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samedi 31 janvier 2026

EN L'ABSENCE DU CAPITAINE

    

  En l'absence du Capitaine  







     Auteur :   Cécile Coulon

Editions: Le Castor Astral

Genre : Recueil de poèmes

Photo de la couverture : Pierre Emile Havette

Date de parution : mars 2022

152 pages

ISBN :  979-1-02780-314-9

Prix : 15


Je souhaitais prolonger ma lecture de la plume de Cécile Coulon et, quitte à retrouver son écriture au souffle poétique, autant me tourner vers un recueil de ses poèmes.

La préface de Mathias Malzieu est, à elle seule, engageante. Elle donne envie, d’une part, de poursuivre la lecture et, d’autre part, de découvrir, prochainement peut-être, l’œuvre de cet auteur.

En l’absence du capitaine est un recueil profondément intime. De la plume de Cécile Coulon naissent des vers venus du cœur, un cœur écorché vif par la mort de l’être qui comptait le plus pour elle : sa grand-mère. La poétesse parvient à poser des mots d’une intensité rare sur son deuil.

Je t’ai toujours aimée
d’une manière particulière
et vivante. Les livres
ne m’ont pas donné,
à ce sujet, le réconfort
des géants silencieux.
Tu étais ma géante silencieuse :
tu n’es plus là depuis longtemps
et ce soir je me demande
ce que signifie
aimer, maintenant.
(extrait de Aimer maintenant, p. 19)

Le recueil suit les différentes étapes de ce deuil : le choc, le déni, une forme de colère, puis une résignation. Non pas une acceptation à proprement parler, mais plutôt une manière de prolonger la vie, de faire vivre la mémoire de son capitaine. Un amour qui s’étire, se transforme, évolue avec le temps.

Puis apparaît un autre amour. D’un autre ordre. Plus intimiste. Un amour pour une compagne, comme une résurrection. Il ne s’agit pas d’un amour qui remplace, mais d’un amour qui apaise, qui soigne, dans cette volonté profonde de continuer à avancer, à vivre.

Un poème de rien du tout
pour le bleu de la mer
et le vent frais du soir
dans un grand verre de bière

ton rire éclabousse ma journée
voilà ta main retroussée dans la mienne
comme un animal sauvage
dans le creux d’une forêt
(extrait de Un poème de rien du tout, p. 51)

Chez Mélissa Da Costa, dans Les Lendemains, la perte du mari et de l’enfant à naître ouvre un chemin de reconstruction progressive, ancré dans le geste et le travail manuel. José Luís Peixoto, auteur portugais, explore quant à lui le deuil à travers la mémoire, dans une quête intérieure, avec La mort du père.

Cécile Coulon, elle, choisit la poésie. Une poésie qui donne chair au manque, qui fait affleurer les émotions les plus profondes et permet au lecteur de s’y reconnaître, dans les mots, les vers, les silences entre les strophes.


https://pasionlivres.blogspot.com



















jeudi 27 novembre 2025

LE SILENCE DES PERES

                                 

     Le Silence des Pères    

Richard BENZINE






Auteur : Richard Benzine

Editeur : Seuil s

Genre :  Roman Littéraire 

Date de Sortie : 18 août 2023

Nombre de pages : 176 (broché) 144 (points)

ISBN : 978-2-02147-777-1 / 979-10-414-1406-2

Prix : 17€50 / 6€95


Suite aux avis de Yael81 et Fandol, et ayant déjà lu "Lettres à Nour",  j’ai remonté ce roman dans ma PAL… et je ne le regrette absolument pas. D'ailleurs, Aquilon62 m'a déjà lancé dans une autre lecture du même auteur...

« Le récit, celui de sa vie, mon père l’a conservé en secret. Il n’est jamais trop tard pour exhumer les souvenirs, leurs sens. Il nous faut rassembler ceux des autres, également, voilà ce que ces cassettes m’ont appris. Nos pères et nos mères vivent en chacun d’eux. Nos enfants survivent grâce à eux. » (p.140)

Amine apprend le décès de son père. En triant ses affaires, il découvre des cassettes audio des servaient de « courriers oraux » entre son père et le grand-père resté au Maroc.
C’est à travers ces enregistrements que le fils va entreprendre son deuil, non pas en refermant une blessure, mais en découvrant un homme qu’il n’avait finalement jamais vraiment connu.

