Source : https://actes-sud.fr
Au nom des arbres
Laurent Gaudé
AUTEUR : Laurent Gaudé
EDITEUR : Actes Sud (site)
GENRE : Littérature française / Théâtre
Date de parution : 7 octobre 2026
EAN/ISBN : 978-2-330-22785-2
NBRE DE PAGES : 50
Quatrième de couverture :
Et si, dans un futur proche, ceux qui auront vu disparaître les forêts, mourir les fleuves et brûler les paysages décidaient de répondre à la catastrophe par la violence ?
Deux militants écologistes retiennent en otage le dirigeant d’une entreprise polluante. Mais ce qui devait être une action isolée révèle peu à peu un projet d’une plus grande ampleur. Partout dans le monde, des femmes et des hommes s’apprêtent à tuer ou à mourir pour leurs idées.
Dans cette pièce tout à la fois thriller politique, tragédie contemporaine et fable écologique, Laurent Gaudé interroge, dans la lignée des "Justes" d’Albert Camus, les limites morales de la lutte armée. Jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause juste ?
Avis :
Court mais efficace !
C'est sous forme de pièce de théâtre que se présente l'histoire, à huis clos, avec trois personnages : Mila, Gaspek et « l'homme en sursis ».
Mila et Gaspek, deux jeunes activistes écologiques, retiennent en otage l'homme en sursis, qui s'avère être le président du conseil d'administration de CPS.
Forcément, en cinquante pages, je ne vais pas trop en dire, si ce n'est que nous sommes face à un cas d'écoterrorisme. Et c'est là toute la subtilité de cette histoire...
Où peut mener une cause écologique que l'on sait juste, sachant que l'on court vers un cataclysme inévitable, déjà bien entamé, et que personne n'écoute ni ne prend au sérieux ? Jusqu'à en arriver au terrorisme ?
Trois voix se font entendre. Une voix plutôt radicale, qu'on ne peut plus dévier de sa route. Une voix plus mesurée, déterminée dans ses idées, mais qui garde une certaine mesure dans sa position. Deux personnages portent la douleur d'un monde qui se dégrade, mais ne se situent pas exactement au même endroit dans leur engagement, tandis que le troisième défend le progrès et l'évolution.
Si court, et pourtant ! Laurent Gaudé aborde bien des aspects : des polluants éternels à l'assèchement des terres, de la communication chez les animaux à l'intelligence de la nature...
Sans fioritures, l'auteur va à l'essentiel, avec cette sensibilité et cette empathie que je reconnais dans chacun de ses romans. Et c'est toujours avec beaucoup de plaisir, mêlé d'un véritable intérêt pour les sujets qu'il aborde, que je dévore ses écrits.
Citations :
(...) Ça a commencé comme ça. Le jour où on a dit : "on s'en fout, on verra plus tard. C'est pas propre mais c'est utile et demain, on arrivera à être propre et utile." L'égoïsme générationnel. On ne sera plus là pour le voir alors ça fait moins mal, c'est moins criminel. On ne sait pas quoi en faire. Ce n'est pas grave. On laisse. On enfouit. Démerdez-vous. On pourrit les sols avec des substances qu'on ne maîtrise pas. Ça, ça s'appelle cracher sur demain. (...)
p. 27
(...) Et même si lui aussi est d'origine française, il sera envoyé là-bas pour être traité et revenir. C'est cela qu'on a fait : un ordre mondial économique qui se joue des évidences. Qui segmente le marché, c'est souhaitable. C'est ça qu'on a fait. Faire faire des milliers de kilomètres à ce que nous mangeons. En dépit de tout ce que produisent ces transports. Si cela ne rentre pas dans la case des coûts, c'est que ça n'a pas de prix. C'est cela qu'on a fait. Croire que nous y gagnons lorsqu'on fait des bénéfices. Sans jamais mesurer ce que nous perdons. Et des empires se sont construits ainsi, des empires qui règnent dans ces petits interstices invisibles, logés dans le quotidien de nos assiettes et qui brassent des cargos, des usines, des centaines d'ouvriers en combinaisons blanches et aux gestes sûrs et mécaniques. Sans que nous ne les voyons jamais.
p.15



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