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mardi 12 mai 2026

TRES BREVE THEORIE DE L'ENFER

  


        


     Très brève théorie de l'Enfer  
  

Jérôme FERRARI


     Auteur :    Jérôme FERRARI

Editions : Acte Sud

Photo de couverture : Karl Ndieli Shakur

Genre : Littérature française, roman, récits

Date de parution : 4 mars 2026

160 pages

ISBN :  978-2-330-21638-2

Prix : 16€90



Quatrième de Couverture : 


Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des “Contes de l’indigène et du voyageur”.

📖


Il m’était bien difficile de résister à l’avis de lecture de notre ami Xavier « Aquilon62 » sur Babelio, que je vous conseille vivement de lire tant il est complet, extrêmement bien rédigé, et riche en références à l’Enfer de Dante.

J’ai eu du mal, au départ, à me plonger dans ce roman, avant de comprendre que la forme même de l’écriture participe au malaise, à l’épuisement intérieur et à la vision du monde que développe l’auteur. Une fois cet aspect essentiel du roman identifié, j’ai pu trouver mes marques et en saisir toute l’essence littéraire.

Un homme quitte sa Corse natale à la recherche d’un idéal, ou peut-être simplement d’une manière d’échapper à lui-même. Pourtant, ni le mariage ni la naissance d’un enfant ne suffisent à l’apaiser ou à le rendre heureux. Son chemin croisera celui de Kaveesha, une employée sri-lankaise qui, elle aussi, a traversé une partie du monde entre sacrifices et quête de rédemption.

L’enfer du narrateur n’a rien de surnaturel ; bien au contraire, et comme le souligne Xavier dans sa chronique, il est profondément humain. Il se compose de solitude, d’échecs, de lassitude et d’illusions perdues.

L’écriture de Jérôme Ferrari reflète ce chaos intérieur à travers une alternance entre une langue soutenue, cultivée, et des passages plus crus, plus familiers, parfois à la limite de la vulgarité. Ce contraste oppose sans cesse la pensée intellectuelle à la brutalité du réel.
Ce sentiment naît notamment de ces longues phrases étirées, presque sans respiration, traversées de pensées successives, provoquant à la fois une sensation d’étouffement et une immersion mentale dans l’esprit du narrateur, dans son intimité la plus profonde. L’écriture devient alors plus introspective, vulnérable, presque confessionnelle.

La plupart des professeurs algériens détachés auprès du lycée français pour un salaire vingts fois inférieur à celui des expatriés étaient des femmes d'une cinquantaine d'années, incroyablement chaleureuses et souriantes, dont il était difficile de croire qu'elles venaient de passer une décennie à craindre une mort atroce — une décennie entière à guetter le fracas des bombes, à porter des amis en terre et à se réveiller dans le même cauchemar où les rayons du soleil levant illuminent sur les trottoirs de Blida un alignement de têtes coupées. (p 80)


Le roman est également une réflexion sur l’échec des idéaux, les rêves abandonnés et les existences à la dérive, laissant entendre que l’enfer n’a rien d’exceptionnel : il est banal, quotidien, progressif même, s’installant lentement dans les êtres.

Le personnage de Kaveesha apporte une autre dimension au récit, plus humaine encore. À travers elle émergent les sacrifices, les trahisons, mais aussi une forme de résilience silencieuse. Elle endure beaucoup tout en cherchant malgré tout à donner le meilleur d’elle-même.

Mais elle a passé sa vie entourée d'enfants qu'elle n'a pas portés et qu'elle devait, l'un après l'autre, abandonner eux aussi. Elle se souvient de leurs visages et de leurs prénoms. Sa mémoire est comme un monde pétrifié dans lequel tous les enfants sont devenus des fantômes dont le temps n'altère pas l'apparence et qui, eux, ne grandiront jamais. (100)


C’est un roman presque philosophique, sans pour autant chercher à apporter des réponses. Un roman où l’enfer semble résider dans le poids d’exister, de penser, et de ne jamais parvenir totalement à rejoindre les autres.

Je n'ai pas été profondément touchée par le narrateur et son histoire, lui préférant des figures plus humaines et vulnérables comme Nardjess 'sa femme), Afsaneh (sa fille) ou surtout Kaveesha qui apportent quelque chose de plus immédiatement humain et vulnérable. Pourtant, malgré cette distance émotionnelle, l’écriture de Jérôme Ferrari demeure éblouissante et enrichissante à bien des égards.

