Orphelines
Franck Bouysse
Auteur : Franck Bouysse
Editions : J'ai lu
Genre : Roman policier / Thriller
Date de parution : (j'ai lu) 03-03-2021
224 pages
ISBN : 978-2-290-21948-5
Prix : 7,90 €
Auteur : Franck Bouysse
Editions : J'ai lu
Genre : Roman policier / Thriller
Date de parution : (j'ai lu) 03-03-2021
224 pages
ISBN : 978-2-290-21948-5
Prix : 7,90 €
Auteur : Mathilde Beaussault
Editions : Seuil www.seuil.com
Genre : Roman policier / Roman littéraire
Date de parution : 06 mars 2026
336 pages
ISBN : 978-2-02-160230-2
Prix : 19 € 90
Quand on arrive aux urgences avec un petit vieux, il vaut mieux qu'il soit mort ou sur le point de mourir. Sinon ça gueule "où voulez-vous qu'on le mette ?" C'est simple, il n'y a plus d'endroit où mettre les vieux dans notre société.p 30
(...) Il faut toujours que ce soit la mère qui soit désignée coupable quand on ne sait rien. Et si c'et elle, on pourrait peut-être se demander comment c'est possible de se retrouver, toute seule, en plein centre-ville, un samedi matin, au XXIè siècle, en France, à accoucher puis à balancer le fruit de ses entrailles dans un bac à ordures sur un boulevard ? On croit toujours que les mères sont des louves qui sortent les griffes quand on approche de leur progéniture, qu'elles se font téter la mamelle sans problème et qu'elles lèchent leurs petites qu'elles reconnaissent tout de suite. Foutaises ! J'inviterais bien les flics à faire un tour dans le service pendant 24 heures, L'instinct maternel, c'est des conneries. Quand ça fonctionne, c'est merveilleux. Mais c'est pas toujours gagné. Y en a plus d'une à laisser le môme dans le berceau en le regardant comme si c'était un extraterrestre. Ca prend du temps parfois d'aimer ce qu'on ne connaît pas. Il faut les aider. C'est tout. Si on fabriquait des parents au même rythme que des enfants, il y aurait nettement moins d'emmerdes sur Terre. Je ne dis pas que les mères sont toures prêtes à balancer leur môme dans une poubelle, évidemment, je me dis juste qu'il faut essayer de se taire avant de se mettre à huiler la clé de prison qui les enfermera.
p 89
(...) J'ai mis presque quarante ans à pouvoir raconter ça. Tu te rends compte ? (Elle pose une main froide sur la cuisse de sa petite-fille.) Prends ton temps, Monroe. Tu raconteras ton histoire, toi aussi, un jour. Quand tu pourras. Tu as les mêmes yeux que moi. Mais tu es trop jeune pour avoir des paupières aussi lourdes. Alors il faudra raconter ton histoire pour y voir plus clair. Ça fait du bien. Faudra juste pas mettre autant de temps que moi.
p 139
La chambre 102 est occupée par une prof qui croit avoir un bout de cerveau dans chaque nichon. Résultat des courses, elle intellectualise chaque tétée comme si elle avait pondu non pas un affamé de 3 kilos mais une thèse pour défier Freud.
p 169
— Faut pas te laisser faire ! Je suis sûre que sa mère lui a même pas cisaillé la teub quand il pissait au lit. Il a pas d'excuses. Le mec doit se mirer dans sa pisse tellement il s'aime. Il pense que sa merde pourrait se vendre au marché noir ou quoi ? (Louvier est prostrée et c'est étrange de la voir mutique avec un visage sur lequel ruissellent les paroles de Samantha.) J'ai une pote, son mec, il la frappait. Elle s'est cassée sans laisser de post-it. Faut pas rester avec ce genre de type. Tu peux avoir tout le pognon du monde, si t'as pas le respect, c'est comme si t'étais assise sur des lingots d'or mais qu'on te les bourrait de force dans le cul.
p 209
(...) T'es enceinte, tu crois que c'est la fin du monde. Mais tu vas de toute façon tout torcher toute seule, toi aussi. Tu fais juste semblant de pas le savoir encore. Lui, il prendra la pose sur les photos que tu accrocheras en cascade le long de ton escalier en chêne massif, comme dans les séries américaines. Jérémy, il fout rien mais il est gentil avec moi et il aime ses gosses. J'attends pas qu'il mouille la serpillière. Il pourrait vivre dans une auge que ça le dérangerait pas. Mais au moins, quand il me passe une main dans les cheveux, il tire pas sur les nœuds. Il dit pardon s'il croit qu'il m'a fait mal. T'as enquillé les études et moi les bières mais c'est moi qui vois clair.
