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mercredi 28 octobre 2026

LAKOTA

  




LAKOTA

Caryl Férey



AUTEUR  :  Caryl Férey

EDITEUR :  Gallimard (site)

GENRE :  Thriller

Date de parution :  13 août 2026

EAN/ISBN : 978-2-07-314999-2

NBRE DE PAGES :  432



Quatrième de couverture : 

Le cadavre de Jake Crow Dog est repêché dans le Mississippi. La police de Minneapolis, qui ne fait pas grand cas de la mort d’un Indien, classe le dossier. Mais pour ses enfants, Winona et Duane, il ne fait aucun doute qu’il n’est pas tombé à l’eau tout seul.

En remontant la piste de leur père jusque dans les réserves lakota, où ils n'ont jamais mis les pieds, c’est leur histoire et celle des Indiens des plaines qu’ils vont découvrir. Et leur enquête va prendre des proportions insoupçonnées.

S’ils savent que l’Histoire se répète, cette fois-ci Winona et Duane vont tout faire pour la changer. Quitte à demander de l’aide à un allié de choix : Wakan Tanka…


Avis : 

Si l'on reproche souvent à Caryl Férey ses scènes de violence excessives, son style trop appuyé, ses personnages parfois caricaturaux, ses engagements politiques et sociaux ou encore une sensualité maladroite, eh bien, dans ce roman, tout prend son sens ! Car, sans nul doute, ce roman n'aurait pas la même portée sans toutes ces « qualités » qui lui sont parfois reprochées...

Une sœur et son frère apprennent le décès de leur père, un homme qu'ils ont toujours redouté pour sa violence et ses beuveries. Mais des doutes sur les circonstances de sa mort vont les conduire à enquêter sur les terres de leurs ancêtres… Une quête qui va leur permettre de retrouver leurs racines et de découvrir des réponses bien plus profondes que celles qu'ils recherchaient…

Des scènes de violence ? Oui, forcément, puisque l'auteur parle d'un génocide, de la destruction d'un peuple et de son éviction de ses terres, pour permettre à un autre de s'approprier ses richesses.

Un style trop appuyé ? Comment pourrait-il en être autrement ? Les peuples autochtones sont porteurs d'histoires et de légendes transmises au fil des générations. La nature et les animaux occupent une place essentielle dans leur rapport au monde.

Des personnages trop caricaturaux ? Ma foi, peut-être est-ce inévitable lorsqu'on évoque de grands chefs sioux, des nations amérindiennes, et plus encore lorsqu'on met en scène des suprémacistes. Les uns incarnent une histoire, une culture et une résistance ; les autres, une idéologie fondée sur la domination et le sentiment de supériorité.

Les engagements politiques, Caryl Férey en fait son cheval de bataille ! Là encore, un roman sans cause à défendre semble difficilement envisageable pour cet auteur, encore moins lorsqu'il s'agit de dénoncer des injustices d'une telle ampleur. Il ne peut pas, et surtout ne veut pas, fermer les yeux. Il s'emploie au contraire à ouvrir ceux du monde. N'est-ce pas là une forme de noblesse plutôt qu'un défaut ? D'autant qu'il s'appuie sur une documentation approfondie, jusque dans les détails, ainsi que sur des témoignages.

Pour ce qui est d'une sensualité maladroite, je dirais qu'à l'heure actuelle, il devient très difficile pour un auteur, qui plus est un homme, de décrire des gestes ou des pensées liés à l'amour, à ses pulsions et à ses élans sans risquer de susciter des critiques : trop viril ou pas assez, machiste ou féministe, trop érotique ou trop pudique… L'Homme n'est-il pas, de surcroît, un éternel insatisfait ?

Ce que j'ai lu, ce n'est pas un simple thriller. C'est un roman qui s'empare d'un sujet qui ne relève pas d'une simple histoire à raconter, mais de faits historiques et de blessures encore vives. C'est un hommage à un peuple qu'une société convaincue de sa propre supériorité s'est employée à exterminer, dans le but de s'approprier les terres sur lesquelles il vivait et d'imposer sa domination.

L'auteur écrit avec une véritable puissance émotionnelle et une volonté farouche de dénoncer les injustices faites à ce peuple. Le lecteur ne peut y rester indifférent. J'ai particulièrement apprécié la sensibilité des personnages, tout autant que leur force.



Citations : 

Les bisons étaient soixante millions à migrer tous les ans, si nombreux qu'on aménageait les forêts pour qu'ils atteignent les plaines. Une forme d'élevage qu'ont jamais compris les colons. Vers 1870, le gouvernement a décidé de massacrer les bisons d'Amérique, car ça coûtait moins cher que faire la guerre aux Indiens, pour qu'ils crèvent de faim sous des tipis rapiécés, comme leurs vêtements, vu que tout venait du bison. Quatre millions d'animaux tués en deux ans. L'air dans les plaines empestait tellement que les nuées de mouches noircissaient le ciel et empêchaient tout campement. À la fin du massacre, il restait plus que quelques milliers de bisons.

p. 118



La prison de Rapid City est composée à quatre-vingt-dix pour cent d'Indiens, dont une dizaine d'activistes de NDN. Comme tous les vendredis, les activistes Makita viennent les soutenir.

p. 105



Quand on veut abattre le bétail, on le rassemble dans un corral, et alors on le tue. On a fait pareil avec les Indiens. Au sabre ou à petits feux, en déplaçant les survivants dans les prisons à ciel ouvert des reservations. On est devenu des clandestins sur nos propres terres.



















