Suivez la destinée de personnages aussi différents qu'attachants au seuil de la mort : est-il temps pour eux de répondre à l'appel de la faucheuse et traverser la rivière ?
Sur la rive du fleuve qui sépare le royaume des vivants de celui des morts se dresse l'Hôtel de l'autre monde, un refuge pour les âmes souhaitant faire une pause avant le grand saut.
Là, des liens se nouent, des retrouvailles s'opèrent, des regrets et des espoirs remontent à la surface... et, parfois même, un retour en arrière miraculeux est possible.
Avant Léviathan et Dragon Hunt Tribe, Shiro Kuroi a développé une série d'histoires courtes aux couleurs flamboyantes et au ton doux-amer, à la frontière entre le manga et la bande dessinée franco-belge.
Dans L'Hôtel de l'Autre monde, œuvre aussi intimiste qu'humaniste, il peint de son trait inégalable une galerie de personnages face à leur destinée. En prime, découvrez La Planète de la brume, récit de science-fiction posant les bases de l'univers de Léviathan.
Je remercie tout d’abord l’équipe de Club BD Lannion sur Babelio pour cette découverte.
J’ai d’abord été subjuguée par la couverture de cette œuvre, car il s’agit bien d’une œuvre à mes yeux, puis, une fois le manga entre mes mains, j’ai pu admirer l’ensemble des illustrations de Shiro Kuroi et je suis immédiatement restée sous le charme.
L'Hôtel de l'autre monde n’est pas seulement un recueil d’histoires fantastiques autour de la mort : c’est aussi une manière de dialoguer avec elle, presque de lui résister.
L’hôtel agit comme un lieu suspendu, une transition entre deux mondes, ni tout à fait celui des vivants, ni totalement celui des morts. La rivière qui le borde évoque d’anciens symboles funéraires, du Styx grec au Sanzu japonais, représentant ce passage d’un état à un autre. Pourtant, Shiro Kuroi ne fait jamais de cette traversée un jugement irrévocable. Il en fait au contraire un espace où quelque chose peut encore être réparé.
Être ensemble, y compris dans la mort...
C'est vraiment l'idéal pour un couple, n'est-ce pas ?
Là où la mort tranche, condamne ou impose une fin définitive, l’auteur la rend émotionnellement négociable. Comme si certaines douleurs méritaient un sursis, comme si un cœur sincère pouvait encore infléchir le destin, ou comme si une bonté discrète possédait un poids presque cosmique. La mort demeure omniprésente, mais Shiro Kuroi refuse qu’elle soit absurde.
Nous sommes également invité à regarder au-delà des apparences. Les personnages qui se succèdent semblent souvent insignifiants, brisés, marginaux, parfois même coupables. Ils portent des failles, des regrets, des erreurs. Pourtant, l’histoire déplace peu à peu notre regard et révèle chez chacun une part irréductible de dignité, dans une approche profondément humaniste sans jamais devenir naïve.
Je ne voulais pas te remplacer dans mon cœur.
Mais quand tout change autour de nous, on finit par changer aussi. C'est inévitable.
L’hôtel devient alors un lieu de révélation morale : les faux-semblants tombent, les blessures apparaissent et des vérités émotionnelles longtemps enfouies émergent enfin.
Les dessins de Shiro Kuroi, bien loin de simples illustrations, renforcent puissamment cette dimension spirituelle. Les lumières tamisées, les décors d’une densité presque irréelle, les espaces silencieux et le soin apporté aux regards des personnages participent à cette atmosphère suspendue entre douceur et mélancolie.
J’ai trouvé dans les dessins de Shiro Kuroi une lumière saisissante qui m’a profondément touchée. Une immense délicatesse traverse son trait, au point que même la souffrance conserve une forme de beauté. Cela renforce cette sensation étrange que certains personnages « mériteraient d’être sauvés », comme si jusque dans ses crayons et ses pinceaux, l’auteur refusait de représenter la brutalité du monde comme une fatalité.
Je ne suis pas une spécialiste du manga, mais il se pourrait bien que cette découverte me donne envie de poursuivre mon exploration de l’univers de Shiro Kuroi.
Seuls les pions sont ordinaires et inutiles mais lorsqu’ils sont groupés, une infinité de possibilités émergent. Il arrive même que des choses inattendues se produisent.
Ce roman de Yumeno Kyûsaku a été publié en 1924. En 1926, il remporte le second prix d’un concours organisé par une revue de littérature policière. Pourtant, l’auteur, qui deviendra plus tard prêtre bouddhiste, tombe peu à peu dans l’oubli. On ne reparlera véritablement de lui qu’en 1962, avec la redécouverte de son roman Dogra Magra, près de trente ans après sa mort.
L’histoire se présente un peu comme une pièce de théâtre nô, ce style traditionnel japonais à l’atmosphère souvent mystérieuse et symbolique. C’est en tout cas ainsi que je me suis représenté ma lecture.