p 211
(...) On s'arrête à un feu rouge. La pluie chassée siffle sur le pare-brise. Une famille traverse devant les phares. Le gamin saute dans une flaque et sa mère râle, le père s'en fout, il a le nez dans le portable. Je leur dirais bien de profiter, de batifoler dans la flotte avec leur gosse, qu'il y aura que les chaussettes à changer. Qu'il n'y a que les souvenirs des petits moments, qui restent à la toute fin. Comme l'odeur de leurs cheveux qu'on renifle au réveil. Comme leurs grands yeux quand ils vous cherchent parce qu'ils croient vous avoir perdu dans la rue. Mais le feu passe au vert. Il faut avancer.p 305
Auteur : Antonio LANZETTA
Editions : Mera https://mera-editions.com/
Genre : Thriller/Horreur
Date de parution : 16 janvier 2024
410 pages
ISBN : 978-2-9571694-9-8
Prix : 19,90 €
Petite découverte faite au festival du livre à Paris en avril dernier. A croire que l'Italie me fait de l'œil ces temps-ci.
La plus grande partie de l'histoire se passe en 1948, dans le beau décor de Cilento, près de Salerne en Italie. Deux jeunes orphelins de 13 ans sont envoyés sur un grand domaine pour travailler. Outre le personnel, et l'étrangeté des lieux, il s'y passent des choses plutôt inquiétantes...
Il s'agit d'un thriller particulièrement immersif, porté avant tout par sa puissance atmosphérique. Antonio Lanzetta construit un univers où les lieux semblent presque vivants : les villages accrochés à la montagne, les routes isolées, les demeures anciennes ou les caves obscures reflètent exactement l’angoisse qui traverse le récit. Les descriptions sont précises, visuelles, presque cinématographiques, ce qui permet au lecteur de ressentir la chaleur, l’enfermement ou le malaise avec beaucoup d’intensité, notamment les lieux humides souvent cités.
(...)le père Mario l’avait envoyé, avec deux autres garçons, travailler aux pompes funèbres. « La guerre est finie, avait dit le prêtre, tout le monde doit aider à la reconstruction, vous y compris. » Bruno s’en était moqué, il avait aimé cet endroit. Le parfum des fleurs, le marbre froid, un silence comme il n’y en avait pas à l’orphelinat. Là-bas, personne ne l’avait insulté ni battu. Il n’avait eu qu’à s’appliquer à polir des cercueils toute la journée.
L’un des grands points forts du roman réside également dans ses dialogues, très naturels et crédibles. Ils donnent l’impression d’assister à un scénario de film plus qu’à une simple narration littéraire. Les personnages apparaissent alors profondément humains, avec leurs fragilités, leurs silences et leurs contradictions, ce qui renforce l’authenticité du récit.
Je pense que le traducteur a particulièrement réussi à préserver cette fluidité visuelle et émotionnelle. Toute la tension, la noirceur méditerranéenne et le réalisme des échanges semblent avoir été retranscrits avec soin, sans donner l’impression d’une œuvre “traduite”.
Il avait ce regard qui donnait toujours à Bruno le sentiment d’être à nu, vulnérable, comme si sa vie en dehors de la cave n’avait aucun sens, et que le froid, la douleur, et le goût du sang étaient tout ce qu’il représentait.
L'auteur joue avec nos nerfs en nous désorientant, car on peut avoir le sentiment d’être perdu, de ne pas saisir immédiatement tous les liens entre les événements ou les personnages. Pourtant, c’est précisément ce procédé qui nourrit la force de l’intrigue : les éléments s’assemblent progressivement comme un puzzle inquiétant, donnant de plus en plus de profondeur au mystère et poussant à continuer la lecture pour comprendre enfin l’ensemble.
On peut toutefois ressentir quelques longueurs par moments. L’auteur entretient volontairement le flou ou multiplie les détours atmosphériques et les intrigues. Mais ces lenteurs participent aussi à l’identité du roman : elles installent une tension diffuse, presque oppressante, qui ne disparaît jamais totalement jusqu’à la dernière page.
La solitude était devenue le seul moyen de se sentir en sécurité. Le silence ne vous jugeait pas, mais vous réconfortait, comme une caresse sur la joue.