jeudi 22 octobre 2026

101 PORTUGAIS QUI ONT FAIT L'HISTOIRE - tome 1

         

   





   source : éditions Mas Rouge

    101 portugais qui ont fait l'histoire    

Des origines à l'âge des découvertes - tome 1
Antonio Manuel Da Silva Cosme


     Auteur :    Antonio Manuel Da Silva Cosme

Editions : Mas Rouge instagram

Genre : Littérature portugaise, histoire

Date de parution :  2026

238 pages

ISBN : 979-10-985316-1-3

Prix : 21 € 50 




Quatrième de Couverture : 


Tome 1
Des origines à l'âge des découvertes

Du courage des Lusitaniens face à Rome aux exploits des navigateurs qui ouvrirent de nouvelles routes maritimes, le Portugal a su, au fil des siècles, écrire une épopée unique.

De Viriato à Vasco da Gama, de D. Afonso Henriques à Henri le Navigateur, de Nuno Alvares Pereira à Pedro Alvares Cabral ; ce premier tome retrace le destin de 50 figures exceptionnelles : rois visionnaires, conquérants, explorateurs, savants, bâtisseurs et femmes et hommes de foi.

30 destins, 50 chapitres pour comprendre comment un petit royaume est devenu à l'origine d'un empire maritime et d'une histoire qui a marqué le monde. 

  • Des récits vivants et documentés sur les grandes figures du Portugal médiéval et de l'âge des découvertes.
  • Anecdotes, repères historiques et encadrés "le saviez-vous ?" pour enrichir votre lecture.
  • Un voyage passionnant aux origines du Portugal et de son expansion à travers le monde.

"Ceux qui ont fait l'Histoire ne sont pas seulement ceux qui ont gagné des batailles,
mais ceux qui ont ouvert des chemins là où il n'y en avait pas."



Notre passionné de l'histoire du Portugal nous offre de nouveau un livre de qualité. Antonio Manuel Da Silva Cosme va toujours à l'essentiel, mais avec davantage de détails et d'expérience dans ce deuxième opus.


L'idée n'est pas de balancer au hasard les noms les plus célèbres de l'histoire portugaise. L'auteur a fait un travail de Titan en récoltant les informations et les dates les plus importantes, les plus passionnantes et parfois les plus ignorées de l'Histoire du Portugal.


Par ailleurs, ce livre s'est épaissi par rapport à son prédécesseur et s'est enrichi d'anecdotes, de repères et d'illustrations qui viennent compléter cette plongée dans le passé.


Il participe, avec sa passion, à faire connaître son pays et à montrer comment un si petit territoire situé à l'extrémité occidentale de l'Europe, dont les terres ont pourtant été traversées par les Phéniciens, les Romains, les Wisigoths et les Maures, a pu tirer son épingle du jeu et marquer l'histoire du monde.


Du berger qui défia Rome vers 180 avant Jésus-Christ à la fin de vie du regretté poète Luís de Camões en 1580, Antonio Manuel Da Silva Cosme nous entraîne dans un tourbillon historique à travers ce premier tome, et nous en promet davantage pour le second.


C'est aussi le genre de livre que l'on peut garder sur sa table de nuit, sur un bureau ou dans un coin du salon, et ouvrir régulièrement au gré de ses envies. Quelques pages, une date, un personnage, une anecdote… On apprend un petit morceau de l'histoire du Portugal sans nécessairement avoir besoin de suivre un ordre précis. Et c'est bien là tout l'intérêt de ce format : on peut le lire d'une traite, mais aussi y revenir régulièrement, au hasard des pages, pour continuer à découvrir ce pays et ceux qui ont contribué à écrire son histoire.


101 Portugais pour raconter le Portugal


101 portes ouvertes sur un pays dont l'Histoire est infiniment plus grande que sa taille sur une carte.


https://pasionlivres.blogspot.com/








mercredi 21 octobre 2026

AU NOM DES ARBRES

  


Source : https://actes-sud.fr


Au nom des arbres

Laurent Gaudé



AUTEUR  :  Laurent Gaudé

EDITEUR :  Actes Sud (site)

GENRE :  Littérature française / Théâtre

Date de parution : 7 octobre 2026

EAN/ISBN : 978-2-330-22785-2

NBRE DE PAGES : 50



Quatrième de couverture : 

Et si, dans un futur proche, ceux qui auront vu disparaître les forêts, mourir les fleuves et brûler les paysages décidaient de répondre à la catastrophe par la violence ?
Deux militants écologistes retiennent en otage le dirigeant d’une entreprise polluante. Mais ce qui devait être une action isolée révèle peu à peu un projet d’une plus grande ampleur. Partout dans le monde, des femmes et des hommes s’apprêtent à tuer ou à mourir pour leurs idées.
Dans cette pièce tout à la fois thriller politique, tragédie contemporaine et fable écologique, Laurent Gaudé interroge, dans la lignée des "Justes" d’Albert Camus, les limites morales de la lutte armée. Jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause juste ?



Avis : 

Court mais efficace !

C'est sous forme de pièce de théâtre que se présente l'histoire, à huis clos, avec trois personnages : Mila, Gaspek et « l'homme en sursis ».

Mila et Gaspek, deux jeunes activistes écologiques, retiennent en otage l'homme en sursis, qui s'avère être le président du conseil d'administration de CPS.