Car, comme Wilfred Thesiger, je n'ai moi-même jamais vu dans le monde autre chose qu'un terrain d'expérimentations morales dont la plus décisive consistait précisément à tenter de devenir quelqu'un d'autre, bien que ce fût à l'évidence impossible, quels que soient les efforts consentis pour y parvenir. (p 77)

 

Tout en haut, inaccessible dans sa splendeur, se trouve celui des émirs et des princesses ; tout en bas, dans les tréfonds d'un enfer invisible, inaccessible lui aussi — mais dans son abjection —, celui des ouvriers du bâtiment dont la sueur et le sang sont comme l'engrais nourricier où la ville insatiable puise l'énergie nécessaire à sa croissance frénétique... (p 34)


Ils ignoraient bien sûr, comme la plupart des Européens du Nord, que le soleil du golfe d'Arabie n'est pas l'astre amical des printemps fertiles mais une étoile meurtrière, accablante, si dangereusement proche qu'elle fait bouillir le sang dans les veines, s'évaporer l'écume suspendue comme une brume à la surface des flots et tomber en poussières les bourgeons calcinés. Et même quand elle semble avoir cédé la place à l'obscurité, son incandescence continue d'embraser les profondeurs de la nuit. (p 101)


Mais tu sais, Kaveesha, nos enfants ne nous aiment pas comme nous les aimons. Nous devons bien accepter l'ordre des choses mais c'est une leçon bien douloureuse à recevoir. (p 104)


https://pasionlivres.blogspot.com




 





jeudi 15 août 2024

BAC NUIT

     

  Bac Nuit  





Auteur : Didier Fossey

Editeur : Flamant Noir

Genre : Nouvelles, récits, tranches de vie

Date de Sortie : 15 décembre 2021

Nombre de pages : 200

ISBN : 979-10-93363-71-4

Prix : 14 € 99






Quatrième de couverture : 

Paris, la nuit.

Après 31 ans de police parisienne, dont 18 années à la BAC, l’auteur, désormais à la retraite, relate des histoires marquantes qu’il a vécues au cours de sa carrière.

Pas de dates, juste des faits écrits à mesure qu’il se les remémorait.

Souvenirs parfois drôles, pathétiques, ou touchants, épicés de poussées d’adrénaline, celle de la peur, la vraie, qui prend aux tripes, au fond d’une cave, d’un parking ou durant une course-poursuite.

Loin des grandes enquêtes policières, vous comprendrez à travers ces récits que l’esprit de ces fonctionnaires – qui n’en portent que le titre – est différent des mauvaises intentions qu’on leur prête trop souvent.

Derrière la tenue, il y a des femmes et des hommes que l’uniforme ou le brassard ne protègent pas des émotions... Ce livre leur rend hommage.


Que sait-on sur l'auteur ? 

Après 15 ans dans la restauration durant lesquels il a été, entre autres, serveur à bord du célèbre paquebot « Le France » avant d’ouvrir son propre restaurant dans le Sud-ouest, il a changé de cap en 1983, et a intégré la Police Nationale.

 

Pendant 18 années, il a fait partie de la B.A.C. parisienne. Mais après 31 ans au sein de la Police Nationale, l’heure de la retraite à enfin sonné ! Et il compte bien désormais profiter de son temps libre pour écrire davantage.

 

Son goût pour les mots, il le tient de sa grand-mère, avec laquelle il a passé une grande partie de son enfance, et qui veilla toujours à ce qu’il s’instruise par la lecture et soigne son écriture. Après avoir retrouvé des textes écrits autrefois pour le plaisir, il se lance dans l’écriture de son premier polar, publié en 2010.

 

Sources : site Editions Flamant Noir : https://www.editionsflamantnoir.com/librairie


Romans de l'auteur : 

Tr@que sur le webFlamant Noir, 2017 (réédition)

Ad UnumFlamant Noir, 2016

Burn-Out, Flamant Noir, 2015 (Prix Polar du Lions Club)

Artifices, Flamant Noir, 2018

Congés MortelsFlamant Noir, 2019

Affaires InternesFlamant Noir, 2020

Bac Nuit, Flamant Noir, 2021

Erèbe, M+ Collection Noire, à paraître septembre 2024


Mon ressenti :

Cela faisait un moment que je n'avais pas lu du Didier Fossey, trop longtemps même...

