Trouver refuge
Christophe Ono-dit-Biot
Auteur : Christophe Ono-dit-Biot
Editions : Gallimard https://www.gallimard.fr
Genre : Roman littéraire et philosophique
Date de parution : 18 août 2022
416 pages
ISBN : 978-2-072885-69-3
Prix : 20 €
Quatrième de Couverture :
Tout est allé très vite : d’abord des gestes d’intimidation, puis des menaces directes. Un soir, Sacha et Mina décident de fuir la France avec leur petite fille Irène. Ils laissent derrière eux un pays qui a plongé dans le nationalisme, l’ignorance et l’intolérance, dirigé par un nouveau président qui a lancé des hommes après eux. Quel secret explosif veut-il protéger ?
Pour se mettre à l’abri, ils ont le projet insensé de rejoindre le mont Athos, sanctuaire érigé de monastères fortifiés où l’on vit encore selon les règles byzantines. Il est interdit aux femmes depuis le XIᵉ siècle, mais il a toujours protégé ceux qui y cherchaient refuge.
Brutalement séparé de Mina, Sacha s’y retrouve avec sa fille, qui découvre, émerveillée, les rites et les récits de cet éden bordé par la Méditerranée ainsi que les joies prodiguées par une nature grandiose. Mais le danger les guette à tout instant.
Déterminée à tenter l’impossible, Mina parviendra-t-elle à sauver sa famille ?
Ode lumineuse à la transmission d’un père à sa fille, bouleversant portrait de femme, ce roman est une invitation à embrasser l’amour et les livres, la nature et la beauté. Il célèbre aussi magnifiquement l’Histoire et les histoires dont nous sommes faits.
Il y a des livres qui racontent une histoire. Et puis il y a ceux qui continuent de vous accompagner une fois la dernière page tournée. Trouver refuge fait partie de ceux-là. Et je remercie vivement Xavier "Aquilon62" de me l'avoir conseillé.
Je ne savais pas vraiment où Christophe Ono-dit-Biot allait m'emmener. Je pensais partir vers le Mont Athos. En réalité, j'ai surtout eu l'impression de voyager à travers nos peurs, nos doutes et cette étrange époque dans laquelle nous vivons.
Le Mont Athos est décrit avec une telle beauté qu'on comprend immédiatement pourquoi tant d'hommes ont choisi de s'y retirer. Chaque monastère apparaît comme une révélation. Ils surgissent de la brume, immenses, silencieux, presque irréels. J'avais parfois l'impression d'être à la place de Sacha, sur la proue du bateau, incapable de détacher mon regard de ces forteresses suspendues entre la montagne et la mer.
Mais ce qui m'a le plus touchée, c'est que cette beauté n'est jamais présentée comme une fin en soi.
Le roman parle beaucoup de foi. Pas d'une foi qui cherche à convaincre ou à convertir. D'une foi qui interroge. Qui apaise parfois. Qui dérange aussi.
Christophe Ono-dit-Biot montre que la spiritualité peut être un refuge, mais il rappelle aussi qu'elle peut devenir dangereuse lorsqu'elle cesse d'être une quête pour devenir une certitude. À partir du moment où quelqu'un est persuadé de posséder la seule vérité, le risque apparaît. Ce n'est plus seulement valable pour la religion. Ça l'est aussi pour la politique, pour les idéologies, pour tous les discours qui refusent le doute.
Et c'est là que le roman m'a mise mal à l'aise. Parce que tout ce qu'il raconte paraît finalement très proche de nous.
La surveillance permanente. Les téléphones qui savent presque tout de nous. Les applications qui enregistrent nos déplacements, nos habitudes. Une intelligence artificielle capable d'analyser, de prévoir, de contrôler. Présenté comme un progrès. Comme quelque chose de pratique. Jusqu'au moment où l'on se demande qui possède réellement ces informations... et ce qu'il pourrait en faire.
... Et le quartier doit être parsemé de caméras de vidéosurveillance, rebaptisées "de vidéoprotection". 80 % de la population du pays est pour. C'est ce que dit le poste de télévision installé au-dessus du bar. ...p 360
Le livre parle aussi du pouvoir des mots. Des discours politiques qui paraissent rassurants au premier abord, puis qui glissent doucement vers autre chose. La peur devient un argument. Les libertés semblent négociables. Certains responsables politiques désignent des ennemis, simplifient des problèmes complexes et proposent des réponses qui paraissent évidentes parce qu'elles jouent sur l'émotion plus que sur la réflexion. Impossible de ne pas penser à certains débats qui traversent aujourd'hui nos démocraties.
... Interrogé sur ce point, Papa réfute l'idée selon l'idée selon laquelle les femmes seraient mieux à la maison mais annonce des mesures financières pour aider celles qui voudraient le faire. "La charge mentale qui pèse sur nos concitoyennes qui doivent travailler et élever des enfants est considérable et je veux pouvoir l'alléger en leur donnant le choix de leurs priorités. Chacune de nos concitoyennes doit pouvoir décider de la façon dont elle souhaite s'épanouir, et toutes, je le sais, ne voient pas dans le travail un accomplissement." ...p 350-351
Même les médias ne sont pas épargnés. Pas parce que tout serait faux. Ce serait trop simple. Mais parce qu'à force de choisir ce que l'on montre, ce que l'on répète ou ce que l'on tait, on finit par construire une manière de voir le monde.
Ce que j'ai aimé, c'est que l'auteur ne cherche jamais à imposer une réponse. Il fait confiance à son lecteur. Il ouvre des portes. Libre à chacun d'y entrer... ou de passer son chemin.
Au fond, je crois que Trouver refuge ne parle pas seulement d'un père et d'un enfant. Ni même du Mont Athos.
Il parle de cette question que nous devrions peut-être tous nous poser.
Comment rester libre dans un monde où tout semble vouloir orienter nos pensées, nos choix et même nos peurs ?
C'est un roman magnifique par ses paysages. Profond par ses réflexions. Et, par moments, franchement inquiétant. Pas parce qu'il imagine un futur impossible.
Parce qu'il donne parfois l'impression de parler du présent.
https://pasionlivres.blogspot.com
... "Dans une époque de loups, il faut être un loup." Il leur parle de leurs professeurs, dont il a amélioré notablement les conditions de vie et de travail pour qu'ils puissent faire "le plus beau métier du monde". A condition qu'ils appliquent le programme, commente Mina. Le ministère de la Culture ? "Une dépense inutile. Un guichet à subventions. Avec vos impôts. Pour des pièces de théâtres sans public, des films qui n'intéressent personne, et qui montrent des êtres humains, parfois du même sexe - et je n'ai rien contre les gens du même sexe qui s'aiment, j'en ai connu -, en train de "copuler". le mot n'est pas une insulte , ça vient du latin, vérifiez donc."p 407-408
Mina se sent salie par ces discours de haine dissimulée sous la bonne foi. Elle pourrait se lever, là, maintenant, et lui sortir dix affaires contrevenant à ses grands principes. Des foyers de migrants brûlés. Des professeurs destitués. Un journaliste disparu. Elle aimerait pouvoir se dresser et lire, à haute voix, quelques-unes de ses pages égyptiennes, pour faire savoir à tout le monde que celui qui plastronne sur la scène voulait se taper son mec sans oser se l'avouer...
p 408






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