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mercredi 25 janvier 2023

L'ETE OU TOUT A FONDU

 Auteur : Tiffany McDaniel 
Editions : Gallmeister
Traduction de l'américain : François Happe
Illustration de couverture : Jeffrey Fisher
Genre : Roman 
Date de parution :  18 août 2022
528 pages
ISBN : 978-2-351-78251-4
Prix : 25€60

 L'été où tout a fondu 





Quatrième de couverture :

"La chaleur est arrivée avec le diable."


Eté 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss publie une annonce dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite.

Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noir et aux yeux d'un vert intense planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l'âme meurtrie, heureux d'être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l'incarnation du mal ? Dubitatifs, les adultes le croient en fugue d'une des fermes voisines, et le shérif lance son enquête. Se produisent alors d'étranges évènements qui affectent tous les habitants de Breathed, tandis qu'une vague de chaleur infernale frappe la petite ville.

Porté par une écriture incandescente, l'été où tout a fondu raconte la quête d'une innocence perdue et vient confirmer le talent exceptionnel d'une romancière à l'imaginaire flamboyant.


L'Auteur : 

Tiffany McDaniel vit dans l’Ohio, où elle est née. Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connaît. Elle est également poète et plasticienne.

En 2002, elle a dix-sept ans et la découverte de secrets de famille déclenche son envie d’écrire. En 2003, elle achève une première version de Betty, qu’elle envoie à des agents littéraires. Mais c’est seulement en 2017 que le prestigieux éditeur américain Knopf, maison littéraire du groupe Penguin, s’intéresse au roman. Les droits de publication à l’étranger sont cédés dans plusieurs pays, dont la France et l’Angleterre. Betty paraît en 2020. Le livre est un immense succès et remporte de nombreux prix littéraires : Prix du Roman Fnac 2020, Prix America du meilleur roman étranger 2020, Roman étranger préféré des libraires du Palmarès Livres Hebdo 2020, Prix des libraires du Québec 2021, Prix Libr’à Nous 2021 du meilleur roman étranger, Prix 2022 du club des irrésistibles des bibliothèques de Montréal.

L’été où tout a fondu, écrit quelques années après Betty, trouvera un éditeur en moins d’un mois : il s’agit donc du premier roman publié de Tiffany McDaniel, même si c’est le 5e ou 6e dans l’ordre d’écriture.

Tiffany McDaniel a obtenu le titre de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en juillet 2021.

Sources : Gallmeister : https://gallmeister.fr/auteurs/117/tiffany-mcdaniel


Autres romans de l'auteur :

Betty, Gallmeister, 20 août 2010


Mon avis : 

"Betty", le premier roman de Tiffany Mc Daniel a été un vrai coup de cœur en 2020, et franchement, je me disais qu'il serait difficile de faire mieux, la barre était déjà très haute... Puis sur le blog EmOtions, blog littérature de Yvan, j'ai découvert que le deuxième roman de l'auteure était paru depuis quelques mois déjà, et je n'ai pas su résister, même si ce n'était sans appréhension.

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire, mais très vite, j'ai été happée, plus on avance et plus on est captivé par les personnages, leur intensité, leurs faiblesses. Et Tiffany Mc Daniel a un talent fou pour aborder des sujets très difficiles et délicats.

Dans ce roman, elle aborde différents thèmes comme le racisme, l'homophobie, la violence conjugale, les drames familiaux, les questions de moralité, le tout en superposant le bien et le mal de la façon où l'on l'entend ces notions et avec l'altération des faits qui poussent les personnes à penser que les évènements malheureux sont forcément le résultat d'actes malintentionnés et volontaires de forces obscures. Tiffany Mc Daniel invite à la réflexion profonde, à savoir, le mal est-il nécessairement mal ? Le bien forcément bien pour tout le monde ? Où se trouve la frontière ? Peut-on tuer ? Non - Évidement non ! Mais si c'est pour éviter à l'animal ou la personne de souffrir atrocement ? Objecteur de conscience... 

L'auteure met donc aussi en évidence l'accent sur les peurs et les faiblesses de ses personnages et sur ce qui poussent un groupe de personnes à œuvrer dans la même direction dans une folie commune, l'attitude qui peut faire dégénérer une situation dans l'extrémité par fausse conviction, par peur ou par manipulation.

J'ai beaucoup aimé la personnalité de Sal. En suivant son histoire, on peut se rendre compte de la souffrance de tout ce qu'il a vécu et la raison pour laquelle il s'estime être le diable et pourtant ce qui fait de lui la personne la plus saine. Là encore, l'auteure met les mots justes sur les souffrances.

A noter que l'œuvre Le paradis perdu de John Milton accompagne les pages de ce roman, la révolte de Satan contre Dieu, la chute en enfer et ses conséquences, l'instigation de l'esprit vengeur de l'ange déchu au péché originel de Adam et Eve, au bannissement du jardin d'Eden.

En clair ! Ce livre est encore un vrai petit bijou, un beau diamant même auquel je m'estime heureuse de ne pas être passée à côté, j'en remercie donc Yvan 😊


Quelques extraits choisis : 

- Tu ne vas pas la tuer. La mort est déjà en elle. Tu ne vas pas déclencher quelque chose qui n'a pas encore commencé. Su tu attends que Dieu s'en occupe, il ne le fera pas. Lui, il ne fait pas ce genre de truc. En la laissant souffrir, tu prends le risque d'être Dieu. 

