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mercredi 2 novembre 2022

LE CARTOGRAPHE DES ABSENCES

     Auteur : Mia Couto

Editions : Métailié
Genre : Roman portugais (Mozanbique)

Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues

date de parution : 2 septembre 2022
352 pages
ISBN : 979-10-226-1215-9

Prix : 22€80


Le Cartographe des Absences

O Mapeador de Ausências


Quatrième de couverture :

En 2019, un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du Mozambique.
Un poète est invité par l'université de la ville quelques jours avant la catastrophe. Il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues où il a vécu dans les années 70. Il va faire un voyage "vers le centre de son âme" et y retrouver son père, un grand poète engagé sans la lutte contre la colonisation portugaise. Il se souvient des terribles massacres perpétrés par les troupes coloniales. Il se souvient aussi de Bénédito, le petit serveur, aujourd'hui dirigeant du FRELIMO au pouvoir, de l'inspecteur de la police politique, des amoureux qui se sont suicidés parce que leur différence de couleur de peau était inacceptable, de la puissante Maniara, sorcière et photographe, et surtout de Sandro, son frère caché.
Les faits que l'enfant qu'il fut nous raconte sont terribles, le racisme, la bêtise coloniale, la police politique, la PIDE, les traîtrises.
Ce roman au souffle puissant peuplé de personnages extraordinaires, à l'intrigue aussi rigoureuse que surprenante, est écrit comme la poésie, que Mia Couto définit comme "une façon de regarder le monde et de comprendre ce qui habite une dimension invisible de ce qu'on nomme réalité".
Un roman magnifique, dans l'ombre d'un cataclysme, le plus personnel écrit par l'auteur, l'un de ses meilleurs.

L'Auteur : 

António Emílio Leite Couto est né à Beira au Mozambique en 1955, son père étant Fernando Couto, journaliste et poète d'origine de Porto (Portugal) immigré au Mozambique au milieu du XXème siècle.

Mia Couto publie ses premiers poèmes dès l'âge de 14ans, il commence également des études de médecine auxquelles il met fin pour répondre à l'invitation de devenir journaliste du FRELIMO (Front de libération du Mozambique) à la fin de la révolution des œillets.

Il travaille sous la direction du militant Rui Knopfli, est ensuite nommé à la tête de l'agence d'information du Mozambique (AIM ) et créé des réseaux de communications entre les différentes provinces du Mozambique durant la guerre d'indépendance. Puis, il travaille comme directeur au journal Tempo jusqu'en 1981 et continue sa carrière au Noticias jusqu'en 1985. En 1983, il publie son premier recueil de poésie Raiz de Orvalho, qui inclut des poèmes contre la propagande militante marxiste. Deux ans plus tard, il démissionne de son poste de directeur et reprend ses études universitaires dans le domaine de la biologie.

En plus d'être considéré comme l'un des auteurs les plus importants du Mozambique, Mia Couto est aussi l'écrivain le plus traduit (allemand, français, anglais, espagnol, catalan, italien). Dans plusieurs de ses œuvres, il tente de recréer la langue portugaise avec l'influence mozambicaine, utilisant le lexique et le vocabulaire des diverses régions du pays, produisant ainsi un nouveau modèle d'écriture africaine. Terre somnambule est son premier roman, publié en 1992 et il reçoit le prix national de la fiction de l'association des écrivains mozambicains en 1995. Ce roman est considéré comme un des douze meilleurs livres africains du xxe siècle par un jury constitué lors de la Foire Internationale du Livre au Zimbabwe.

Actuellement, Mia Couto est biologiste dans le Parc transfrontalier du Limpopo. Il est sans doute l'un des écrivains les plus célèbres de son pays.




Ses romans
  • Terre Somnambule, Albin Michel, 1994 (Terra sonâmbula)
  • Les baleines de Quissico, Albin Michel, 1996
  • La véranda au frangipanier, Albin Michel, 2000 (A Varanda do frangipani)
  • Chronique des jours de cendres, Albin Michel, 2003
  • Le chat et le Noir, Chandeigne, 2004 (O gato e o escuro)
  • Tombe, tombe au fond de l'eau, 2005 (Mar me quer)
  • Un fleuve appelé temps, une maison appelée Terre, Albin Michel, 2008
  • Le dernier vol du flamant, Chandeigne, 2009
  • Et si Obama était africain, Chandeigne, 2010
  • Le fil des missangas, Chandeigne, 2010
  • L'accordeur de silences, Métailié, 2011 (Jesusalem)
  • Murer la peur, Chandeigne, 2011 (Murar o medo)
  • Poisons de dieu, remèdes du diable, Métailié, 2013
  • La pluie ébahie, Chandeigne, 2014 (A Chuva Pasmada)
  • La confession de la lionne, Métailié, 2015 (A confissão da leoa)
  • Les sables de l'empereur, Métailié, 2020 (As areias do imperador)