Forcément, en cinquante pages, je ne vais pas trop en dire, si ce n'est que nous sommes face à un cas d'écoterrorisme. Et c'est là toute la subtilité de cette histoire...

Où peut mener une cause écologique que l'on sait juste, sachant que l'on court vers un cataclysme inévitable, déjà bien entamé, et que personne n'écoute ni ne prend au sérieux ? Jusqu'à en arriver au terrorisme ?

Trois voix se font entendre. Une voix plutôt radicale, qu'on ne peut plus dévier de sa route. Une voix plus mesurée, déterminée dans ses idées, mais qui garde une certaine mesure dans sa position. Deux personnages portent la douleur d'un monde qui se dégrade, mais ne se situent pas exactement au même endroit dans leur engagement, tandis que le troisième défend le progrès et l'évolution.

Si court, et pourtant ! Laurent Gaudé aborde bien des aspects : des polluants éternels à l'assèchement des terres, de la communication chez les animaux à l'intelligence de la nature...

Sans fioritures, l'auteur va à l'essentiel, avec cette sensibilité et cette empathie que je reconnais dans chacun de ses romans. Et c'est toujours avec beaucoup de plaisir, mêlé d'un véritable intérêt pour les sujets qu'il aborde, que je dévore ses écrits.


Citations : 

(...) Ça a commencé comme ça. Le jour où on a dit : "on s'en fout, on verra plus tard. C'est pas propre mais c'est utile et demain, on arrivera à être propre et utile." L'égoïsme générationnel. On ne sera plus là pour le voir alors ça fait moins mal, c'est moins criminel. On ne sait pas quoi en faire. Ce n'est pas grave. On laisse. On enfouit. Démerdez-vous. On pourrit les sols avec des substances qu'on ne maîtrise pas. Ça, ça s'appelle cracher sur demain. (...)

p. 27

(...) Et même si lui aussi est d'origine française, il sera envoyé là-bas pour être traité et revenir. C'est cela qu'on a fait : un ordre mondial économique qui se joue des évidences. Qui segmente le marché, c'est souhaitable. C'est ça qu'on a fait. Faire faire des milliers de kilomètres à ce que nous mangeons. En dépit de tout ce que produisent ces transports. Si cela ne rentre pas dans la case des coûts, c'est que ça n'a pas de prix. C'est cela qu'on a fait. Croire que nous y gagnons lorsqu'on fait des bénéfices. Sans jamais mesurer ce que nous perdons. Et des empires se sont construits ainsi, des empires qui règnent dans ces petits interstices invisibles, logés dans le quotidien de nos assiettes et qui brassent des cargos, des usines, des centaines d'ouvriers en combinaisons blanches et aux gestes sûrs et mécaniques. Sans que nous ne les voyons jamais.

p.15




mardi 20 octobre 2026

JOURNAL D'UNE WEDDING PLANNER

  



Journal d'une Wedding Planner

Sophie Jomain



AUTEURE  :  Sophie Jomain

EDITEUR :  Charleston (site)

GENRE :  Littérature française / Comédie

Date de parution :  5 mai 2026

EAN/ISBN :   978-2-38529-549-3

NBRE DE PAGES :  



Quatrième de couverture : 

Zélie Aumont, wedding planner, à votre service

J’exerce dans la charmante petite ville de Honfleur, en Normandie, et je suis née avec un don particulier : je peux sentir si deux personnes sont faites l’une pour l’autre. Mon odorat est infaillible... Enfin, presque !

Mon agence a perdu un gros contrat, et je dois me résoudre à organiser le mariage de Joséphine, l’un de mes pires cauchemars de lycée. Si j’ai tout de suite compris qu'elle et son futur mari n'ont rien en commun, j’hésite à lui dire la vérité. Surtout que Félix, l'un des témoins, me tient particulièrement à l’œil. D’ailleurs, je me demande bien pourquoi je n’arrive pas à le sentir, lui...

Bref, autant me faire une raison : ce mariage s’annonce définitivement comme le plus chaotique de ma carrière !


Avis : 

Je risque de ne plus être crédible à force de répéter que je ne suis pas très roman romantique… Certes, pour ma défense, c’est ma fille qui me l’a prêté en me disant que si je ne le lisais pas, elle ne reviendrait plus à la maison ! Ne lui dites pas que je vous l’ai dit, bien sûr… Chuuut !

Sophie Jomain est toujours innovante dans sa conception du livre. *Un cœur pour Noël* est le premier roman de l’Avent de ce genre, dans lequel, vous l’aurez compris, il faut ouvrir un chapitre par jour pour découvrir l’histoire.

Ici, l’idée est différente. Zélie, l’héroïne, a un don pour sentir les choses, au sens figuré, mais surtout au sens propre, car elle possède un odorat hyperdéveloppé. Chaque personne dégage une odeur particulière pour elle et, généralement, cette odeur correspond à sa personnalité. Pourtant, une personne garde son mystère olfactif…

Je vous dirai qu’en ce qui me concerne, étant anosmique, ce concept ne m’a pas été d’une grande utilité ! Mais si cette lecture vous tente, sachez que des empreintes olfactives ont été déposées grâce à une encre spéciale, histoire d’impliquer les lecteurs dans cette expérience sensorielle.

Bon ! Vous vous demandez peut-être qui est Zélie ? Eh bien, c’est une wedding planner. Elle dirige son entreprise avec Tim. Sa sœur a eu la bonne idée de lui demander de s’occuper en urgence du mariage de son ancienne meilleure ennemie… Autant vous dire qu’elle va devoir prendre sur elle pour ne pas se mêler de ce qui dépasse ses compétences dans l’organisation de ce mariage !