L’intrigue tourne autour d’un tambour (oui, forcément me direz-vous, et vous aurez raison). Ce tambour, fabriqué par le grand-père du narrateur, amoureux éconduit, est offert à la femme dont il est épris à l’occasion de son mariage avec un autre homme. Mais cet instrument semble posséder un son… et peut-être un pouvoir particulier.
Au fil de l’histoire et des générations, comme s’il était habité par une étrange influence, ce tambour va bouleverser plusieurs destinées, entraînant avec lui folie, vengeance et obsession. Il est aussi question de condition sociale, de liens familiaux et de la manière dont un destin peut se transmettre ou se répéter.
C’est une histoire assez simple et facile à lire, qui évoque presque une légende transmise de génération en génération. Un court roman situé à la frontière entre tradition japonaise et fantastique.
Pour ma part, ce fut une lecture agréable, parfaite comme transition entre deux romans plus exigeants.
J’ai découvert Cyril Carrère avec son roman Avant de sombrer, puis j’ai compris que j’allais guetter la sortie de chacun de ses livres après avoir lu La colère d’Izanagi. Et je viens à peine de refermer Le Crépuscule de la Veuve blanche que j’espère déjà une suite !
L’auteur donne le ton dès la citation de Jean Baudrillard : « Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. »
Car il s’agit bien de cela : du jōhatsu, ce phénomène japonais désignant les personnes qui choisissent de disparaître volontairement.
L’histoire met en scène « la Veuve blanche », une tueuse en quête de rédemption qui décide de s’effacer avec sa fille. Près de quinze ans plus tard, Junichi Kudo, patron d’une agence de détectives privés, découvre une vidéo virale d’un célèbre youtubeur relançant l’affaire… avant de s’« évaporer » à son tour. Ses associés font alors appel à la cellule Sakura pour le retrouver.
On retrouve avec plaisir cette équipe attachante.
Hayato Ishida reste pour moi un mystère : j’ai du mal à me le représenter, mais sans que cela soit frustrant ; au contraire, son style lui confère une aura singulière et en fait un personnage fascinant.
De son côté, Noémie Legrand n’est pas en reste : sa situation familiale apporte une dimension plus intime et humaine à l’enquête, donnant à la cellule un véritable esprit de famille.
L’auteur aborde ici un thème profondément ancré dans la société japonaise : le jōhatsu, ou le phénomène des « évaporés ».
Ceux qui disparaissent délibérément — ou contraints par les circonstances — pour fuir un échec, une dette, un conflit familial, un licenciement, ou même un gang.
Des réseaux existent pour permettre ces disparitions. Mais est-ce réellement possible de s’effacer sans laisser de trace ?
La force de Cyril Carrère, selon moi, réside dans ses personnages.
Je parlais plus haut d’Hayato Ishida et de Noémie Legrand ; il a l’art de les rendre à la fois atypiques et profondément humains.
Mais il sait aussi insuffler de la nuance à ses personnages les plus sombres : il parvient à humaniser un tueur ou une tueuse au point de le (ou la) rendre presque attachant.
Il insuffle une réelle authenticité, une vie palpable à chacun de ses protagonistes.
Cyril Carrère vit au Japon, et cela se ressent à chaque page.
Il nous fait traverser le pays à travers les drames qui l’ont marqué : le séisme, la catastrophe de Fukushima Daiichi, la pandémie de Covid…
Autant d’événements qui renforcent la crédibilité et la profondeur du récit.
Et s’il fallait encore un point fort, ce serait son style.
Entre les allers-retours temporels et une narration maîtrisée de bout en bout, l’écriture de Cyril Carrère nous captive sans jamais nous perdre.
Un vrai sans-faute !
De l’avis de tous, Seiji Hasumi est le professeur le plus charmant, le plus séduisant, le plus charismatique du lycée Shinkô Gakuin de Machida. Adulé de ses élèves, admiré de ses collègues, apprécié de sa direction, le jeune homme est fin, drôle, toujours prêt à voler au secours des uns, à aider les autres, à combattre les injustices et le harcèlement, à dénouer les conflits.
Hasumi est tout cela et pire encore. Hasumi est un psychopathe. Manipulateur, calculateur, pervers, prêt à tout pour prendre le contrôle et asseoir son pouvoir. Un être violent, qui n’hésite pas à éliminer quiconque se met en travers de sa route. Trois élèves l’ont percé à jour. Commence alors une traque terrifiante, aux conséquences inimaginables…
L'Auteur
Diplômé d'économie de l'université de Kyoto, Kishi commence une carrière d'écrivain après avoir travaillé pendant plusieurs années pour une compagnie d'assurance-vie. Ses livres figurent régulièrement au nombre des meilleures ventes dans son pays, où il a remporté à deux reprises le Prix du Roman d'horreur japonais. Plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma.