J'ai vraiment apprécié la lecture de ce roman, autant par son ambiance au style ésotérique que par son intrigue. C'est un thriller sombre, voir horrifique qui se distingue par son côté cinématographique et profondément sensoriel, où la beauté des paysages méditerranéens contraste constamment avec l’inquiétude qui ronge les personnages.
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Auteur : Alex SOL
Editions : Belladone
Genre : Thriller/Horreur
Date de parution : 19 mars 2026
228 pages
ISBN : 978-2-488853-01-9
Prix : 8,90 €
Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir un roman de Alex Sol ; voilà qui est chose faite, et sans aucun doute, une expérience à renouveler.
Nous sommes en 1871. Louise, jeune fille de 17 ans, intelligente et passionnée de médecine, est promise à un brillant avenir. Fiancée à un beau parti de la haute société, tout semble tracé pour elle… jusqu’au moment où elle tombe enceinte hors mariage. Pour éviter le scandale et préserver l’honneur de sa famille, elle est envoyée dans un couvent afin de mener sa grossesse à terme, avant que l’enfant ne soit confié à l’adoption.
Hautaine, capricieuse, habituée à une certaine liberté intellectuelle, Louise va devoir apprendre à composer avec un monde fermé, régi par des règles strictes, où sa volonté ne fait plus loi.
Celle que je pensais être la plus pauvre de nous deux était en réalité la plus riche. Eugénie possédait quelque chose que je n’avais fait qu’effleurer. Quelqu’un qui l’aimait plus que tout.
Louise bénéficie d’une éducation, d’un statut social élevé, d’un mariage d’amour (fait déjà rare à l’époque). Et pourtant, cela ne suffit pas à la protéger. Dès qu’elle transgresse une norme (la grossesse hors mariage) elle est immédiatement rappelée à l’ordre social.
Ce roman souligne ainsi un contraste fort : le poids de la réputation, le contrôle du corps des femmes et l’absence de véritable autonomie. Alors que Louise souhaite devenir médecin et soigner les corps, elle n’a même pas le droit de disposer du sien.
La religion est également très bien abordée à travers le couvent des Pascalines, qui occupe une place centrale dans le roman. Le couvent apparaît d’abord comme un lieu de refuge et de protection, proposant une solution « honorable » en toute discrétion… Mais c’est précisément là que naît l’ambiguïté : s’agit-il réellement d’un lieu de protection, ou plutôt d’un espace d’effacement ? En exerçant une autorité morale sur des femmes, pour la plupart brisées, la religion ne devient-elle pas, ici, un instrument de contrôle ?
Les soeurs, dans un acte de charité hypocrite, nous ont placées côte à côte. Ce que nous avons vécu cette nuit toutes les deux nous a liées à jamais. Il nous a abandonnées, Il nous a méprisées. Son ancien rival, Lucifer, lui, ne semble pas nous avoir oubliées.
Le mode narratif apporte beaucoup au roman. Le choix de faire de Louise la narratrice renforce l’impact du récit : on est au plus près de ses pensées, de ses contradictions et de ses émotions.
Le Couvent des Pascalines est un roman à la fois historique, social et profondément humain, qui interroge la place des femmes ainsi que celle de la religion dans la société.
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Auteur : Imran MAHMOOD
Traduit de l'anglais par : Iris le Guinio
Editions : Mera
Genre : Thriller
Date de parution : 13 mars 2026
380 pages
ISBN : 978-2-487149-35-9
Prix : 19,99 €
Honnêtement, ce genre de roman n’est pas vraiment ma cam, mais la rencontre avec Imran Mahmood au festival du livre, ainsi que le concept de l’histoire, m’ont incitée à me lancer dans cette lecture.
Nous suivons un jeune homme noir, vendeur de voitures, vivant dans un quartier défavorisé où l’on côtoie des trafiquants de drogue au pied des immeubles… Un cadre qui pourrait sembler cliché si l’on parlait des États-Unis. Mais ici, nous sommes au Royaume-Uni. Accusé de meurtre, il renvoie son avocat et assure lui-même sa défense…
Voilà le concept dont je parlais plus haut. Il s’agit d’un roman basé sur un monologue unique, dans lequel l’accusé s’adresse directement au jury — et donc au lecteur — plaçant ce dernier dans une position à la fois de juge et de juré.
