Source : https://www.albin-michel.fr
Un juif, un chrétien, un musulman :
Fraternels ou fratricides ?
AUTEUR : E. E. Schmitt, P. Assouline, A.Bibar
EDITEUR : Albin Michel (site)
GENRE : Société, actualités
Date de sortie : 23 septembre 2026
EAN/ISBN : 978-2-226-51575-9
NBRE DE PAGES : 128
Quatrième de couverture :
Peut-on encore se parler quand tout semble nous séparer ?
Au printemps 2025, Éric-Emmanuel Schmitt, Pierre Assouline et Abdennour Bidar ont choisi de s’écrire. Trois voix, trois traditions, une même question : que reste-t-il de la fraternité entre juifs, chrétiens et musulmans ?
À l’heure des crispations identitaires, cette correspondance rappelle une évidence fragile : on ne naît pas ennemis, on le devient. Et si la fraternité pouvait renaître d’un geste devenu courageux, reprendre le dialogue ?
Avis :
Il s'agit ici d'une correspondance entre trois hommes de trois religions différentes. Le but est d'échanger sur les croyances, la compréhension et la manière dont les hommes pensent Dieu.
Les trois hommes s'interrogent sur ce qui rapproche et divise les hommes à travers ces trois grandes religions, et sur la manière dont ces croyances, qui prônent pourtant l'amour, la paix et la fraternité, peuvent servir à justifier tant de haine et de violence.
Pierre Assouline souligne que ce qui les réunit tous les trois tient au fait qu'ils ne prennent pas les Saintes Écritures au pied de la lettre, étant davantage attachés à leur esprit qu'à une lecture littérale. L'objectif de leurs échanges est de déterminer ce que ces Écritures peuvent apporter, sans pour autant imposer une vérité, chercher à convaincre l'autre qu'il a tort ou défendre sa religion, mais plutôt en proposant un éclairage philosophique.
Le principal intérêt de cette correspondance, ce qui la rend intéressante, c'est de pouvoir échanger intelligemment et fraternellement tout en ayant des croyances différentes, sans forcément remettre en cause l'existence de Dieu.
Cependant, je n'ai pas perdu de vue, au fil de ma lecture, que ces livres sacrés, qui parlent au nom de Dieu, ont été écrits, traduits, transmis et interprétés par des hommes.
Certes, des femmes ont participé à la transmission, à l'enseignement et à la lecture des religions. Certaines en ont même contesté les autorités et défendu d'autres interprétations. Pourtant, ce sont essentiellement les hommes qui ont défini les règles, les interdits et les devoirs, et détenu le pouvoir de décision. Ce sont eux qui ont organisé les institutions religieuses et déterminé la place de chacun.
Et au nom de ces textes, ils ont très souvent considéré les femmes comme leurs inférieures, soumises à leur autorité, à leur jugement et à leur volonté. Des inégalités qui varient selon les religions et leurs interprétations, mais qui demeurent présentes dans chacune d'elles.
Comment peut-on croire qu'un Dieu juste et aimant puisse établir qu'une moitié de l'humanité a autorité sur l'autre ? Et pourquoi aurait-il donné aux femmes l'intelligence, la conscience et la capacité de réflexion pour leur demander ensuite de s'écraser face aux hommes ?
Lorsque, dans un certain nombre de pays musulmans rétrogrades, on cloître les femmes, on leur interdit de sortir, de travailler, de vivre librement, cela n'est rien moins qu'ignorance et trahison de cette figure de Khadija - la cheffe, la commerçante, la femme d'affaires, dirait-on aujourd'hui. Et quand ce même islam voue un culte à Muhammad, il occulte trop souvent, trop généralement, ce rôle de Khadija que je viens d'évoquer.(p. 60) Abdennour Bidar
Alors, n'est-ce pas plutôt la volonté des hommes eux-mêmes, projetant sur Dieu leur propre vision de la société, leurs préjugés et leur besoin de conserver leur sacro-saint pouvoir ? Je n'ai pas la prétention d'avoir les réponses, mais je trouve difficile d'écarter ces questions sous prétexte que les textes sont sacrés. Esprit critique oblige !
Bien entendu, et cela me semblait inévitable, le sujet du fanatisme et de l'obscurantisme est évoqué.
D'ailleurs, je me suis demandé, durant ma lecture, ce qu'aurait donné une telle correspondance si l'un des interlocuteurs avait été un fanatique. Puis j'ai vite réalisé que cela aurait probablement été impossible, car nous aurions assisté à un dialogue de sourds.
Celui qui vient au Coran avec un coeur violent y trouvera de quoi nourrir sa violence - car oui, Pierre, tu as raison, il y a des versets iniques dans le Coran - et il fera du livre, du Al-Kitâb, un livre de guerre. Celui qui vient avec le cœur en paix lira les mêmes versets sans qu'ils éveillent en lui la moindre haine, et il refusera, par éthique, d'y reconnaître la moindre autorité - refusera d'en faire la justification d'une violence envers quiconque, juif, chrétien, ou tout autre être humain dont la vision du monde serait différente de la sienne.(p. 31) Abdennour Bidar
Comment dialoguer avec quelqu'un qui ne reconnaît pas à l'autre le droit de penser librement ? Un véritable échange suppose que les interlocuteurs acceptent d'apprendre quelque chose et soient prêts à remettre en question leurs certitudes. Sans cela, aucun dialogue n'est possible. Les fanatiques considèrent leur vérité comme la seule possible, préférant imposer et appliquer plutôt que comprendre. Ils s'enferment dans une lecture rigide qui ne laisse plus de place au doute, à la réflexion personnelle ni aux autres croyances. Gare à celui qui ose penser autrement !