Un roman bien agréable à lire, avec des moments qui vous font dresser les cheveux sur la tête et d’autres où vous aurez du mal à ne serait-ce que sourire…

C’est décidé, Noël ne se fera pas sans Sophie Jomain !





vendredi 16 octobre 2026

UN JUIF, UN CHRETIEN, UN MUSULMAN : Fraternels ou fratricides ?

  


Source : https://www.albin-michel.fr


Un juif, un chrétien, un musulman :

Fraternels ou fratricides ?



AUTEUR  :  E. E. Schmitt, P. Assouline, A.Bibar

EDITEUR :  Albin Michel (site)

GENRE :  Société, actualités

Date de sortie : 23 septembre 2026

EAN/ISBN :  978-2-226-51575-9

NBRE DE PAGES :  128


Quatrième de couverture : 

Peut-on encore se parler quand tout semble nous séparer ?

Au printemps 2025, Éric-Emmanuel Schmitt, Pierre Assouline et Abdennour Bidar ont choisi de s’écrire. Trois voix, trois traditions, une même question : que reste-t-il de la fraternité entre juifs, chrétiens et musulmans ?

À l’heure des crispations identitaires, cette correspondance rappelle une évidence fragile : on ne naît pas ennemis, on le devient. Et si la fraternité pouvait renaître d’un geste devenu courageux, reprendre le dialogue ?


Avis : 

Il s'agit ici d'une correspondance entre trois hommes de trois religions différentes. Le but est d'échanger sur les croyances, la compréhension et la manière dont les hommes pensent Dieu.

Les trois hommes s'interrogent sur ce qui rapproche et divise les hommes à travers ces trois grandes religions, et sur la manière dont ces croyances, qui prônent pourtant l'amour, la paix et la fraternité, peuvent servir à justifier tant de haine et de violence.

Pierre Assouline souligne que ce qui les réunit tous les trois tient au fait qu'ils ne prennent pas les Saintes Écritures au pied de la lettre, étant davantage attachés à leur esprit qu'à une lecture littérale. L'objectif de leurs échanges est de déterminer ce que ces Écritures peuvent apporter, sans pour autant imposer une vérité, chercher à convaincre l'autre qu'il a tort ou défendre sa religion, mais plutôt en proposant un éclairage philosophique.

Le principal intérêt de cette correspondance, ce qui la rend intéressante, c'est de pouvoir échanger intelligemment et fraternellement tout en ayant des croyances différentes, sans forcément remettre en cause l'existence de Dieu.

Cependant, je n'ai pas perdu de vue, au fil de ma lecture, que ces livres sacrés, qui parlent au nom de Dieu, ont été écrits, traduits, transmis et interprétés par des hommes.

Certes, des femmes ont participé à la transmission, à l'enseignement et à la lecture des religions. Certaines en ont même contesté les autorités et défendu d'autres interprétations. Pourtant, ce sont essentiellement les hommes qui ont défini les règles, les interdits et les devoirs, et détenu le pouvoir de décision. Ce sont eux qui ont organisé les institutions religieuses et déterminé la place de chacun.

Et au nom de ces textes, ils ont très souvent considéré les femmes comme leurs inférieures, soumises à leur autorité, à leur jugement et à leur volonté. Des inégalités qui varient selon les religions et leurs interprétations, mais qui demeurent présentes dans chacune d'elles.

Comment peut-on croire qu'un Dieu juste et aimant puisse établir qu'une moitié de l'humanité a autorité sur l'autre ? Et pourquoi aurait-il donné aux femmes l'intelligence, la conscience et la capacité de réflexion pour leur demander ensuite de s'écraser face aux hommes ?

Lorsque, dans un certain nombre de pays musulmans rétrogrades, on cloître les femmes, on leur interdit de sortir, de travailler, de vivre librement, cela n'est rien moins qu'ignorance et trahison de cette figure de Khadija - la cheffe, la commerçante, la femme d'affaires, dirait-on aujourd'hui. Et quand ce même islam voue un culte à Muhammad, il occulte trop souvent, trop généralement, ce rôle de Khadija que je viens d'évoquer.

(p. 60) Abdennour Bidar

Alors, n'est-ce pas plutôt la volonté des hommes eux-mêmes, projetant sur Dieu leur propre vision de la société, leurs préjugés et leur besoin de conserver leur sacro-saint pouvoir ? Je n'ai pas la prétention d'avoir les réponses, mais je trouve difficile d'écarter ces questions sous prétexte que les textes sont sacrés. Esprit critique oblige !

Bien entendu, et cela me semblait inévitable, le sujet du fanatisme et de l'obscurantisme est évoqué.

D'ailleurs, je me suis demandé, durant ma lecture, ce qu'aurait donné une telle correspondance si l'un des interlocuteurs avait été un fanatique. Puis j'ai vite réalisé que cela aurait probablement été impossible, car nous aurions assisté à un dialogue de sourds.

Celui qui vient au Coran avec un coeur violent y trouvera de quoi nourrir sa violence - car oui, Pierre, tu as raison, il y a des versets iniques dans le Coran - et il fera du livre, du Al-Kitâb, un livre de guerre. Celui qui vient avec le cœur en paix lira les mêmes versets sans qu'ils éveillent en lui la moindre haine, et il refusera, par éthique, d'y reconnaître la moindre autorité - refusera d'en faire la justification d'une violence envers quiconque, juif, chrétien, ou tout autre être humain dont la vision du monde serait différente de la sienne.