"Les gens demandent souvent, pourquoi Dieu permet-Il que la souffrance existe ? Pourquoi permet-Il qu'un enfant soit battu ? Qu'une femme pleure ? Qu'un holocauste soir commis ? Qu'un brave chien meure dans de telles souffrances ? La vérité est toute simple : Il veut voir par Lui-même ce que nous allons faire. Il a planté la chandelle, Il a posté le diable à la mèche et maintenant, il veut voir si nous l'éteignons en soufflant dessus ou bien si nous la laissons brûler jusqu'au bout. Dieu est le plus grand spectateur de la souffrance qui puisse exister." (pages 164-165)


Il y avait dans ses yeux quelque chose qui me faisait voir sa mort comme une fin. Il n'y avait plus rien après, me disaient ses larmes. Tout s'arrêtait là. Un animal qui meurt produit cet effet-là. Je pense que c'est dû au fait qu'on ne les rencontre jamais dans une église en train de se préparer pour une vie après la mort. On ne les voit jamais porter une croix autour du cou, ou allumer un cierge pendant la messe. Avec eux, on a l'impression que la fin est définitive. Leur mort n'est pas un passage vers autre chose, c'est une sortie. (page 166)


Elohim et son Helen.

Dommage qu'il n'ait pas pu oublier ce qu'elle lui avait fait. En fin de compte, ce n'était pas l'avoir perdue dans le naufrage de l'Andrea Doria qui l'avait détruit. C'était le fait de l'avoir perdue dans les bras d'un autre. Quand l'amour de la personne que vous aimez se transforme en une énergie qui vous est étrangère, c'est comme si le carburant vous faisait défaut. Cela diminue votre valeur en tant qu'amant. En tant qu'homme. (page 214-215)


C'EST A FORCE de petits efforts de bravoure que l'on parvient à vaincre la peur. Avec le temps, ces petits efforts mèneront à l'effort final aboutissant à la grande défaite de la peur. C'est en tout cas ce que nous dit le texte vivace de l'espoir, nous incitant à nous échapper de cette prison qu'est le cercle de la peur. (page 225)


Qu'est ce que j'avais dit, en prononçant de mot de quatre lettres ? Je suppose que j'avais dit : Je ne veux pas que tu sois gay. Je ne veux pas que tu sois heureux, et non, ce n'est pas bien que tu aies envie d'être avec un homme. Pédé. N'est-ce pas ce que ce mot est censé vouloir dire ? Pédé ? Un mot qui disait que j'avais peur. Que je ne comprenais pas. Que jamais personne ne nous avait fait asseoir et nous avait tapoté la tête pour nous expliquer que parfois, un homme aime un autre homme et qu'ils font de belles chose ensemble.

Mais bien plus que tout le reste, avec ce seul mot, j'avais dit : Je te déteste. Comment pourrait-on croire que je l'aimais par-dessus tout ? (page 274)


TOUT AMOUR CONDUIT au cannibalisme, je le sais à présent. Tôt ou tard, notre cœur finit, sinon par dévorer l'objet de notre affection, tout au moins par nous dévorer nous-mêmes. Les dents sont le miracle du cœur. Qu'une bouche puisse surgir de cet organe sans gorge et avoir faim de la chair de quelqu'un d'autre, du cœur de quelqu'un d'autre, n'est rien de moins qu'un miracle.

Tomber amoureux est la plus belle aventure de notre espèce, et lorsque l'amour, commençant à bourgeonner, s'enroule délicieusement autour de notre âme, nous cédons aux crocs du cœur et prions - oui, nous prions - devant l'infini pour que tout amour puisse avoir sa chance, sa propre part de miracle. Pourtant, les miracles semblent ne pas être de mise lorsque les amants sont jeunes, comme s'il y avait, dans leur jeunesse même, une prophétie presque inéluctable.

Peut-être le malheur des jeunes gens amoureux n'est-il dû qu'à certains fragments de Roméo et Juliette que nous a laissés Shakespeare, à moins que ce ne soit en fait une volonté du destin que jeunesse et amour se consument au contact l'un de l'autre. Que chante le chœur grec, déjà ? Quelque chose comme Les jeunes amants sont prétextes  à tragédie. (page 318-319)

 

Etre le diable faisait de lui une cible, mais cela lui donnait aussi un pouvoir qu'il n'avait pas en tant que simple garçon. Les gens le regardaient, ils écoutaient ce qu'il disait. Etre le diable faisait de lui quelqu'un d'important. Le rendait visible. Et n'y a-t-il pas là quelque chose de particulièrement tragique ? Qu'un garçon doive être le diable pour prendre de l'importance ? (page 320)


Parfois des choses arrivent, de mauvaises choses, mais c'est une étape sur notre chemin, et il faut continuer à avancer. Sinon, on n'atteindra jamais la chose suivante, et il se pourrait bien que cette chose soit formidable. Il se pourrait que ce soit ce qui nous arrivera de mieux dans notre vie. (page 361)







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