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vendredi 22 décembre 2023

LES VERTUEUX

    Auteur :   Yasmina Khadra

Editions : Mialet Barrault

Genre : Littérature

Date de parution : 24 février 2022

544 pages

ISBN : 978-2-08025-794-3

Prix : 21



  Les Vertueux  






Quatrième de couverture :

"Des choses incroyables vous tombent dessus, détournent le cours de votre existence et le bouleversent de fond en comble."

Algérie, 1914. Pour le jeune berger Yacine, qui n'a jamais quitté son douar, ces choses incroyables vont l'emporter comme une crue à travers mille imprévus, lui feront connaître le monde moderne, celui des machines et des machinations, des tirailleurs loyaux et des trahisons, de la guerre des tranchées, des promesses piégées, et de l'amour simple et beau pour survivre dans l'adversité.


L'Auteur : 

Né Mohammed Moulessehoul le 10 janvier 1955 à Kenadsa.

A 9 ans, il est dans une institution militaire jusqu'à ses 44 ans (durant 35 ans).

Il écrit sa première nouvelle à 11 ans, son premier reccueil à 17 ans, dont la première parution sera en 1980 sous son vrai nom.

Pour échapper à la censure militaire, il écrira pendant des années dans la clandestinité sous le pseudonyme Yasmina Khadra qui est composé des deux prénoms de son épouse et qui le feront connaître dans le monde entier.

Yasmina Khadra est consacré à deux reprises par l'Académie Française, salué par des prix Nobel. Il est traduit dans une cinquantaine de pays et a touché des millions de lecteurs.


Quelques uns de ses romans : 

  • Les agneaux du Seigneur, Julliard - 1998
  • A quoi rêvent les LoupsJulliard - 1999
  • Les Hirondelles de Kaboul, Julliard - 2002
  • L'AttentatJulliard - 2005
  • Les Sirènes de BagdadJulliard- 2006
  • Ce que le Jour doit à la NuitJulliard - 2008
  • L'Equation AfricaineJulliard - 2011
  • Qu'attendent les SingesJulliard - 2014
  • La Dernière Nuit de Raïs, Julliard - 2015
  • Dieu n'habite pas la HavaneJulliard - 2016
  • KhalilJulliard - 2018
  • Le Sel de tous les OublisJulliard - 2020
  • Pour l'Amour d'Elena, Mialet Barrault - 2021
  • Les Vertueux, Mialet Barrault - 2022


Mon avis : 

Yasmina Khadra a cette écriture qui nous emporte toujours très loin. A la fois sensible, moralisatrice et très descriptive. Un style narratif mais tout autant poétique. 

On suit les aventures de Yacine avec beaucoup d'appréhension, car il est beaucoup question de trahisons par les uns et par les autres. Sa vie n'est pas un long fleuve tranquille, l'auteur nous fait chavirer de sa plume romanesque et nous faire vivre étape par étape la vie du héros.

La violence de la guerre, la fragilité d'un pays colonisé, la misère, la souffrance... Mais aussi, un élément que Yasmina Khadra aime mettre en valeur : L'Amitié. 

L'Amitié tient une place très importante dans ce roman, elle dépasse les galères, les trahisons, la malchance et bien d'autres encore, car c'est dans cette amitié que l'auteur semble se sourcer et trouver la paix.

Mais même si j'ai aimé ce roman et le talent de l'auteur, je ne peux pas caché que cette lecture m'a semblé longue, sans savoir au juste si c'est toutefois dû au livre ou au moment auquel je l'ai lu.


Citations : 

Ainsi va la vie. Tantôt rivière chantante, tantôt crue déchaînée, elle charrie ses mortels au même titre que le limon, les arbres que l'on croyait indétrônables ou le cadavre d'une bête qui se serait noyée. Elle n'a pas d'états d'âme, la vie ; Elle n'est coupable de rien. Elle coule dans le lit du temps sans s'attarder sur le gâchis qu'elle engendre ni sur les belles plaines qu'elle irrigue.

Des décennies ont passé. Je n'ai pas réussi à oublier ce jour-là. Ce ne fut pas seulement mon baptême de sang, ce fut ma vraie naissance au monde moderne – le monde vrai, cruel, fauve et impitoyable où la barbarie disposait de sa propre industrie de la mort et de la souffrance. C'était donc cela le monde civilisé, le monde du progrès, des laboratoires savants et des grandes découvertes. Je ne soupçonnais pas le progrès d'être aussi destructeur. Avant, j'existais et c'était tout. Une herbe folle parmi les ronces. J'avais une famille, un chien, une jument, un gourbi, et mon territoire s'arrêtait là où portait ma fronde. Très jeune, on m'avait certifié que chacun naissait doté d'un parchemin dûment établi, avec des gîtes d'étape précis, des raccourcis et un point de chute dont on ne se relèverait pas. Nous étions persuadés, dans notre douar, que lorsqu'on éclôt sous la mauvaise étoile, on s'évertue à apprivoiser le pire. Hélas, nous étions loin de la vérité. Le pire ne s'apprivoise pas. Et il n'y a rien de pire que la guerre. Rien n'est tout à fait fini avec la guerre, rien n'est vaincu, rien n'est conjuré ou vengé, rien n'est vraiment sauvé. Lorsque les canons se tairont et que sur les charniers repousseront les prés, la guerre sera toujours là, dans la tête, dans la chair, dans l'air du temps faussement apaisé, collée à la peau, meurtrissant les mémoires, noyautant chacune de nos pensées, entière, pleine, totale, aussi indécrottable qu'une seconde nature. Pour moi, elle aura l'écho du tout premier obus tombé sur nos lignes de front et l'hébétude de mon tout premier mort empalé sur ma baïonnette.

On peut faire le deuil de ses morts, mais pas celui des absents. De tous les mortels, ce sont les disparus qui vivent le plus longtemps. Mais comment entretenir leur souvenir dans ce passé où il faudrait écarter mille masques pour entrevoir un visage familier, où les sourires ressemblent à mes blessures, où les rires sont chahutés par mes propres cris ? À l’usure, on finit par se faire une raison. On se recroqueville autour de sa douleur et on fait corps avec. Au fur et à mesure que les années passent, la résignation nous devient un précieux animal de compagnie. Dans les moments de grande solitude, elle nous tient la main tandis que tant de choses nous échappent, et on s’accroche parce que, quelque part au fond de soi, malgré l’incongruité de notre entêtement, on se surprend à se dire qu’un miracle est toujours possible.

Aller où le vent te porte et en revenir à ta guise, c'est cela la liberté. Prendre conscience de la fugacité de l'existence et en faire un précieux objet, c'est cela la liberté. Remercier chaque instant de grâce et oeuvrer pour le mériter, c'est cela la liberté.







 

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