(p. 31) Abdennour Bidar

Comment dialoguer avec quelqu'un qui ne reconnaît pas à l'autre le droit de penser librement ? Un véritable échange suppose que les interlocuteurs acceptent d'apprendre quelque chose et soient prêts à remettre en question leurs certitudes. Sans cela, aucun dialogue n'est possible. Les fanatiques considèrent leur vérité comme la seule possible, préférant imposer et appliquer plutôt que comprendre. Ils s'enferment dans une lecture rigide qui ne laisse plus de place au doute, à la réflexion personnelle ni aux autres croyances. Gare à celui qui ose penser autrement !

Le fanatique ne lit pas : il décrète. Il ne comprend pas : il répète. Il a volé à Dieu son autorité et le voilà qui parle en son nom, ou le fait parler à sa place. Le fanatique est un ventriloque de Dieu.

(p.99) Eric-Emmanuel Schmitt

Nos auteurs, eux, acceptent de réfléchir, de douter et de regarder leur propre religion avec recul et esprit critique, dont ils refusent de se départir. C'est ce qui rend cette correspondance intéressante. On ne nous demande pas de croire. Au contraire, tout nous invite à nous interroger, à réfléchir et à regarder nos propres certitudes et nos croyances avec un œil critique.

En somme, quelle que soit la religion, le dessein n'est pas d'avoir la certitude de détenir la vérité, ni d'obéir aveuglément à un texte, mais plutôt de conserver cette capacité à se questionner, à écouter, à douter, même et surtout, et à accepter que notre propre lecture ne soit pas la seule possible.

« On n'a jamais raison tout seul. »

Une lecture qui laisse songeur ou songeuse. Que ce soit sur les religions ou sur les hommes, leurs croyances, leurs contradictions et cette faculté de faire le bien comme le pire au nom de ce qu'ils croient juste.

**Fraternels ou fratricides ?** Il suffit d'écouter l'actualité pour comprendre que les deux sont toujours possibles.


Citations : 

Hélas, la culture religieuse de base dispensée dans les mosquées ou dans les familles - un Coran appris par cœur sans être compris, des règles répétées sans être interrogées - ne permet ni de s'ouvrir à ce cœur universel de l'islam, ni de comprendre son lien profond avec notre identité française. Cette convergence échappe autant aux musulmans qu'aux français, qui se représentent l'islam comme une culture foncièrement étrangère et hostile à nos valeurs. Faire reculer ces deux préjugés symétriques : tel est mon premier combat.

(o. 20) Abdennour Bidar


Alors que dire, sinon ceci ? Toutes trois ont accompagné le patriarcat plus qu'elles ne l'ont combattu. Elles l'ont parfois adouci, parfois justifié, parfois sanctifié. Ce qui m'indigne, c'est qu'elles aient perpétué un ordre injuste, et, de surcroît, l'aient revêtu des habits du sacré.

(p.52) Eric-Emmanuel Schmitt


Je me nourris depuis toujours de la Bible hébraïque mais, depuis l'âge d'homme, je m'épanouis dans un commerce permanent avec les Évangiles et le Coran. Car l'idée d'un livre unique me terrifie. Probablement une réaction d'écrivain, un réflexe professionnel. Et quoi ! On n'a jamais raison tout seul. Que sommes-nous sans ce colloque permanent que nous entretenons avec l'autre ? Fort de cette conviction, j'ai accepté avec joie ton invitation, cher Éric-Emmanuel.

(p.28) Pierre Assouline


D'où vient cette interprétation littérale ? D'un déficit de culture critique. La servitude volontaire que manifestent tant de fidèles à l'égard de leur livre de référence ne tient pas à leur foi, mais à leur formation. Elle pourrait être évitée par un entraînement intellectuel solide. L'instruction doit armer les individus contre la peur. Car là où s'installe la peur, s'installe la soumission. De quelle peur s'agit-il ? La peur de penser. Le littéralisme naît de cette peur du doute, de l'incertain, et, par-dessus tout, de la peur de la liberté.

(p.98) Eric-Emmanuel Schmitt


Ce qui fut progrès au VIIe siècle devînt, par la lente pression des habitudes et de la norme, un cadre difficile à dépasser. Là où le christianisme a enfermé par l'institution, l'islam a fixé par le droit. Deux manières de poser la même chaîne - l'une pèse sur les épaules, l'autre sur les poignets.

(p52) Eric-Emmanuel Schmitt


Disons-le tout net : aucun de nos monothéistes n'eut pour matrice l'égalité. Aucun.
Tous ont plongé leurs racines dans des sociétés où l'homme commande et la femme obéit, où la force précède la loi, où la voix qui domine est masculine. Rien d'étonnant, des lors, si nos religions ont hérité de ce déséquilibre comme on hérite d'une maison qu'on n'a pas bâtie : on s'y installe, on en change les meubles, mais les murs porteurs, on n'y touche pas. Voici toute la question : nos traditions ont-elles percé ces murs, ou les ont-elles consolidées ?

(p.50) Eric-Emmanuel Schmitt





vendredi 9 octobre 2026

IL NOUS RESTERA CA

  


source : https://www.fayard.fr


Il nous restera ça

Virginie Grimaldi



AUTEUR  :  Virginie GRIMALDI

EDITEUR :  Fayard (site)

GENRE :  Littérature française

EAN/ISBN :   9782213717081

NBRE DE PAGES :  396




Quatrième de couverture : 

À 33 ans, Iris trimballe sa vie dans une valise.