En 144 pages seulement, Benzine parvient à déployer une émotion immense. Le deuil se mêle à la révélation : celle d’un père silencieux, pudique, maladroit peut-être, mais profondément humain. Le roman questionne cette distance qui s’installe parfois entre parents et enfants : les non-dits, les malentendus, les rancœurs qui forment des murs invisibles.

Nous croyons connaître nos parents, mais leurs silences parlent davantage que leurs mots. Et face à la mort, ces silences deviennent des questions brûlantes : Qu’avons-nous manqué ? Qu’avons-nous refusé de voir ?
Amine comprend peu à peu que ses propres reproches reflètent les mêmes manques, les mêmes maladresses que celles de son père. Le deuil devient alors miroir, transmission, réconciliation.

« Le silence est fait de paroles que l’on n’a pas dites. »
— Marguerite Yourcenar

À travers les cassettes, Amine ne découvre pas seulement l’homme : il découvre l’immigré. Son père a été un étranger en France, un travailleur parmi tant d’autres, confronté au racisme, à l’exploitation, à l’humiliation parfois.
Benzine rappelle avec une justesse bouleversante ce que fut, et demeure, la réalité des premières générations d’immigrés venues bâtir la France.

Mais là où d’autres écriraient un récit sombre, l’auteur révèle aussi la lumière :
l’amitié entre ouvriers, la solidarité, la dignité préservée malgré tout.
L’histoire intime devient alors mémoire collective, hommage aux anonymes qui ont traversé la vie avec courage malgré leur invisibilité sociale.

Rachid Benzine a ce talent rare : en quelques pages, il parvient à transmettre l’essentiel, l’émotion, la vérité, la fragilité des liens humains. À plusieurs reprises, j’ai senti ma gorge se serrer, mes yeux se remplir, tant chaque mot porte une charge affective immense.

« Avec ceux que nous aimons, nous cessons parfois de parler,
mais ce n’est pas vraiment le silence. »
— René Char

Le Silence des pères est un roman qui fait réfléchir, qui bouleverse et qui répare. Une ode à ceux qui se taisent, à ceux qui ont vécu loin de leurs racines, et à ceux qui tentent, après coup, de comprendre d’où ils viennent. Un roman court mais vibrant.



BABELIO



















mercredi 8 janvier 2025

VOUS PARLEZ DE MON FILS

  

      

     Vous parlez de mon Fils     

 


Auteur : Philippe Besson

Editeur : Julliard

Genre : Roman

Date de Sortie : 02 janvier 2025

Nombre de pages : 208

ISBN : 978-2-260-05630-0

Prix : 20€






Quatrième de couverture :

« Je vous demande de vous mettre à notre place. Un instant. Rien qu’un instant. Votre enfant vient vous raconter l’humiliation, la persécution, le bannissement. C’est votre fils, votre fille, il a douze ans, elle en a huit ou quatorze. C’est la chair de votre chair, ce que vous avez de plus précieux au monde. C’est l’être que vous devez protéger, défendre, soutenir, aider à grandir. Et il vient vous avouer cela. Vous y êtes ? Vous la devinez, votre stupéfaction ? votre culpabilité ? votre douleur ? votre colère ? Ça vous envahit, pas vrai ? ça vous submerge, ça vous dépasse, ça vous anéantit. Et ça, ce n’est que le début. Que les toutes premières minutes. » 


L'Auteur : 

Philippe Besson, né le 29 janvier 1967 à Barbezieux-Saint-Hilaire (Charente), est un écrivain, dramaturge et scénariste français, anciennement directeur des ressources humaines en entreprise. Il a été également critique littéraire et animateur de télévision.

Il se fait connaître en tant qu'écrivain avec le roman En l'absence des hommes en 2001, qui reçoit plusieurs prix. En 2023, il totalise 23 romans, dont plusieurs ont été adaptés pour le cinéma ou le théâtre, et il a participé à l'écriture du scénario de plusieurs films pour la télévision.