Le fanatique ne lit pas : il décrète. Il ne comprend pas : il répète. Il a volé à Dieu son autorité et le voilà qui parle en son nom, ou le fait parler à sa place. Le fanatique est un ventriloque de Dieu.(p.99) Eric-Emmanuel Schmitt
Nos auteurs, eux, acceptent de réfléchir, de douter et de regarder leur propre religion avec recul et esprit critique, dont ils refusent de se départir. C'est ce qui rend cette correspondance intéressante. On ne nous demande pas de croire. Au contraire, tout nous invite à nous interroger, à réfléchir et à regarder nos propres certitudes et nos croyances avec un œil critique.
En somme, quelle que soit la religion, le dessein n'est pas d'avoir la certitude de détenir la vérité, ni d'obéir aveuglément à un texte, mais plutôt de conserver cette capacité à se questionner, à écouter, à douter, même et surtout, et à accepter que notre propre lecture ne soit pas la seule possible.
« On n'a jamais raison tout seul. »
Une lecture qui laisse songeur ou songeuse. Que ce soit sur les religions ou sur les hommes, leurs croyances, leurs contradictions et cette faculté de faire le bien comme le pire au nom de ce qu'ils croient juste.
**Fraternels ou fratricides ?** Il suffit d'écouter l'actualité pour comprendre que les deux sont toujours possibles.
Citations :
Hélas, la culture religieuse de base dispensée dans les mosquées ou dans les familles - un Coran appris par cœur sans être compris, des règles répétées sans être interrogées - ne permet ni de s'ouvrir à ce cœur universel de l'islam, ni de comprendre son lien profond avec notre identité française. Cette convergence échappe autant aux musulmans qu'aux français, qui se représentent l'islam comme une culture foncièrement étrangère et hostile à nos valeurs. Faire reculer ces deux préjugés symétriques : tel est mon premier combat.
(o. 20) Abdennour Bidar
(o. 20) Abdennour Bidar
Alors que dire, sinon ceci ? Toutes trois ont accompagné le patriarcat plus qu'elles ne l'ont combattu. Elles l'ont parfois adouci, parfois justifié, parfois sanctifié. Ce qui m'indigne, c'est qu'elles aient perpétué un ordre injuste, et, de surcroît, l'aient revêtu des habits du sacré.
(p.52) Eric-Emmanuel Schmitt
(p.52) Eric-Emmanuel Schmitt
Je me nourris depuis toujours de la Bible hébraïque mais, depuis l'âge d'homme, je m'épanouis dans un commerce permanent avec les Évangiles et le Coran. Car l'idée d'un livre unique me terrifie. Probablement une réaction d'écrivain, un réflexe professionnel. Et quoi ! On n'a jamais raison tout seul. Que sommes-nous sans ce colloque permanent que nous entretenons avec l'autre ? Fort de cette conviction, j'ai accepté avec joie ton invitation, cher Éric-Emmanuel.
(p.28) Pierre Assouline
(p.28) Pierre Assouline
D'où vient cette interprétation littérale ? D'un déficit de culture critique. La servitude volontaire que manifestent tant de fidèles à l'égard de leur livre de référence ne tient pas à leur foi, mais à leur formation. Elle pourrait être évitée par un entraînement intellectuel solide. L'instruction doit armer les individus contre la peur. Car là où s'installe la peur, s'installe la soumission. De quelle peur s'agit-il ? La peur de penser. Le littéralisme naît de cette peur du doute, de l'incertain, et, par-dessus tout, de la peur de la liberté.
(p.98) Eric-Emmanuel Schmitt
Ce qui fut progrès au VIIe siècle devînt, par la lente pression des habitudes et de la norme, un cadre difficile à dépasser. Là où le christianisme a enfermé par l'institution, l'islam a fixé par le droit. Deux manières de poser la même chaîne - l'une pèse sur les épaules, l'autre sur les poignets.
(p52) Eric-Emmanuel Schmitt
Disons-le tout net : aucun de nos monothéistes n'eut pour matrice l'égalité. Aucun.
Tous ont plongé leurs racines dans des sociétés où l'homme commande et la femme obéit, où la force précède la loi, où la voix qui domine est masculine. Rien d'étonnant, des lors, si nos religions ont hérité de ce déséquilibre comme on hérite d'une maison qu'on n'a pas bâtie : on s'y installe, on en change les meubles, mais les murs porteurs, on n'y touche pas. Voici toute la question : nos traditions ont-elles percé ces murs, ou les ont-elles consolidées ?
(p.50) Eric-Emmanuel Schmitt



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