Théo, 18 ans, a peu de rêves, car ils en foutent partout quand ils se brisent. 

À 74 ans, Jeanne regarde son existence dans le rétroviseur. 

Rien ne les destinait à se rencontrer. 

Quand le hasard les réunit sous le même toit, ces trois êtres abîmés vont devoir apprendre à vivre ensemble. La jeune femme mystérieuse, le garçon gouailleur et la dame discrète se retrouvent malgré eux dans une colocation qui leur réserve bien des surprises.

C’est l’histoire de trois solitudes qui se percutent, de ces rencontres inattendues qui sonnent comme des évidences.



Avis : 

ATTENTION COUPS DE COEUR !!!

Trois personnages ! Trois cœurs cabossés !

Nous avons une jeune veuve de 74 ans qui se recueille chaque jour sur la tombe de son amour, parti trop tôt, trop soudainement. Puis une jeune femme de 33 ans, solitaire par choix ou par nécessité… Et enfin, un jeune homme de 18 ans, sans domicile fixe (ou mobile, si l'on considère qu'il vit dans sa voiture).

Différents thèmes sont abordés, comme le deuil, la maternité, l'abandon, la violence intrafamiliale, la précarité…

J'ai été happée dès la fin du prologue, certaine déjà que ce roman allait non seulement me tenir en haleine, mais également rester parmi ceux dont on se souvient.

Il faut dire que Virginie GRIMALDI a cette faculté de transcrire les sentiments comme si elle avait décortiqué le cerveau et le cœur de personnes réelles pour en extirper les émotions les plus intimes et les greffer sur ses personnages, leur donnant ainsi une telle intensité qu'il est impossible d'y rester indifférent.

Le don de trouver les mots justes, de mettre des mots sur les maux.

Le deuxième don de l'auteure est sans aucun doute cette facilité à nous faire passer du rire aux larmes. Son aptitude à manier l'humour et la peine est à la fois déconcertante et réjouissante. Comme une sorte d'infirmière des émotions, elle soigne les plaies du cœur, l'humour faisant office de pansement…

L'écriture est agréable, fluide, harmonieuse. On n'a pas envie de lâcher le bouquin avant de l'avoir fini. C'est même très frustrant d'être interrompu dans sa lecture ! On peut facilement s'identifier à l'un ou à plusieurs des personnages.

Vous vous demandez encore si j'ai aimé ce roman ? … La réponse est là ! C'est un roman fait de rencontres. Un roman qui fait du bien indiscutablement ! 




Citations : 

_ Oui, oui, sans doute, mais quand même, il ne faut pas attendre, à la première alerte, il faut partir. Je ne comprends pas ces femmes qui restent avec des hommes violents. Elles ont une part de respon...
Elle suspend sa phrase. Cette phrase que j’ai tellement entendue, depuis toujours. Dans ma propre bouche, parfois. Cette phrase qui inverse les rôles, qui atténue la responsabilité du voupable et charge la victime. Cette phrase qui laisse penser aux femmes battues qu’elles le mérient un peu, quand même, puisqu’elles ne partent pas.
Ma mère comprendra peut-être, maintenant que cette phrase concerne sa fille. Cat l’être humain est ainsi, malheureusement : il ne comprend vraiment les choses que lorsqu’il y est personnellement confronté.
La peur. L’amour. L’emprise. La culpabilité. Les enfants. La solitude. Le manque de moyens. Nulle part où aller. Il existe autant de raisons que de situations. Une victime n’est jamais responsable.

(p.335)


Qu'il disparaisse ou non, je ne me débarrasserai pas de lui si facilement. Même absent, il est présent. Son ombre planera encore longtemps sur moi. Je continuerai de me retourner dans la rue, de sursauter en entendant une voix, de le reconnaître dans une silhouette. Mais le temps est mon allié. Chaque jour, je m'éloigne de lui et me rapproche de moi.

(p. 334)


(...) J'ai peur. De lui, mais surtout de moi. Ma force se dissout à son contact. Mes résolutions se font la malle. Pendant trois ans, il m'a dépossédée de mes convictions, de mon libre arbitre. Il a tiré mes fils. J'étais un être télécommandé. Je suis terrorisée à l'idée qu'il puisse encore enfumer la réalité, me faire croire que mes certitudes sont fausses. Pendant trois ans, je l'ai cru plus que je me croyais moi. Face à lui, je ne suis plus sûre de m'être libérée de son emprise. (...)

(p.311)


Chaque attaque était suivie d'une consolation. Ce n'était pas méchant, c'était pour mon bien, il était désolé que ça me blesse, ce n'était pas le but. En réparant ce qu'il avait cassé, il devenait indispensable. Il était mon bourreau et mon sauveur. Le couteau et le pansement. Il n'a pas fallu longtemps pour que je croie plus en lui qu'en moi. Pour me persuader que, sans lui, je n'étais capable de rien. Que lui seul pouvait me comprendre. M'aimer. En trois ans, il a réussi à briser ce que j'avais mis trente ans à construire.

(p.274)


(...) Nádia m'a dit qu'elle savait que j'étais l'une des siennes. Je n'ai pas saisi tout de suite le sens de sa phrase, mais, plus tard, à la faveur d'un échange sur son passé, elle a précisé : "Il y a un lien invisible entre les femmes qui ont souffert. On se reconnaît."

