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vendredi 17 avril 2026

LE CREUSET DES SORCIERS

           


    Le Creuset des Sorciers    

   Auteur :    Christophe Chabouté

Editions :  Gallimard https://www.gallimard.fr/

Genre : Roman Littéraire / Collection Blanche

Date de parution : 5  février 2026

176 pages

ISBN :  978-2-07-308500-9

Prix : 19 






Quatrième de couverture : 


La Louisiane vient d’être vendue aux États-Unis d’Amérique. Tout jeune esclave, Jean-Baptiste rejoint la plantation reculée des Beauregard. On y cultive la canne à sucre, le labeur est terrible, le climat très rude, mais l’esclave résiste. Il est fortifié par un secret sur le point d’être dévoilé : il connaît le sortilège de la musique.
Jean-Baptiste ignore que le langage qu’il est en train d’inventer va métisser le monde.
Au fil d’un récit écrit au rythme d’une musique entraînante et nerveuse, Paul Greveillac raconte la confrontation violente entre une caste de planteurs déclinante et des esclaves libres en puissance. Il imagine la plantation comme le berceau du jazz, offrant un aïeul de fiction au grand trompettiste Miles Davis.




Il y a parfois, dans la vie, des instants, des faits qui dépassent notre entendement. C'est ce qu'il s'est produit avec cet œuvre de Paul Greveillac. Ce roman s'est presque mis sur mon chemin, presque déposé dans mes mains et, tout en le lisant, j'avais le sentiment de connaître l'histoire, dans visualiser les scènes, comme un sentiment de déjà vue...

Ce roman n'est pas seulement une histoire, c'est une réflexion sur la manière dont on construit une vérité avec les bases de l'histoire elle-même. Une histoire inventée peut sembler plus vraie que l'Histoire elle-même. 

Nous sommes en Louisiane, que la France a vendu aux Etats-Unis en 1803. Sur le domaine des Beauregards, Une immense plantation, des esclaves, une dynastie.

"J'ai chaud. L'espace est gonflé. Veineux. Au bord de la rupture. Il me faut me défaire de la gaze d'ignorance. Me dépuceler dans le danger. C'est hypnotique et inquiétant. Maléfique et attirant. Je suis le jouet consentant du tellurique. Je progresse à tâtons vers l'épaisseur d'une révélation. Une épiphanie pure, qui n'est que sensation. Appelons cela, si nous le souhaitons, désignons cela comme du vaudou. Et je deviens la poupée qui aime les aiguilles, n'existe que par elles. Voilà. Un éclat jaillit au loin, répété, s'approche, parfois son écho comme une ombre même précède. Je revis. Je meurs. Touché au flanc par une griffe invisible. Transfiguré dans la nuit aux clartés aveuglantes. Je saigne d'extase. Sang ou larmes."

Au milieu de tout cela, un jeune esclave, dont Jacques Beauregard vient de faire l'acquisition. Un jeune enfant qui semble hagard et qui ressent l'envie de tapoter en tempo à longueur de temps. Il rêve d'approcher le piano de ses maîtres, d'effleurer les touches, de ressentir les notes vibrer dans tout son corps. Ce piano deviendra sa cage.

L'auteur nous transporte littéralement dans l'époque, nous fait revisiter la Louisiane en période coloniale. Alors que la terre porte encore les cicatrices de massacres des amérindiens, des hommes, des femmes et des enfants sont amenés d'Afrique pour être asservis comme des animaux afin de travailler dans les champs de coton par ci, de canne à sucre par là.

"Le Noir accueille le sacrement sans se défaire de son absence. Il découvre l'orgue, la mortifère musique d'église. Son regard toujours se cache derrière une sorte de taie. En vérité, il n'a attendu d'être catholique pour avoir la foi. La religion ne fait que mettre des mots - très imparfaits encore - sur ce qu'il peut parfois ressentir, sur l'élan intérieur qui l'habite et aussi les nuits opaques dont il est souvent la proie. Il n'est, lui semble-t-il, qu'une sorte de dépositaire invalide d'un mouvement de balancier précaire et incertain entre l'épiphanie et la désespérance. La foi aussi est révolte. C'est pour cela qu'il est musique. La religion au contraire sert à appartenir. À faire appartenir, et à justifier l'ordre établi. Dieu n'y a pas sa place ; ce n'est pas dans les églises qu'on le trouve le plus facilement. Mais nous ne pouvons pas prétendre être dans le secret de l'âme des maîtres."

A l'origine, le creuset est un récipient où l'on fait fondre et calciné des matières, des substances. Ce roman fait fondre l'histoire, la malaxe entre vérités et fiction. L'histoire de Jean-Baptiste est palpable et si l'auteur ne précisait pas qu'il ne s'agissait là que d'une fiction, on pourrait croire qu'elle est réelle car elle est immergée dans l'Histoire avec un grand H, avec des faits réels.

Oscar Wilde a dit : Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés.

Ce roman en est l'exemple même. Ce que nous croyons vrai dépend souvent moins des faits… que de la manière dont ils nous sont racontés. Le tout dans une belle et riche écriture.

"Le jazz a la fébrilité de l'incantation. Il barrit rit il rugit. Il effleure seulement. Catalyseur. Magma aux éléments indissociables.

Loupe sous le soleil qu'on ajuste pour mettre le feu au monde."


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