Yûsuke Kishi est un auteur japonais contemporain connu pour ses romans souvent teintés d'horreur et de mystère, qui plongent le lecteur dans des univers sombres et perturbants. Ses œuvres explorent les profondeurs de la psyché humaine, les relations sociales et les thèmes de la peur et de la mort.
Ici, il nous plonge dans le lycée japonais Shinkô Gakuin de Machida. somme tout à fait ordinaire, où enseigne Seiji Hasumi en tant que prof d'anglais. Charismatique surtout auprès des élèves, apprécié par une majorité de ses collègues et de sa direction pour son altruisme. Jusque là, rien de palpitant. Sauf que... le dit prof est un psychopathe de chez psychopathe !!! Ouais, là ça se gâte... et croyez-moi, on ne fait pas dans la dentelle.
Il est difficile de parler de se roman sans trop en dire. L'univers des romans japonais est assez particulier généralement, et ce roman ne déroge pas à la règle. L'atmosphère est très vite pesante, mais ne manque pas de piquant, car des scènes assez cocasses ne manquent pas d'alimenter ce récit de plus de 500 pages. Yûsuke Kishi explore les facettes les plus obscures de la nature humaine dans un style assez addictif...
Un incendie criminel ravage le cœur de l'un des plus grands quartiers d'affaires au monde.
L'enquête est confiée à Hayato Ishida, flic prodigue mais solitaire qui tente de se reconstruire en marge de la Crim. Il est rejoint par Noémie Legrand, Franco-Japonaise décidée à briser les chaînes d'un quotidien frustrant.
Sur leur chemin, un couple d'étudiants dans le besoin, à la merci d'une communauté où solidarité rime avec danger.
Et, tapi dans l'ombre, celui qui se fait appeler Isanagi, bien décidé à mettre son plan destructeur à exécution.
Avec un art consommé du suspense et uns construction d'orfèvre, Cyril Carrère tisse une intrigue captivante dans un Japon sombre et contemporain.
Que sait-on sur l'auteur ?
Cyril Carrère est un écrivain et scénariste français.
Pharmacologue de formation, il a travaillé dans l'industrie pharmaceutique pendant 7 ans, avant de devenir chef de projet de développement d'applications dans le secteur scientifique et auto-entrepreneur.
Passionné de littérature, de culture et de voyages, il est l'auteur du "Glas de l'innocence" (2018) dont l'intrigue se déroule au Japon et du très remarqué "Grand froid" (2020), inspiré de faits réels, finaliste prix VSD-RTL.
Il s’est imposé dès ses premiers romans comme un expert en rebondissements littéraires.
Et c’est effectivement au voyage que nous invite son troisième roman, "Le quatrième rassemblement" (Cosmopolis, 2020).
"Erin" (2021), le préquel du "Quatrième rassemblement", paraît quant à lui sous forme de nouvelle en mai 2021.
Cyril Carrère partage sa vie entre la France et le Japon, où il vit depuis 2018.
Nous sommes au Japon, à Tokyo, la Velvet Tower est en feu, un incendie criminel de l'un des plus importants quartiers d'affaires, occasionnant de nombreuses victimes, dont un homme qui sera retrouvé assis à son bureau...
C'est Hayato Ishida qui sera en charge de l'affaire, il est probablement l'un des meilleurs flics du pays, mais son caractère difficile en font un homme très solitaire. Avec cette affaire, il inaugure une nouvelle section anti criminelle, et il sera assisté de Noémie Legrand, une jeune lieutenant pleine de ressources et à la carrière prometteuse.
Parallèlement, Suzuka et Kenta, un jeune couple d'étudiant à la fac de l'art, victimes collatérales d'un incendie qui leur prive de leur travail, se retrouvent au centre d'une intrigue...
Enfin il y a Isanagi ! A la base, Isanagi est une divinité du Shintoïsme dans la mythologie japonaise, il est le créateur du monde et du Japon... mais représente aussi le feu et les enfers...
Et tout ce petit monde va faire partie d'une combinaison de la mythologie japonaise et de l'intrigue contemporaine, créant ainsi une histoire unique et immersive. Cyril Carrère utilise un style d'écriture fluide et descriptif, avec une attention particulière aux détails et aux atmosphères, dans un langage souvent évocateur, avec des descriptions qui immergent le lecteur dans l'univers du roman.
Par ce style, l'auteur veut également casser une vision souvent erronée du Japon, lui donner un portrait plus réaliste.
Arrivée à une partie du dénouement j'ai fait "whaouuuuu ! Grandiose !!! Je ne m'y attendais pas à celle-là" et ça c'est plutôt un bon signe que ce roman est une petite pépite ! C'est même une très bonne surprise que je classerai dans mes meilleures lectures de cette année !!