« J'ai alors commencé à me questionner sur le déroulement d'un procès où les personnes accusées de crimes seraient jugées par des personnes comme elles. Et si cela devait se produire, à quoi ressemblerait le discours d'une telle personne. Même si j'ai parfois été ému par les récits des accusés sur leur vie et par ce qui me semblait être l'inéluctabilité de leur situation, je n'étais pas capable de l'exprimer comme ils l'avaient fait. J'étais confronté à un dilemme : comment émouvoir la cour de la même manière qu'un accusé m'avait ému ? » Imran Mahmood
L’autre facette de ce dispositif, sans doute la plus intéressante, est de donner la parole à l’accusé en lui laissant l’opportunité de se défendre et de s’exprimer à sa manière, et non dans un langage d’avocat dans lequel il ne se reconnaît pas. Qui, de l’avocat ou de l’accusé, est le mieux placé pour défendre une cause ? Se pose alors la question essentielle de la crédibilité du témoignage : la vérité peut-elle passer par des mensonges ?
« Peu de temps après, l’idée d’un roman dans lequel un accusé prononce sa propre plaidoirie finale a germé dans mon esprit. Le véritable avantage était qu’en faisant cela, il pouvait être jugé non seulement par un jury de douze personnes présentes dans le tribunal, mais aussi par un jury de lecteurs. » — Imran Mahmood
L’avocat pénaliste qu’est l’auteur soulève de nombreuses questions sur la construction des dossiers, notamment autour de la notion de « preuve ». Malgré des éléments accablants, l’accusé les démonte un à un avec une certaine aisance, laissant entendre que la justice ne cherche pas toujours la vérité, mais parfois une version cohérente des faits.
«Dans You Don't Know Me, il était important pour moi d'aborder les problèmes réels auxquels font face ceux qui se retrouvent confrontés au système pénal. D'après mon expérience, un nombre disproportionné de jeunes hommes issus de milieux défavorisés et appartenant à des minorités ethniques se retrouvent pris dans les rouages de ce système. Je sais que certains se plaindront des stéréotypes présents dans le livre, mais la vie de gang est malheureusement une réalité vécue par certains jeunes hommes dans certaines régions du pays. Souvent, ceux qui ne bénéficient pas du soutien social généralement apporté par l'école et la famille sont attirés par la culture des gangs dès leur plus jeune âge. Le gang offre à beaucoup d'entre eux un système parallèle d'ordre, de pouvoir, de sécurité et de statut social, là où il y aurait autrement souvent un vide. Une fois qu'on a créé les conditions propices à l'émergence de sous-cultures, et qu'on a exclu toute possibilité de progresser grâce à l'éducation, le gang criminel finit par s'imposer comme un moyen d'atteindre ses objectifs.» Imran Mahmood
Dans ce roman, l’auteur fait converger amour, société et justice dans un climat de tension, de méfiance, mais aussi de loyauté.
J’ai évidemment été curieuse de découvrir l’adaptation en série de You Don't Know Me, et, sans surprise, j’ai préféré la version papier. J’ai trouvé que la série prenait trop de libertés avec le scénario et je n’y ai pas retrouvé la même intensité, malgré de bons acteurs.
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Auteur : Erick DAY
Editions : Panthéon
Genre : Thriller
Date de parution : 28 février2023
344 pages
ISBN : 978-2-7547-6316-5
Prix : 24€90
ANKH est un roman d’aventure scientifique ambitieux, haletant qui ne laisse que peu de répit au lecteur. Ce récit dense, où l’action et la réflexion se succèdent, maintient une tension constante tout en nourrissant une curiosité intellectuelle.
L’un des grands atouts du roman réside dans le lien qui unit les trois personnages principaux. Leur complémentarité donne de la cohérence à l’intrigue : ils avancent ensemble, se soutiennent, débattent, doutent parfois, mais restent unis face aux découvertes vertigineuses qu’ils affrontent. Leur dynamique crée une énergie collective qui porte le récit et renforce l’aspect aventurier du roman.
Cependant, si leur solidarité est convaincante, l’auteur semble parfois plus à l’aise avec les idées qu’avec les émotions. Certaines réactions ou décisions manquent de naturel ou de profondeur psychologique, ce qui peut créer une légère distance affective avec eux. Les sentiments sont évoqués, mais pas toujours pleinement incarnés.
Le roman séduit par son puissant sentiment de dépaysement. Les paysages, les fouilles, les sites archéologiques et les environnements naturels participent pleinement à l’immersion. On voyage autant géographiquement qu’intellectuellement.