Source wikipedia.org : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Besson 


Quelques uns de ses romans : 

  • En l'absence des hommes, Julliard, 2001 
  • Son frère, Julliard, 2001
  • L'Arrière-saison, Julliard, 2002
  • Un garçon d'Italie, Julliard, 2003 
  • Les Jours fragiles, Julliard, 2004
  • Un instant d'abandon, Julliard, 2005
  • L'Enfant d'octobre, Grasset, 2006
  • Se résoudre aux adieux, Julliard, 2007
  • Un homme accidentel, Julliard, 2008
  • La Trahison de Thomas Spencer, Julliard, 8 janvier 2009 
  • Retour parmi les hommes, Julliard, 2011
  • Une bonne raison de se tuer, Julliard, 2012
  • De là, on voit la mer, Julliard, 2013 
  • La Maison atlantique, Julliard, 2014 
  • Un tango en bord de mer, Julliard, 2014 
  • Vivre vite, Julliard, 2015
  • Les Passants de Lisbonne, Julliard, 2016
  • Arrête avec tes mensonges, Julliard, 2017 
  • Un personnage de roman, Julliard, 2017
  • Dîner à Montréal, Julliard, 2019 
  • Le Dernier Enfant, Julliard, 2021
  • Paris-Briançon, Julliard, 2022
  • Ceci n'est pas un fait divers, Paris, Julliard, 2023
  • Un soir d'été, Julliard, 2024
  • Vous parlez de mon Fils, Julliard, 2025

Mon avis : 

Une fois n'est pas coutume, Philippe Besson nous fait un récit bouleversant en explorant les conséquence dévastatrices du harcèlement scolaire et du deuil parental, deux sujets très sensibles et durs à la fois. 

Hugo est un adolescent de 14 ans tout ce qu'il y a de plus normal... Sauf que... deux gamins de son âge vont lui trouver une faille et de là, ils n'auront de cesse de le harceler de la pire manière qui soit en tout impunité.

A travers son récit, ses parents tentent de comprendre les tenants et les aboutissants de ce drame, et de donner un sens à l'incompréhensible. Par le récit du père, qui alterne entre le présent, jour de la marche blanche et du deuil, et le passé où on peut comprendre l'incompréhensible, les raisons du geste de Hugo.

Etape par étape, l'histoire fait son chemin, et explore tout les aspects de l'histoire. Les causes et effets du harcèlement, les phases par lesquelles passent les parents de Hugo, les doutes, la colère, l'incompréhension, le sentiment d'injustice et d'impuissance...

L'auteur dénonce par son récit, les mécanisme du harcèlement, l'isolement que ressent la victime, le sentiment d'anéantissement, les réactions des différentes institutions comme le collège ou encore les autorités. Puis arrive le questionnement des parents sur leur responsabilité, la portée de leurs actes et paroles sur leur fils et sur la situation. Le sentiment d'impuissance à protéger leur enfant. Et vient le moment du deuil où colère et incompréhension se mêlent, ou la colère et le ressentiment prennent le dessus et la recherche d'un sens à ce drame. Comment peut-on survivre à son enfant, au vide qu'il laisse...

Dans une écriture sobre et d'une grande sensibilité, Philippe Besson aborde un sujet d'actualité sans tomber dans les clichés ni verser dans le mélodrame. C'est abordé avec intelligence et retenu, avec beaucoup de réflexion et d'humanité.

https://pasionlivres.blogspot.com


Citations : 

Personne ne pourra, en aucun cas, empêcher une mère de vouloir défendre son enfant. Personne. Même si elle le fait maladroitement, même si elle cogne au hasard et rate son coup, comme prise dans les filets d'une immense toile d'araignée. Elle n'a pas d'autre choix que de partir à l'assaut, de foncer, fût-ce tête baissée. On dira ce qu'on voudra, mais moi je crois que c'est la chose la plus naturelle au monde, ça vient du ventre, des tripes, ça ne se contrôle pas, ça ne demande aucune permission, ça ne se réfléchit pas. C'est une nécessité qui ne se discute pas, ne se soupèse pas, qui s'impose. C'est la preuve, involontaire mais éclatante, de l'amour pour son enfant.