(p.221)


- Je ne suis pas totalement sereine, je n'ai jamais partagé ma vie qu'avec toi. Victor m'a dit que ce serait une bonne chose, que je me sentirais moins seule. Je ne me sens pas seule, je me sens sans toi.

(p.73)


Je te cherche partout, mon amour. Dans les draps défaits, dans la vapeur de la douche, dans le miroir, dans le rideau qui bouge, je te cherche dans le regard de Boudine, dans le bruit des pas dans l'escalier, dans tes chemises pendues aux cintres. Je te cherche dans mes souvenirs, dans un programme télé, dans une chanson, dans une voix qui résonne, je te cherche dans le souffle du vent, dans le fracas des éclairs, dans la brûlure du soleil. Je te cherche dans ton flacon de parfum, dans ton tube de dentifrice entamé, dans ta liste de courses inachevée, dans le répondeur de ton téléphone, dans la vidéo de nos dernières vacances, dans les photos que je n'ai jamais classées. Je te cherche au coin des rues, aux passages piétons et dans les parcs, à l'ombre des arbres, aux terrasses des cafés, dans la file d'attente de l'épicerie, je te cherche quand le téléphone sonne, quand on frappe à la porte, quand j'ouvre la boîte aux lettres. Je te cherche à minuit trois, à sept heures trente-quatre, à midi, à dix-sept heures dix-sept, à vingt et une heures six. Je te cherche dans mon dos, dans mon cou, sous mes mains, contre mon ventre. Je te cherche partout et je ne te trouve pas. Je t'ai perdu, mon amour.

(p.72)


Depuis trois mois, Jeanne détissait, maille après maille, les habitudes. Le pluriel était devenu singulier. C'était le même décor, les mêmes heures, pourtant tout sonnait creux. Même la mélancolie avait disparu, comme si toute sa vie avait été un entraînement au deuil qu'elle affrontait. Elle était désensibilisée.

(p.24)


(...) Ses parents l'avaient élevée dans le respect d'autrui, fût-ce au détriment du respect de soi-même. Sans compter son excès d'empathie, qui confinait parfois à l'abstraction de ses propres émotions. Rares étaient les occasions où elle avait fait valoir ses envies, et, chaque fois, un intense sentiment de culpabilité l'avait rattrapée. 

(p.152)





dimanche 4 octobre 2026

NUIT BLANCHE POUR UN CONCERTO

  




Nuit blanche pour un concerto

Michel Méar



AUTEUR  :  Michel Méar

EDITEUR :  Zinédi

GENRE :  Littérature historique

EAN/ISBN :  978-2-84859-286-2

NBRE DE PAGES :  120



Quatrième de couverture : 

Mademoiselle Eva Goldstein était jeune, musicienne, virtuose… Son instrument : le plus beau violon du monde… Ils étaient prêts à illuminer les âmes et les cœurs grâce aux œuvres sublimes de Messieurs Mendelssohn, Mozart, Tchaïkovski. Des hommes en décidèrent autrement, ils coulèrent sur la civilisation une chape d’obscurantisme barbare.

Aujourd’hui, encore, l’équilibre est précaire, de la lumière ou des ténèbres, qui l’emportera ? Pour que la première triomphe, nous devons rester vigilants ! Sinon, l’histoire se répétera et Mozart n’aurait servi à rien !



Avis : 

L'histoire commence innocemment à notre époque, par une simple soirée de deux enfants chez leurs grands-parents. Pas de wifi, pas d'internet ! Autant vous dire que c'est la catastrophe et qu'ils s'ennuient ferme ! C'est trop nul chez Papi-Mami, hein !

Mais personne n'arrive à dormir. Les grands-parents pensent pouvoir observer tranquillement les étoiles quand arrive la marmaille...

Contre toute attente, les enfants écoutent, interrogent sur les personnes qui apparaissent sur les photos. On apprend que la mère de leur grand-mère était soliste de violon. D'ailleurs, grand-mère l'était aussi. S'ensuit alors un petit concerto privé sur un magnifique violon, puis le récit de l'histoire de la famille...

Ce petit roman d'à peine 120 pages est avant tout une histoire de transmission. Celle d'une famille qui passe de génération en génération au travers de l'histoire d'un violon et de son fabricant.

Cette histoire nous emmène pendant la Seconde Guerre mondiale, à travers la situation d'une jeune femme juive, soliste de violon, durant cette période historique. Il est beaucoup question d'amour de la musique, bien sûr, mais pas seulement...

D'une écriture très fluide et efficace, l'auteur, Michel Méar, transmet sa passion de la musique à travers cette histoire. le récit, écrit simplement, pourrait plaire à de jeunes adultes qui aiment l'histoire et la musique, avec ce violon comme objet qui traverse les générations et devient presque le véritable personnage du roman.