Erick Day nous plonge dans les multiples disciplines de l’archéologie : géologie, paléontologie, stratigraphie, paléobotanisme, palynologie... qui nourrissent l'intrigue et crédibilisent l'histoire. Il en est de même pour l'approche scientifique : Radiogénétique, ADN, ARN, isotopes radioactifs, manipulation génétique… qui sont intégrés dans l' intrigue remettant en question les fondements mêmes du génome humain.
Malgré quelques maladresses dans le traitement des sentiments et des décisions des personnages, parfois un peu abruptes ou insuffisamment justifiées, le roman reste une expérience très positive avec un rythme soutenu, un souffle aventurier, un dépaysement constant et une richesse scientifique et historique qui en font une lecture stimulante et immersive. On en ressort avec le sentiment d’avoir voyagé, appris et réfléchi : tout ce que j'aime...
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Auteur : Jérôme LOUBRY
Editions : Calmann Levy
Genre : Thriller
Date de parution : 2 janvier 2026
486 pages
ISBN : 978-2-7021-9075-3
Prix : 21€90
Le Garçon éternel est un thriller psychologique construit comme une mécanique de la mémoire, où le traumatisme occupe une place centrale.
Le policier municipal d’un petit patelin est tiré de son sommeil par deux garnements apeurés. Lors d’une visite d’urbex dans une ancienne scierie désaffectée, un corps est en train de se décomposer… Manon et Salim seront les deux inspecteurs chargés de l’enquête.
Parallèlement, Cédric, journaliste de la sphère web, est sollicité pour écrire la biographie d’un riche industriel qui lui confie avoir commis un meurtre dans le passé…
Trois fils narratifs s’enchevêtrent tout au long du roman. Un tiers nous plonge dans l’après-guerre, au début des années cinquante, une période difficile et incertaine. Le deuxième plan se déroule durant les trois semaines précédant la macabre découverte dans la scierie. Quant au troisième, il se consacre à l’enquête menée par les inspecteurs et amis Salim et Manon.
À cela s’ajoutent, plus rarement, les pensées du tueur : des fragments glaçants qui surgissent sans prévenir, comme des éclats de verre dans le récit.
Je dois dire que, même si j’ai senti le vent venir, j’ai apprécié la structure de ce roman. Cette répartition temporelle permet au lecteur à la fois de souffler entre les chapitres et de maintenir une attention constante.
Le passé est documenté sans jamais être pesant, toujours au service de l’immersion. Chaque détail agit comme une brique narrative appelée à prendre son sens plus tard. Le lecteur est happé par cette époque, comme par un souvenir qui ne lui appartient pas mais qui insiste pour être revécu.
Jérôme Loubry privilégie la tension psychologique à l’action. L’angoisse naît de la confusion qu’il instille volontairement dans ces allers-retours entre présent et passé — ce passé, véritable moteur du crime — mais aussi du décor et du climat oppressant qu’il fait régner tout au long du roman.
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Auteur : Matt Wesolowski
Editeur : Equinox Les Arènes
Traducteur : de l'anglais par Antoine Chainas
Genre : Thriller / Roman noir
Date de Sortie : 12 octobre 2023
Nombre de pages : 448
ISBN : 979-10-375-0834-8
Prix : 14€90
Ce roman est le second de la série "Six Versions", le personnage principal, Scott King qui anime une chaîne de podcast revient sur des crimes perpétrés depuis plus ou moins longtemps en interviewant des personnes liées à l'évènement concerné. Comme il l'indique sur sa chaîne, son but n'est pas de juger ni de résoudre l'affaire, mais de donner différents points de vue aux auditeurs de manière à voir l'affaire sous des angles différents, pas forcément identiques à ce qui a été donné par les médias.
Cette fois, il a choisi l'Affaire Alfie Marsden, l'enfant disparu à l'orée de la forêt de Wentshire, en 1988.
Le roman est structuré en six chapitres, chacun correspondant à un épisode du podcast et offrant un point de vue différent sur l’affaire. Cette construction permet au lecteur d’appréhender les événements sous des angles variés, mettant en lumière la manière dont la perception peut être influencée par les préjugés, les souvenirs sélectifs, les expériences personnelles et le traitement médiatique. Ce procédé narratif rappelle que la vérité est souvent relative, fragmentée et difficile à saisir dans son ensemble.
