. Ils avaient copulé pour engendrer une météo consanguine baptisée «canicule».

Et pourtant, tout tient.
Tout s’emboîte avec une précision presque déroutante.

Les personnages sont d’une justesse troublante, profondément humains, souvent sombres. La plume d’Ellen Guillemain reste fidèle à elle-même : acérée, incisive. Elle explore sans détour le meilleur de l’homme… mais surtout le pire.

C’est brut.
Sans fard.
Et parfois dérangeant.

Un roman qui ne cherche pas à plaire, mais à révéler... et dont on ne sort pas tout à fait indemne.


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vendredi 17 avril 2026

LE CREUSET DES SORCIERS

           


    Le Creuset des Sorciers    

   Auteur :    Christophe Chabouté

Editions :  Gallimard https://www.gallimard.fr/

Genre : Roman Littéraire / Collection Blanche

Date de parution : 5  février 2026

176 pages

ISBN :  978-2-07-308500-9

Prix : 19 






Quatrième de couverture : 


La Louisiane vient d’être vendue aux États-Unis d’Amérique. Tout jeune esclave, Jean-Baptiste rejoint la plantation reculée des Beauregard. On y cultive la canne à sucre, le labeur est terrible, le climat très rude, mais l’esclave résiste. Il est fortifié par un secret sur le point d’être dévoilé : il connaît le sortilège de la musique.
Jean-Baptiste ignore que le langage qu’il est en train d’inventer va métisser le monde.
Au fil d’un récit écrit au rythme d’une musique entraînante et nerveuse, Paul Greveillac raconte la confrontation violente entre une caste de planteurs déclinante et des esclaves libres en puissance. Il imagine la plantation comme le berceau du jazz, offrant un aïeul de fiction au grand trompettiste Miles Davis.




Il y a parfois, dans la vie, des instants, des faits qui dépassent notre entendement. C'est ce qu'il s'est produit avec cet œuvre de Paul Greveillac. Ce roman s'est presque mis sur mon chemin, presque déposé dans mes mains et, tout en le lisant, j'avais le sentiment de connaître l'histoire, dans visualiser les scènes, comme un sentiment de déjà vue...

Ce roman n'est pas seulement une histoire, c'est une réflexion sur la manière dont on construit une vérité avec les bases de l'histoire elle-même. Une histoire inventée peut sembler plus vraie que l'Histoire elle-même. 

Nous sommes en Louisiane, que la France a vendu aux Etats-Unis en 1803. Sur le domaine des Beauregards, Une immense plantation, des esclaves, une dynastie.

"J'ai chaud. L'espace est gonflé. Veineux. Au bord de la rupture. Il me faut me défaire de la gaze d'ignorance. Me dépuceler dans le danger. C'est hypnotique et inquiétant. Maléfique et attirant. Je suis le jouet consentant du tellurique. Je progresse à tâtons vers l'épaisseur d'une révélation. Une épiphanie pure, qui n'est que sensation. Appelons cela, si nous le souhaitons, désignons cela comme du vaudou. Et je deviens la poupée qui aime les aiguilles, n'existe que par elles. Voilà. Un éclat jaillit au loin, répété, s'approche, parfois son écho comme une ombre même précède. Je revis. Je meurs. Touché au flanc par une griffe invisible. Transfiguré dans la nuit aux clartés aveuglantes. Je saigne d'extase. Sang ou larmes."

Au milieu de tout cela, un jeune esclave, dont Jacques Beauregard vient de faire l'acquisition. Un jeune enfant qui semble hagard et qui ressent l'envie de tapoter en tempo à longueur de temps. Il rêve d'approcher le piano de ses maîtres, d'effleurer les touches, de ressentir les notes vibrer dans tout son corps. Ce piano deviendra sa cage.

L'auteur nous transporte littéralement dans l'époque, nous fait revisiter la Louisiane en période coloniale. Alors que la terre porte encore les cicatrices de massacres des amérindiens, des hommes, des femmes et des enfants sont amenés d'Afrique pour être asservis comme des animaux afin de travailler dans les champs de coton par ci, de canne à sucre par là.

