Fables et légendes
de princesses japonaises
Ippei Otsuka - Mimei Ogawa
Auteur : Ippei Otsuka, Mimei Ogawa, Masao Kusuyama,Kyûsaku Yumeno
Editions : YNNIS
Illustration de couverture : Sébastien Rost
traduit de l'italien par Mathilde Tajana
traduit du japonais par Nina Le Flohic
Genre : Fables et légendes du Japon
Date de parution : 12 février 2025
224 pages
ISBN : 978-2-37697-547-2
Prix : 12 € 90
Quatrième de Couverture :
Les éditions Ynnis sont pleines de bonnes surprises. Au cours de ma petite visite dans cette jolie librairie de Rouen, à l'ambiance si particulière et dont je vous ai parlé précédemment, j'ai trouvé cet autre petit bijou.
Ce livre réunit cinq fables et légendes de quatre auteurs, de la fin du XIXᵉ siècle jusqu'au milieu du XXᵉ siècle : Ippei Otsuka, Mimei Ogawa, Masao Kusuyama et Kyûsaku Yumeno. Ce dernier est d'ailleurs l'auteur du Tambour d'Ayakashi, dont je vous ai déjà parlé il y a peu.
J'ai pu découvrir Le Conte de la princesse Kaguya, connu également sous le titre de Conte du coupeur de bambous, qui est considéré comme l'un des plus anciens récits folkloriques du Japon. Ses origines ne sont d'ailleurs pas encore tout à fait définies. On situerait son apparition aux alentours de 794, au début de la période Heian, et son auteur serait anonyme. Mais certains soupçonnent que le récit soit bien plus ancien encore... Cela reste un mystère.
Cette lecture m'a également permis de me rendre compte que les contes japonais sont différents des contes occidentaux, notamment dans leur construction.
Les contes occidentaux suivent souvent un schéma relativement précis et, même lorsque la fin est terrible, elle signifie généralement quelque chose. Elle peut servir d'avertissement, de mise en garde ou, plus généralement, de leçon morale. Ces contes sont donc souvent construits autour d'une idée assez forte : le monde a été déséquilibré, puis quelque chose vient rétablir ou définitivement détruire l'ordre.
Les contes japonais, eux, ne l'entendent pas forcément de cette manière.
Dans beaucoup de récits japonais, notamment ceux que Lafcadio Hearn, alias Yakumo Koizumi, a recueillis, l'histoire peut commencer de manière presque banale. Puis quelque chose survient. Mais pas forcément pour lancer une grande aventure. Il n'y a pas toujours de victoire, d'explication ou même de retour à la normale.
Cela donne l'impression que le surnaturel fait tout simplement partie de ce monde. Il est comme inclus dans la culture et peut survenir à n'importe quel moment, dans n'importe quel endroit.
Il en est de même pour les morts dans le recueil consacré aux fantômes. Ils ne représentent pas toujours quelque chose d'horrible ou d'effrayant. Ils sont là, comme s'ils avaient encore quelque chose à dire, à communiquer. Une âme peut revenir parce qu'elle accomplit une promesse, parce qu'elle aime encore... ou, effectivement, parce qu'elle réclame vengeance.
Les contes japonais sont également souvent beaucoup plus ambigus. Ils ne cherchent pas toujours à apporter une réponse ou à désigner celui qui a raison ou tort.
Occidentaux, nous avons souvent été habitués à attendre d'une histoire qu'elle nous apporte quelque chose à la fin : une réponse, une morale, une explication ou une conclusion.
Or, certains récits japonais peuvent nous laisser simplement avec :
« C'est arrivé. Voilà. »
Comme si l'histoire devait ensuite se poursuivre dans notre imagination, tout en restant profondément attachée à la culture et aux traditions japonaises.
Autre point de différence : dans les contes occidentaux, la nature est souvent un décor ou un obstacle. La forêt est l'endroit où l'on se perd, la montagne celle qu'il faut franchir, la mer celle qu'il faut traverser.
Dans les contes japonais, la nature est habitée. Elle peut devenir un personnage à part entière.
_ Oh, bien sûr, je connais très bien ce poème, intervient le dignitaire le plus âgé. Je ne me souviens plus des mots exacts, mais il raconte qu'il existe entre les terres de Suruga et de Kai une très haute montagne. Sa base touche les vagues, tandis que son sommet est si éloigné de terre que même les oiseaux ne réussissent pas à l'atteindre. Il semble même que les nuages s'en approchent avec respect, mais qu'ils n'osent pas l'effleurer. Le poète dit aussi que les mots peuvent difficilement décrire une telle majesté et qu'il n'existe pas de nom digne d'elle : ce n'est pas une simple montagne, mais une divinité endormie.
C'est là que les influences du shintō, avec son rapport aux kami, croisent les croyances populaires et les influences bouddhistes.
Finalement, le conte occidental raconte souvent l'histoire d'un personnage qui entre dans le merveilleux avant d'en ressortir transformé ; le conte japonais, lui, nous donne parfois l'impression que le merveilleux était là depuis le début et que c'est nous qui ne l'avions simplement pas vu.
L'histoire du coupeur de bambous m'a particulièrement touché tant par l'histoire en elle-même que par sa propre histoire, ses origines. C'est absolument extraordinaire de lire un récit qui a sans doute plus de 2000 ans où l'on évoque le Mont Fuji... Ajoutez à cela la culture du Japon et il devient difficile de ne pas aimer.
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