N'étant pas une inconditionnelle de cette période historique, je me suis pourtant laissée charmer par ce récit, qui se lit facilement et qui nous rappelle aussi combien la transmission peut être importante.



vendredi 2 octobre 2026

LE DERNIER SANCTUAIRE

  

source : Calmann Levy

LE DERNIER SANCTUAIRE

Josiane Balasko



AUTEUR  :  JOSIANE BALASKO

EDITEUR :  Calmann Levy (site)

DATE DE PARUTION :  03 juin 2026

GENRE :  roman dystopique 

EAN/ISBN : 978-2-7021-9542-0

NBRE DE PAGES : 370



Quatrième de couverture : 

Au coeur de ces montagnes sauvages se joue le plus important des combats

On les appelle les Protecteurs. Ils sont onze, sept hommes, trois femmes et un adolescent, les seuls à résister encore contre un monde qui a fait de la nature un terrain de chasse pour milliardaires en quête de trophées.
Cachés dans une ancienne mine au milieu des montagnes, traqués de toutes parts, ils se battent pour sauver les derniers animaux sauvages.
Jusqu’à ce jour d’hiver où deux femmes surgissent dans leur refuge.
Tomassa, une vieille Indienne aveugle, mais d’une lucidité troublante.
Lucie, une jeune héritière fantasque… pas si écervelée qu’elle en a l’air.
Leur arrivée va bouleverser l’équilibre fragile des Protecteurs.
Car sans le savoir, Lucie et Tomassa portent en elles à la fois le danger… et l’espoir.

Un pur roman de résistance et d'espoir, une grande bouffée d’optimisme


Avis : 

Le roman de Josiane Balasko est une belle surprise pour moi. 

Je ne connaissais pas du tout son talent d'auteure, mais appréciant déjà ses talents d'actrices, autant dans ses rôles comiques que dans les drames et films sombres comme "Cette femme-là", je me devais de découvrir son roman. 

Le roman "Le dernier sanctuaire" est une histoire profondément humaine et de résistance de bien des façons. 

 Une place importante est dédiée aux femmes. Des battantes. De redoutables femmes prêtes à tout pour sauver ceux auxquels elles tiennent. 

Celle qui marque le plus est sans aucun doute Tomassa, une vieille amérindienne aveugle très surprenante. Son handicap devient presque une force, tant elle fait preuve de courage et de détermination. Ensuite il y a Lucie une jeune fille qui découvre l'envers du décor, Lavinia ancienne prostituée, Dora une dominatrice... Toutes sont prêtes à tout donner... 

L'auteure met également en lumière le cœur d'une mère. Jusqu'où est-elle capable d'aller par amour pour son enfant et par vengeance de ce qu'on lui a retiré de force. 

Bien sûr, l'histoire compte quelques hommes également ! Des hommes de caractère, qui luttent pour sauvegarder la nature et leurs valeurs. Et puis il y a les autres, ceux qui détruisent tous tant qu'il y a du fric à se faire et du pouvoir à prendre... (pas si dystopique que ça en vrai).

L'autre visage féminin fort de ce roman est sans aucun doute LA NATURE. 

Elle est partout ! Un personnage, si ce n'est le personnage le plus important de ce roman. Mis en valeur, non pas comme un simple décor, mais comme un objet de lutte et de convoitise avec d'un côté ceux qui consacrent leur vie à la protéger, qui sauvent les graines saines et naturelles, les animaux, l'environnement, la présence de tribus amérindiennes faisant foi : qui mieux qu'elles connaissent la préciosité de notre mère la Terre ?

Et de l'autre côté ceux qui la détruiraient pour s'enrichir toujours plus (Et là encore, difficile de ne pas se dire que cette dystopie n'est finalement pas si éloignée de certaines dérives bien réelles… Oui, je me répète !) à coups de décisions imposées, de décrets, d'arrestations arbitraires, de suppression de tout ce qui pourrait échapper à leur système. L’agroalimentaire devient lui aussi un moyen de domination puisqu’il ne s’agit plus simplement de produire : il faut empêcher les autres formes de culture d’exister.

Parce que les milliardaires de cette histoire ne veulent pas seulement être riches. Ils veulent contrôler. Tout contrôler : territoires, humains, animaux, alimentation, cultures...

C'est là un message clair qui montre aussi l'attachement de Josiane Balasko aux valeurs du monde vivant. La présence d'amérindiens, d'une poignée d'hommes et de femmes dévoués à la cause de la nature montre bien que, quelle que soit le niveau de technologie, le pouvoir, la politique, la richesse etc... Sans la nature, sans la terre, l'eau... Nous ne sommes rien...

Les dialogues rendent le récit tout à fait crédible, chose que j'apprécie toujours dans un bon roman : la crédibilité. Ils m'ont semblé naturels et m'ont permis d'entrer sans difficulté dans l'histoire dès le début. L'auteure n'a jamais cherché à compliquer son récit, ce qui le rend accessible au plus grand nombre.. Je pense même qu'il serait un très bon roman jeunesse. 

Je pense que Josiane Balasko s'est fait plaisir ! Elle dit ce qu'elle a sur le cœur en mettant en avant ce qui lui est cher, à savoir, la nature, une certaine culture qui encense cette nature, la faune, la force des femmes, le pouvoir de la résilience pour ce que l'on aime et ce qui nous tient en vie... L'union fait la force contre une poignée de nantis qui pense pouvoir décider de ce qui doit vivre, disparaître et de la manière de vivre de ceux qui ne sont pas de leur condition. 

Dystopique mais pas désespéré, ce roman montre un chemin, en expliquant : qu'un homme qui a tué peut-être aussi un homme qui sauve des vies (un repenti). Qu'on peut sauver ce qui peut l'être encore (l'espoir). Qu'ensemble on est plus fort (la solidarité). Que même quand le monde semble appartenir aux puissants, il reste toujours quelques personnes pour dire NON ! (la Résistance).




Citations : 

L'avantage de la fortune, c'est qu'elle donne accès à tout. A tout ce que le commun des mortels n'obtiendra jamais. Surtout à la connaissance de ce qui, pour les autres, est tenu secret.





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