MONONOKE
Histoires de fantômes japonais
Auteur : yakumo Koisumi (Lafcadio Hearn)
Editions : YNNIS
Illustration de couverture : Sébastien Rost
traduit de l'anglais par Alex Nikolavitch
Genre : Fables et légendes du Japon
Date de parution : 30 avril 2025
208 pages
ISBN : 978-2-37697-373-7
Prix : 13 € 90
Quatrième de Couverture :
Qu’ils se trouvent au détour d’un chemin de forêt, en pleine rue ou au milieu d’une chambre à coucher, les fantômes et autres esprits japonais rôdent alentour… Le récit glaçant de la mystérieuse femme des neiges, l’histoire d’un valeureux samouraï, le secret bien caché d’une défunte, sans oublier les yokai qui veillent…
Au début du XXe siècle, Yakumo Koizumi a été le premier à avoir rassemblé les mythes fondateurs de l’archipel nippon dans un recueil aussi fascinant que singulier. (Re)découvrez dans une toute nouvelle traduction ces contes intemporels qui ont inspiré nombre d’artistes contemporains, du cinéma à la littérature, et qui influencent encore la pop culture japonaise.
"Par ailleurs, dans les croyances japonaises, un papillon peut également être l'esprit d'un mort. Il est de coutume pour les âmes de prendre cette forme pour annoncer leur départ final du corps. Pour cette raison, tout papillon qui entre dans une maison doit y être traité avec douceur."
À n'en pas douter, c'est la couverture qui m'a attirée vers lui lors d'une visite dans une très jolie petite librairie de Rouen spécialisée dans le fantastique et autres choses du genre. Ensuite, la quatrième de couverture a fini le travail : j'étais conquise et le livre est presque arrivé avant moi à la caisse.
Il s'agit de petites histoires que l'auteur a glanées dans la culture japonaise. Il est beaucoup question de traditions, comme on pourrait s'y attendre, mais aussi et surtout de croyances. Ici, un musicien aveugle se retrouve à jouer devant tout un clan de défunts ; là, une fiancée promet de revenir après sa mort ; ailleurs, un prêtre veille sur une morte et emporte son secret...
Des histoires surprenantes, comme celles que l'on se transmet de génération en génération comme un passeur d'âmes...
Rien que le ciel et la mer, dans leur énormité d'azur... Devant, les rides de l'eau accrochent une lumière argentée, qui déposent des tourbillons d'écume. (...)
Pour parler de ce livre, il faut aussi que je vous parle de son auteur, Yakumo Koizumi, plus connu sous son nom de naissance : Lafcadio Hearn. Et son parcours est assez surprenant et tout aussi passionnant que ce qu'il écrit.
Lafcadio Hearn est né sur l'île de Leucade, en Grèce, en 1850, d'un père irlandais et d'une mère grecque. Son enfance est assez chaotique et il sera finalement élevé à Dublin par sa tante. Je passerai sur tous les détails de cette période, outre le fait qu'il perd un œil à l'âge de 16 ans. Car, qui sait si ce n'est pas à partir de là qu'il s'est forgé ce caractère d'aventurier...
"La compétence de la fourmi ne ressemble pas à celle de l'homme. Elle se consacre au bien de l'espèce plutôt qu'à celui de l'individu. Ce dernier est sacrifié ou spécialisé au bénéfice de la communauté."
À 19 ans, le jeune homme part à la découverte du monde et émigre aux États-Unis. Il commence par New York puis Cincinnati, où il exerce différents petits boulots avant de devenir journaliste. Mine de rien, il commence déjà à s'intéresser à la culture japonaise.
En 1874, il épouse secrètement une femme métisse, alors que les mariages mixtes sont encore illégaux dans l'Ohio. Pour le coup il sera renvoyé de son travail.
En 1877, il part pour la Louisiane, où il découvre la culture créole et publie plusieurs ouvrages.
Puis vient la Martinique, où il séjourne pendant deux ans. Là encore, il publie et s'intéresse énormément à la culture locale, aux traditions et aux récits populaires, mais aussi à la révolte des esclaves. De cette période naîtront notamment "Deux ans dans les Antilles françaises" et "Youma".
En 1890, Lafcadio Hearn se rend au Japon en tant que journaliste. Il abandonne rapidement ce métier pour devenir professeur. En 1891, il épouse la fille d'un samouraï déchu, et s'intègre progressivement à la société japonaise. Il prendra finalement la nationalité japonaise et le nom de Koizumi Yakumo.
Et là encore, il y aurait beaucoup à raconter. Il découvre notamment le jūjutsu et le judo auprès de Jigorō Kanō et contribue à faire connaître cette discipline et sa philosophie en Occident. Il traduit également de nombreux auteurs français, parmi lesquels Maupassant, Gautier, Flaubert, Zola ou encore Anatole France.
Tout cela pour dire que cet auteur m'a tout l'air d'être un passionné. Un homme qui a consacré une bonne partie de sa vie à franchir les frontières, à casser les codes et surtout à aller vers ce qui l'intriguait, ce qui l'émerveillait, ce qu'il avait envie de comprendre et de transmettre.
C'est exactement ce que j'ai ressenti en lisant ces petites histoires de la culture japonaise.
Il pioche ça et là dans les traditions et les croyances, raconte, explique, donne parfois son avis, transmet. Il va même jusqu'à peaufiner certaines histoires lorsque le récit d'origine ne lui semble pas suffisamment abouti. Il s'adresse au lecteur, donne des détails, partage ses impressions.
Et c'est probablement ce qui m'a le plus plu.
J'ai eu l'impression d'être face à lui, de l'écouter raconter ces petites histoires, avec cette passion communicative. Un peu comme une enfant buvant les paroles de quelqu'un qui aurait énormément voyagé et qui aurait mille choses à raconter.
Et puis Yakumo Koizumi termine sur un sujet qui a tout l'air de le passionner : les fourmis. Et il part alors dans un raisonnement aussi passionné que passionnant, qui m'a finalement donné encore davantage envie de découvrir l'homme derrière l'auteur.
Je pense donc revenir sur cet écrivain au parcours décidément atypique...
L'implication évidente, selon laquelle tout état dans lequel l'avancement de l'individu est sacrifié au bien collectif laisse à désirer, est sans doute correcte, d'un point de vue purement humain. L'homme n'a pas encore évolué jusqu'à la perfection, et la société humaine a beaucoup à gagner de son individualisation croissante.
https://pasionlivres.blogspot.com/





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