31 ans de Police Nationale à Paris, dont 18 dans la BAC de nuit du 13ème arrondissement de Paris, Didier Fossey nous livre 36 petites histoires qui ont marqué sa carrière. 36, est-ce un hasard ? 

Le roman explore le quotidien des policiers de la BAC, un métier difficile et dangereux où la violence est omniprésente. Les patrouilles nocturnes sont souvent marquées par des confrontations violentes, des arrestations musclées, et des situations à haut risque, mais aussi des situations cocasses.

Didier Fossey dépeint une réalité brute et sans fard de la violence urbaine, mettant en lumière les défis auxquels les forces de l'ordre sont confrontées chaque nuit. Il aborde l'impact psychologique du travail, l'exposition constance à la violence, au danger, mais aussi à l'injustice qui peut user les hommes et les femmes du métier.

L'auteur aborde aussi le côté personnel du métier, la pression constante, les heures de travail décalées, les heures sup, une vigilance permanente et une tension qui ont un impact sur leur équilibre mental et familial.

Didier Fossey se livre sans tabous ni suffisance, bien au contraire, il reste humble, vrai en toute circonstance et en toute simplicité, c'est ce qui me plait le plus chez cet auteur. Ces récits sont à la fois authentiques, réalistes, vivants, détaillés et emplis de sensibilité et teintés d'humour.

Un auteur qui a toujours une place particulière dans mon univers "polardesque".


https://pasionlivres.blogspot.com/




lundi 28 juillet 2014

LA COUR DES INNOCENTS


Auteur : Fabien Pesty
Editions : Paul & Mike
Genre : Nouvelles
190 pages
ISBN : 978-2-36651-035-5
Prix : 12€00



Quatrième de couverture :
Innocent, e (adjectif et nom commun) :
Qui ne fait pas de mal.
Qui n'est pas coupable.
Qui ignore le mal.
Naïf, simple d'esprit.

Non coupables, fous, irresponsables, ingénus, ils ont tous un alibi valable : ils étaient victimes d'eux-mêmes au moment des faits. Ce sont des choses qui arrivent et dont on parle à travers ces quinze instantanés d'histoires, parfois sombres, souvent cyniques, mais toujours à l'humour ravageur.
On y croise des enfants, des vieux qui jouent, un clochard et un requin-marteau. Mais aussi des guest stars telles que Thierry Rolland, Dieu ou la maman de Jacky du Club Dorothée. A noter que le policier des Villages People a décliné l'invitation.



L'Auteur et mon avis : car les deux sont indissociable en ce qui me concerne.

Fabien Pesty est né dans le Loiret en 1976. Ce n'est qu'en 2008 qu'il redécouvre, après un souvenir traumatisant dans son enfance avec sa lettre au Père Noël et arnaqué par celui-ci (rires). En effet, il participe à de nombreux défis littéraires dans lesquels il doit rédiger des histoires à partir de situations et de locutions imposées. La "Cour des innocents" est certes son premier recueils de nouvelles, mais ses écrits ont déjà connu beaucoup de succès sur son blog.

Il a également gagné de nombreux prix tels que :
1er prix "Jugon-Les-Lacs 2010" pour "les valises"
1er prix "Fontaine-Française 2011" pour "La caissière du péage de Chatuzange-le-Goubet"
Prix Spécial du Jury "Prix Don Quichotte", concours francophone de la nouvelle 2012 pour "Passage à tabac"

Pourquoi l'auteur est indissociable de mon avis ? Parce que j'ai eu la chance de le rencontrer et de pouvoir me faire un avis sur le personnage... Il a fallu de la persuasion de plusieurs bons auteurs pour que Mr Fabien Pesty nous fasse l'honneur de poser ses textes dans un recueil ! J'aime ce qu'en dit Alain Emery "Joyeusement féroce" ! Les textes contiennent leurs doses de cynismes mais aussi beaucoup d'humanité qui caractérise l'auteur... C'est assurément un auteur à suivre de près car ils nous réserve des surprises, il est comme du bon vin en vieillissant en matière littéraire !













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