Mon avis : 

L'histoire se situe sous fond de révolution au Mozambique, une colonie portugaise. Le Portugal est sous la dictature de Salazar, les massacres ne se comptent plus, et pourtant, dans ces lieux sombres, Mia Couto fait raisonner la poèsie... Ces personnages sont percutants, authentiques, le récit est passionné, puissant.
Le roman est scindé en deux parties qui s'emboitent parfaitement. Une partie nous situe en 1973, veille de la révolution des œillets (avril 1974) au Portugal et la situation au Mozambique est critique, le racisme est à son paradoxisme, le pays s'enflamme... Dans ce décor, une famille, celle d'un poète journaliste, de son épouse et de son fils Diogo.
Ce même Diogo qui, dans la seconde partie située en 2019, mène l'histoire en faisant ressurgir ce passé et ses intrigues...
Pour la partie ancienne, l'auteur construit son récit sous forme de différents documents, témoignages, correspondances qui rendent l'histoire plus authentique.
L'amour de Mia Couto pour son pays y est très représenté, ses engagements y sont transparents et les personnages père-fils n'est pas sans rappeler l'auteur et son père.

C'est un premier roman de cet auteur que je lis, et à n'en pas douter, pas le dernier ! 

Quelques extraits et citations

Le capitaine de notre compagnie ne se lasse pas de nous mettre en garde : ne regardez pas les négresses, ne parlez pas aux nègres. 
Si vous regardez les négresses dans les yeux, vous êtes cuits : vous n'appuierez plus jamais sur la gâchette. Si vous prêtez attention aux nègres, ils se mettent à vous raconter des histoires, et il se passe la même chose que dans les Milles et une Nuits : vous ne les tuerez plus jamais. Encore heureux qu'ils parlent une autre langue, a dit le capitaine. Si on les comprenait, ils cesseraient aussitôt d'être nos ennemis. Pour les tuer, il faut leur bander les yeux et leur museler la bouche. Voilà ce que le capitaine a clamé aux quatre vents. ce pays, ma tante, est un immense mur de fusillés. Dans mon cas cependant, les fascistes ont commis une grave erreur. Ils m'ont donné une arme mais ce n'est pas pour tuer. C'est pour apprendre à mourir. Il faut que je meure. N'ayez pas peur, ma chère tante, je parle seulement de mourir en tant que soldat. Il faut que j'ai le courage de fuir cet enfer. Je reviendrai après pour lutter pour la liberté de ce pays qui est le mien et que j'aime tant. On se retrouvera alors à nouveau. Avant l'indépendance, je ne reviendrai pas dans cette ville qui est maintenant devenue la capitale de l'enfer. Les orgies se prolongent toute la nuit et elles ont lieu à l'intérieur et à l'extérieur des bars de la nuit. Les boutiques des chinoir et des indiens bouillonnent de la présence des épouses des chefs militaires que ne cessent d'acheter de la porcelaine et des pièces d'ivoire. La folie s'est emparée de ceux qui commandent et de ceux qui sont commandés. Cette folie est le seul remède qui leur reste. C'est ce que dit l'oncle Adriano. Quand il pense poétiquement, mon oncle dit des choses justes. (page 127)


"Je suis en deuil et personne n'est mort, 
A l'intérieur de mes yeux
restent des murs
qui me sauvent du noir.    Adriano Santiago


Je tombe parfois dans le banal désordre de mes tiroirs littéraires sur des textes que j'ai écrits voici dix ans, quinze ans, peut-être davantage.
Beaucoup d'entre eux me semblent l'œuvre d'un étranger ; je ne me reconnais pas en eux.
Quelqu'un les a écrits, et c'était moi. Je les ai bien éprouvés, mais comme dans une autre vie, dont je m'éveillerais aujourd'hui comme du sommeil d'un autre. Fernando Pessoa - Livre de l'intranquilité

Quelques jours après que Capitine eut émigré à Beira, Maniara décida elle aussi de quitter le village. Elle allait rejoindre son mari. Cependant, en tant que femme, il lui était interdit de prendre la route toute seule. Malheureusement cette règle n'a jamais changé. Une femme qui voyage seule est une créature qui marche nue. Les hommes sont autorisés à faire d'elle ce qu'ils veulent. (Page 309)















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