"Le Noir accueille le sacrement sans se défaire de son absence. Il découvre l'orgue, la mortifère musique d'église. Son regard toujours se cache derrière une sorte de taie. En vérité, il n'a attendu d'être catholique pour avoir la foi. La religion ne fait que mettre des mots - très imparfaits encore - sur ce qu'il peut parfois ressentir, sur l'élan intérieur qui l'habite et aussi les nuits opaques dont il est souvent la proie. Il n'est, lui semble-t-il, qu'une sorte de dépositaire invalide d'un mouvement de balancier précaire et incertain entre l'épiphanie et la désespérance. La foi aussi est révolte. C'est pour cela qu'il est musique. La religion au contraire sert à appartenir. À faire appartenir, et à justifier l'ordre établi. Dieu n'y a pas sa place ; ce n'est pas dans les églises qu'on le trouve le plus facilement. Mais nous ne pouvons pas prétendre être dans le secret de l'âme des maîtres."

A l'origine, le creuset est un récipient où l'on fait fondre et calciné des matières, des substances. Ce roman fait fondre l'histoire, la malaxe entre vérités et fiction. L'histoire de Jean-Baptiste est palpable et si l'auteur ne précisait pas qu'il ne s'agissait là que d'une fiction, on pourrait croire qu'elle est réelle car elle est immergée dans l'Histoire avec un grand H, avec des faits réels.

Oscar Wilde a dit : Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés.

Ce roman en est l'exemple même. Ce que nous croyons vrai dépend souvent moins des faits… que de la manière dont ils nous sont racontés. Le tout dans une belle et riche écriture.

"Le jazz a la fébrilité de l'incantation. Il barrit rit il rugit. Il effleure seulement. Catalyseur. Magma aux éléments indissociables.

Loupe sous le soleil qu'on ajuste pour mettre le feu au monde."


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vendredi 21 novembre 2025

LE FANTÔME DE VERSAILLES - Une enquête de Gabriel Joly

                                

     Le Crépuscule de la Veuve Blanche    

Henri Loevenbruck

Auteur : Henri Loevenbruck

Editeur : XO ssite 

Genre :  Roman Historique

Date de Sortie : 6 novembre 2025

Nombre de pages : 480

ISBN : 978-2-37448-571-3

Prix : 22€90


Quatre ans que je l’attendais ! À peine avais-je refermé L’Assassin de la rue Voltaire que j’espérais déjà la suite…

Le Fantôme de Versailles est le quatrième volet des Enquêtes de Gabriel Joly (Le Loup des Cordeliers, Le Mystère de la Main Rouge, L’Assassin de la rue Voltaire, puis enfin Le Fantôme de Versailles). Et ce n’est là que l’une des nombreuses preuves du talent d’Henri Loevenbruck.

Car Henri Loevenbruck, c’est un style. Une sensibilité unique dans le verbe. Et pour cette série en particulier, c’est presque un Dumas contemporain — rien de moins !

Mais parlons de Gabriel Joly.
Ce jeune provincial débarque à Paris aux prémices de la Révolution française, animé par une ambition aussi naïve que farouche : devenir le meilleur « journaliste enquêteur » du royaume. Cette quête le mènera très vite dans les rues de la capitale, sur les traces du mystérieux « Loup des Cordeliers ». Son esprit sagace, son audace, sa droiture et, parfois, son entêtement, le conduisent à croiser des figures majeures de l’histoire : Danton, Mirabeau, Robespierre… et bien d’autres encore.

Dans ce quatrième volet, nous pénétrons au cœur du château de Versailles. Nous sommes en octobre 1789 : le climat est électrique. Les Parisiennes marchent vers Versailles pour réclamer du pain, les tensions montent, et comme si l’époque n’était pas assez explosive, une série de meurtres et la rumeur d’un mystérieux fantôme viennent assombrir davantage les couloirs du palais. L’inspecteur Guyot et les compagnons de Gabriel Joly s’efforcent alors de démasquer l’assassin… Mais, me direz-vous : où donc est passé Gabriel ?

Henri Loevenbruck possède l’art rare de nous plonger en immersion totale dans le XVIIIᵉ siècle, de Paris à Versailles. Il joue avec les registres de langue : celui du peuple, celui de la bourgeoisie, celui de l’escrime, sans oublier les expressions et insultes savoureuses échangées entre Gabriel, l’inspecteur Guyot ou encore Récif. Comme à son habitude, ses romans sont superbement documentés ; rien n’y semble laissé au hasard. L’auteur prend parfois quelques libertés avec l’Histoire, certes, mais uniquement pour mieux servir le récit — et c’est ce qui confère à l’ensemble une authenticité indiscutable.

On ressent pleinement la tension révolutionnaire, la montée de la violence, cette fragilité permanente où chaque incident pourrait faire basculer une foule entière dans un déchaînement inouï. Loevenbruck nous fait non seulement vivre l’enquête, mais aussi vibrer au rythme d’une époque où tout menace de s’embraser.







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