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dimanche 26 juillet 2026

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT

     


        

    Ce que le jour doit à la nuit    

Yasmina Khadra


     Auteur :    Yasmina Khadra

Editions : Julliard / Pocket

Genre : Roman littéraire historique

Date de parution :  21 août 2008

437 pages

ISBN :  978-2-260-01758-5

Prix : 23 € 50 / 9 €






Quatrième de Couverture : 


Algérie, dans les années 1930.
Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l'espoir. Le feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père. Et de pleurs, la vie de Younes ne manquera pas. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l'Oranais, le jeune garçon s'intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles, françaises, juives : "les doigts de la fourche ", comme on les appelle.
Et le bonheur s'appelle Emilie, une "princesse" que les jeunes gens se disputent. Alors que l'Algérie coloniale vit ses derniers feux, dans un déchaînement de violences, de déchirures et de trahisons, les amitiés se disloquent, s'entrechoquent. Femme ou pays, l'homme ne peut jamais oublier un amour d'enfance...






Ce roman est de ceux qui donne une impression étrange, comme de la nostalgie, lorsqu'on le referme. Le sentiment d'avoir écouter le récit d'une bande de copains, sans doute parce que l'histoire est inspirée de faits réels et d'une époque aussi folle que douloureuse.

Nous sommes en Algérie des années 30 à 60 avec les tensions que l'on connait. D'un côté la colonisation européenne qui amène avec elle les progrès et une culture différente, et de l'autre les indépendantistes qui mèneront le pays vers la guerre d'indépendance à partir de 1954.

Dans cette période de dissensions nous suivons l'évolution de Younès, jeune algérien dont la famille est brisée par la ruine de son père, et qui se voit confié à son oncle, Mohammed, pharmacien à Oran marié à une professeure de piano "pied-noire". Dès lors, la vie de Younès nommé désormais Jonas va être bouleversée par de profonds changements. Il va rencontrer Simon, Jean-Christophe et Fabrice avec qui il va grandir, vieillir. Il fera également la connaissance d'une femme plus âgée, avant de retrouver, quelques années plus tard, sa fille Émilie, une amie d'enfance...

J'essaie de ne pas trop en dire. 

L'histoire est intense, l'écriture de Yasmina Khadra nous emporte. L'Algérie change sous les yeux de Jonas. Les tensions montent. Les humiliations, les injustices, les rancœurs s'accumulent. On sent la violence approcher bien avant qu'elle n'explose. Yasmina Khadra ne raconte pas seulement des événements historiques. Il montre comment un climat finit par transformer les gens. Des voisins deviennent des ennemis. Des amitiés se fissurent. Des familles éclatent.


Le cœur de Younès/Jonas est pris entre deux feux à l'image de ses deux identités. Déjà meurtri par son histoire d'amour, il est tiraillé, par une époque qu'il lui demande sans cesse de choisir. C'est peut-être ce qui m'a le plus touchée. Il ne cherche pas la confrontation, il essaie simplement de préserver les liens qui l'unissent aux uns et aux autres, alors que tout autour de lui pousse à la rupture. 

Il n'y a pas de héros, et c'est sans doute là la force du récit, car Yasmina Khadra ne distribue ni les bons ni les mauvais rôles. Il décrit des personnages profondément humains, capables du meilleur comme du pire, quel que soit le camp auquel ils appartiennent. On ne sent jamais un jugement de sa part. Seulement une volonté de transmettre une mémoire, de faire ressentir ce que cette époque a pu avoir de beau, de tragique et d'irrémédiable.



https://pasionlivres.blogspot.com

CITATIONS 

Le fait de se réveiller le matin relevait du miracle, et la nuit, lorsqu’on s’apprêtait à dormir, on se demandait s’ il n’était pas raisonnable de fermer les yeux pour de bon, convaincus d’avoir fait le tour des choses et qu’elles ne valaient pas la peine que l’on s’attardât dessus. Les jours se ressemblaient désespérément ; ils n’apportaient jamais rien, ne faisaient, en partant, que nous déposséder de nos rares illusions qui pendouillaient au bout de notre nez, semblables aux carottes qui font avancer les baudets.

En ces années 1930, la misère et les épidémies décimaient les familles et le cheptel avec une incroyable perversité, contraignant les rescapés à l’exode, sinon à la clochardisation. Nos rares parents ne donnaient plus signe de vie. Quant aux loques qui se silhouettaient au loin, nous étions certains qu’elles ne faisaient que passer en coup de vent, le sentier qui traînait ses ornières jusqu’à notre gourbi était en passe de s’effacer. 

p12

 

Par moments, il m’effrayait, en particulier depuis qu’il avait déclaré à mon oncle, sur un ton détaché, qu’il était athée. À l’époque, je ne pensais pas que ce genre de personnes existait. Il n’y avait que des croyants autour de moi ; mon oncle était musulman, Germaine catholique, nos voisins juifs ou chrétiens. À l’école comme dans le quartier, Dieu était sur toutes les langues et dans tous les cœurs, et j’étais étonné de voir Jérôme se débrouiller sans Lui. Je l’avais entendu dire à un évangéliste venu porter la bonne parole : « Chaque homme est son propre dieu. C'est en s'en choisissant un autre qu'il se renie et devient aveugle et injuste ». L’évangéliste l’avait toisé comme s’il était Satan en personne. 

p.110


Ressaisis-toi, bonhomme. Il n’y a qu’un seul Dieu sur terre et c’est toi. Si le monde ne te convient pas, réinventes-en toi un autre, et ne laisse aucun chagrin te faire descendre de ton nuage. La vie sourit toujours à celui qui sait lui rendre sa monnaie de sa pièce.

p.304






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