Alfie Marsden, un enfant de sept ans, disparaît mystérieusement d’une voiture alors que son père, Sorrel, s’éloigne quelques instants pour vérifier un bruit provenant du moteur. Les habitants, les ouvriers d’un chantier voisin et les autorités se mobilisent pour retrouver l’enfant dans la forêt environnante, mais les recherches s’avèrent complexes. Divers événements viennent perturber leur bon déroulement, et la réputation inquiétante de cette forêt ne fait qu’accentuer le malaise. Trente ans plus tard, le podcasteur Scott King reçoit une lettre qui l’incite à se pencher sur cette affaire jamais élucidée.
À travers les rencontres et les témoignages qu’il recueille, Scott King tente de démêler le vrai du faux, suivant un fil fragile qui pourrait le conduire à la vérité. Le « Mal » semble plus profond et plus insidieux qu’il n’y paraît, et la violence y révèle de multiples visages.
Dans ce roman, Matt Wesolowski aborde à nouveau la manière dont les médias traitent les affaires criminelles et influencent l’opinion publique. Toutefois, Six Versions – Le disparu du Wentshire se distingue de ses prédécesseurs : Scott King, le personnage principal, paraît plus personnellement impliqué, et à travers sa voix, on perçoit également un engagement plus intime de l’auteur.
Dans ce récit encore plus oppressant et dérangeant que les précédents, Matt Wesolowski se montre plus engagé que jamais. Il aborde un thème sensible, et l’on ressent son expérience et sa sensibilité liées aux questions de l’enfance et de la famille. Sans doute ai-je été particulièrement touchée par ce roman, qui m’a remuée au plus profond et m’a renvoyée à une histoire plus personnelle.
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Auteur : Cyril Carrère
Editeur : Denoël
Genre : Policier thriller japonais
Date de Sortie : 8 octobre 2025
Nombre de pages : 400
ISBN : 978-2-207-18655-8
Prix : 22€
J’ai découvert Cyril Carrère avec son roman Avant de sombrer, puis j’ai compris que j’allais guetter la sortie de chacun de ses livres après avoir lu La colère d’Izanagi. Et je viens à peine de refermer Le Crépuscule de la Veuve blanche que j’espère déjà une suite !
L’auteur donne le ton dès la citation de Jean Baudrillard : « Rien ne sert de mourir, il faut savoir disparaître. »
Car il s’agit bien de cela : du jōhatsu, ce phénomène japonais désignant les personnes qui choisissent de disparaître volontairement.
L’histoire met en scène « la Veuve blanche », une tueuse en quête de rédemption qui décide de s’effacer avec sa fille. Près de quinze ans plus tard, Junichi Kudo, patron d’une agence de détectives privés, découvre une vidéo virale d’un célèbre youtubeur relançant l’affaire… avant de s’« évaporer » à son tour. Ses associés font alors appel à la cellule Sakura pour le retrouver.
On retrouve avec plaisir cette équipe attachante.
Hayato Ishida reste pour moi un mystère : j’ai du mal à me le représenter, mais sans que cela soit frustrant ; au contraire, son style lui confère une aura singulière et en fait un personnage fascinant.
De son côté, Noémie Legrand n’est pas en reste : sa situation familiale apporte une dimension plus intime et humaine à l’enquête, donnant à la cellule un véritable esprit de famille.
L’auteur aborde ici un thème profondément ancré dans la société japonaise : le jōhatsu, ou le phénomène des « évaporés ».
Ceux qui disparaissent délibérément — ou contraints par les circonstances — pour fuir un échec, une dette, un conflit familial, un licenciement, ou même un gang.
Des réseaux existent pour permettre ces disparitions. Mais est-ce réellement possible de s’effacer sans laisser de trace ?
La force de Cyril Carrère, selon moi, réside dans ses personnages.
Je parlais plus haut d’Hayato Ishida et de Noémie Legrand ; il a l’art de les rendre à la fois atypiques et profondément humains.
Mais il sait aussi insuffler de la nuance à ses personnages les plus sombres : il parvient à humaniser un tueur ou une tueuse au point de le (ou la) rendre presque attachant.
Il insuffle une réelle authenticité, une vie palpable à chacun de ses protagonistes.
Cyril Carrère vit au Japon, et cela se ressent à chaque page.
Il nous fait traverser le pays à travers les drames qui l’ont marqué : le séisme, la catastrophe de Fukushima Daiichi, la pandémie de Covid…
Autant d’événements qui renforcent la crédibilité et la profondeur du récit.
Et s’il fallait encore un point fort, ce serait son style.
Entre les allers-retours temporels et une narration maîtrisée de bout en bout, l’écriture de Cyril Carrère nous captive sans jamais nous perdre.
Un vrai sans-faute !