Esteban sera là, tout à l'heure, il n'a pas eu besoin de me prévenir, il sera au milieu des autres, il avancera au rythme de la foule, quand elle s'immobilisera il croisera les bras, se mordra l'intérieur des joues, c'est un sensible, même s'il refuserait ce qualificatif, et quand je me retournerai je l'apercevrai, il hochera la tête dans ma direction avec un pauvre sourire, je lui rendrai le même sourire, on aura les larmes aux yeux, on baissera la tête au même moment pour ne pas pleurer, ça s'appelle l'amitié, ça n'a pas besoin de mots, de déclarations.



jeudi 24 octobre 2024

L'EPAISSEUR DE L'AUBE

    

  L'épaisseur de l'Aube  

 


Auteur : Nicolas Garma-Berman

Editeur : Belfond

Genre : Roman français

Date de Sortie : 22 août 2024

Nombre de pages : 368

ISBN : 978-2-7144-0415-2

Prix : 20€



Quatrième de couverture : 

« C’est ce que j’avais ressenti, ce jour-là, en regardant s’éloigner la côte. J’avais respiré. J’avais pensé : nous laissons derrière nous la terre des fantômes. J’avais six ans, presque sept. Je ne savais pas encore que les fantômes nous suivraient. »


    Roy et Ness n’étaient que des enfants lorsqu’ils ont dû quitter l’Écosse. Ils sont partis avec leur père parce qu’il le fallait, laissant tout derrière eux, jusqu’à leurs prénoms. Trente ans plus tard, les deux frères habitent en Suisse. L’un s’est marié, a eu une fille, l’autre vit seul. Ils se voient peu. Mais quand Roy demande à Ness de l’accompagner au bothy, la maison familiale perdue au milieu des montagnes, Ness n’hésite pas. Il veut renouer avec son frère, entendre à nouveau la voix qui lui racontait des histoires le soir. Il veut surtout aider Roy à affronter le drame qui a enveloppé leur famille de silence – au risque de réveiller d’autres secrets plus anciens…


Que sait-on sur l'auteur ? 

Nicolas Garma-Berman est né en 1981. Il a grandi à Paris, vécu en Italie et en Suisse, avant de s’installer à Marseille, où il essaie à l’occasion d'assembler les histoires que le mistral promène avec lui par petits morceaux. La fille aux plumes de poussière est son premier roman.

source : Belfond : https://www.lisez.com/auteur/nicolas-garma-berman/10005647

Romans de l'auteur : 

La Fille aux plumes de poussièreBelfond, 2022

L'épaisseur de l'aubeBelfond, 2024


Mon ressenti :

Tout d'abord, merci à Babelio et les éditions Belfond pour cette belle découverte lors d'une "masse critique".

Ce roman est un concentré d'amour. Je ne parle pas d'un roman d'amour à l'eau de rose ! Je parle d'un roman d'amour à l'état brut ! 

L'Amour d'un pays, l'amour d'un homme qui perd les pédales en perdant sa femme, l'Amour d'un homme qui perd les pédales en perdant sa fille, l'Amour fraternel, l'Amour fort, l'Amour dur qui fait mal, l'Amour qui soulage la douleur, l'Amour tout court...

Le souvenir occupe une grande place dans cette histoire, d'abord parce que les personnages font des bonds entre passé et présent, mais aussi parce que le souvenir y est un processus du deuil. Des souvenirs qui ont plusieurs aspects suivant les personnages : pour les uns, ceux dont on n'a plus souvenirs justement, pour les autres, ceux auxquels on se raccroche... Des souvenirs qui n'ont pas les mêmes saveurs d'un personnage à l'autre, qui n'ont pas la même importance ou encore les mêmes significations, certains construisent les autres et d'autres sont faussés. Il est question là de l'extraordinaire capacité de la mémoire de chacun à fabriquer ses souvenirs, de les façonner selon ses besoins, mais aussi de la peur de ne plus en avoir.

Et puis, il y a le deuil ! La douleur qui semble insurmontable, de celle qui fait perdre la tête, dont on cherche par tout les moyens de refaire vivre l'être qui nous manque cruellement.

Nicolas Garma-Berman m'a tout de suite accroché par son écriture poétique. Ce roman contient beaucoup de descriptif, certains diront trop, mais d'une telle poésie qu'on ne demande qu'à rentrer dans le décors, tout comme on aimerait entrer dans la vie des personnages afin d'apporter de l'apaisement, du réconfort, mais c'est là toute la force de ce roman...


BABELIO

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