Auteur : Mia Couto
Editions : Chandeigne
Genre : Roman portugais (Mozanbique)
Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues
date de parution : Novembre 2015
82 pages
EAN : 9782915540178
Prix : 12€
Tombe, Tombe au fond de l'eau
Mar me quer
Quatrième de couverture :
Au Mozambique, au bord de l'océan Indien : Zeca Perpétuo, un ancien pêcheur, n'a d'yeux que pour sa voisine, la mulâtre Dona Luamina qui passe le plus clair de son temps à effeuiller des fleurs invisibles.
Leurs conversations quotidiennes, tour à tour cocasses, désabusées ou poignantes empruntent souvent des voies étranges. Peu à peu, ils en viennent à délivrer de lourds secrets. Iront-ils jusqu'au bout de leur dialogue alors que leur existence, déjà précaire, sombre inexorablement ?
Le titre original du récit, Mar me quer (Litt. : "Mer me veut") joue avec le mot portugais Malmequer, la marguerite que l'on effeuille en s'accompagnant des paroles mal me quer, bem me quer "il m'aime un peu, beaucoup, etc.". Pour des raisons que le lecteur découvrira, le titre fait référence à une autre comptine : "Tu m'aimes ? / Oui. / Reste, reste dans mon bateau. / Tu m'aimes ? / Non. / Tombe, tombe au fond de l'eau."
Le mot portugais Saudade, qui désigne une forme de complexe de mélancolie et de nostalgie, a été conservé dans la traduction.
L'Auteur :
António Emílio Leite Couto est né à Beira au Mozambique en 1955, son père étant Fernando Fils du poète portugais Fernando Couto, António Emílio Leite Couto est né au Mozambique en 1955. Défenseur de l’indépendance du pays, il s’engage aux côtés du Frelimo dans la lutte pour la libération du joug colonial portugais. Tour à tout directeur de l’agence d’information du Mozambique, de la revue Tempo, et du journal Noticias de Maputo, il se tourne vers l’écriture en 1983, en publiant le recueil de poèmes Raiz de Orvalho aux éditions de l’Association des Écrivains mozambicains en 1983. Celui qui se fait appeler dorénavant Mia Couto (en raison de son amour pour les chats), s’impose comme l’une des figures de proue de la littérature mozambicaine.
Ces activités conjuguées à celles de biologiste et d’enseignant traduisent une conscience politique et sociale et alimentent nombre de ses écrits ; notamment ses chroniques qui soulignent avec une ironie constante les contradictions de la société mozambicaine. En outre, l’univers intérieur de ses œuvres puise aux racines de l’imaginaire et de la tradition orale. Il se fait ainsi le passeur d’une culture multiforme où s’enchevêtrent l’homme, les dieux, et la nature. L’écrit prend tour à tour la forme du roman, de nouvelles, de chroniques et de poèmes déclinés dans une langue subtile, légère, novatrice, jamais dénuée d’humour, qui joue habilement avec les jeux de mots, les détournements de syntaxe, les faux et vrais proverbes et se fait l’écho de la mémoire contre l’oubli et l’acculturation. Comme Guimarães Rosa, Mia Couto invente une langue romanesque qui transforme le portugais en l’enrichissant de mots nouveaux, de néologismes qui empruntent tant aux idiomes africains qu’à la langue ibérique.
Prix de la Francophonie en 2012, prix Camões en 2013 et prix Neustadt en 2014, Mia Couto est aujourd’hui l’un des plus grands écrivains de langue portugaise.
Mia Couto est également aux éditions Métailié L’accordeur de silences
Ses romans
- Terre Somnambule, Albin Michel, 1994 (Terra sonâmbula)
- Les baleines de Quissico, Albin Michel, 1996
- La véranda au frangipanier, Albin Michel, 2000 (A Varanda do frangipani)
- Chronique des jours de cendres, Albin Michel, 2003
- Le chat et le Noir, Chandeigne, 2004 (O gato e o escuro)
- Tombe, tombe au fond de l'eau, 2005 (Mar me quer)
- Un fleuve appelé temps, une maison appelée Terre, Albin Michel, 2008
- Le dernier vol du flamant, Chandeigne, 2009
- Et si Obama était africain, Chandeigne, 2010
- Le fil des missangas, Chandeigne, 2010
- L'accordeur de silences, Métailié, 2011 (Jesusalem)
- Murer la peur, Chandeigne, 2011 (Murar o medo)
- Poisons de dieu, remèdes du diable, Métailié, 2013
- La pluie ébahie, Chandeigne, 2014 (A Chuva Pasmada)
- La confession de la lionne, Métailié, 2015 (A confissão da leoa)
- Les sables de l'empereur, Métailié, 2020 (As areias do imperador)
- Le Cartographe des absences, Métailié, 2023
Mon avis :
L'histoire se situe au Mozambique dans un village de pêcheurs, les personnages qui sont pour le moins ordinaires, deviennent par la plume de Mia Couto, des êtres surprenants et profondément humains bien au-delà de l'apparence. L'écriture de l'auteur est une poésie à elle seule, riche et contenant tout l'amour qu'il porte à ce pays... son cœur et son âme s'expriment avec une infinie douceur. C'est un pur plaisir à lire, ces 80 pages procurent un bien fou, un vent marin qui distille cette iode apaisante. Il n'y a pas d'âge pour aimer, il n'y a pas de jugement plus dur que celui que l'on porte à soit même... L'auteur donne à l'amour une toute autre dimension.
Quelques extraits et citations :
Oui, je vous le dis, ma Dame. Il est dommage que vous alliez et veniez à fatiguer vos yeux de par le monde. Vous devriez plutôt vous passer un rêve sur le visage dès le matin. C'est ce qui retient le temps et retarde la ride. Vous savez ce que vous allez faire ? Étendez-vous là sur le sable, allongez-vous bien couchée, étirez votre âme en diagonale. Ensuite, restez ainsi, bien silencieuse, bien au ras du sol jusqu'à sentir la terre s'éprendre de vous. Je vous le dis, Dona : lorsque nous nous taisons pareils à une pierre, nous finissons par entendre les accents de la terre. À un certain moment, madame entendra un sol marin telle une mer sous la peau du sol. Profitez de cette berceuse, Dona Luarmina. Je tire de bons avantages de ces silences sous-marins. Encore aujourd'hui ce sont eux qui m'endormant. Je suis son enfant à elle, à la mer. (Page 21)
Il me restait l'actuelle apparence de Luarmina, grosse et grasse. La femme pour cause d'angoisse avait laissé s'accumuler des kilos sur son poids. Je veux dire : une bonne manière de cacher sa tristesse et de nous couvrir de chair. La souffrance est fatale lorsqu'elle atteint l'os. A ce stade, la tristesse s'empresse de tourner au squelette. Il est sage de donner une couverture au corps, d'interposer des frontières graisseuses. (page 13)
Mon corps est devenu un cimetière du temps, il ressemble à un de ces buissons sacrés sous lesquels nous enterrons nos morts. (page 14)
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